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Consommation et modes de vie

Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 17:12
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Au cours de la phase de conception du Baromètre de la confiance réalisée par l'ObSoCo pour l'agence Kuryo, je me suis livré à une analyse des apports de la littérature acadéqmique à la compréhension de la question de la confiance. Un texte est en sorti qui a été mis en ligne sur le site du Labo de la confiance.

 

Après avoir défini la confiance, je montre en quoi elle est une réponse à l'incertitude  associée aux relations interpersonnelles ou entre organisations. La cofiance peut découler de la présence de dispositifs institutionnels (typiquement, la loi) : on parle alors de confiance "assurée". Mais les institutions ne peuvent généralement pas faire totalement disparaître l'incertitude. La confiance "décidée" est une manière de faire face à l'incertitude résiduelle.  Elle constitue un parti sur le comportement coopératif de l'autre. Ce pari peut s'appuyer sur un calcul rationnel : il est rationnel pour moi d'accorder ma confiance parce qu'il est rationnel pour l'autre de se comporter de manière à ne pas trahir ma confiance. C'est typiquement le cas pour des marques agissant sur des marchés d'achats répétés et qui auraient engagé d'importants investissements irrécupérables dans la construction de leur image et de leur réputation. Ce pari peut également se fonder sur la connaissance qui j'ai acquis de l'autre, à l'occasion de relations passées, par l'évaluation que je fais de ses compétences, par ce qui me parvient de sa réputation... Enfin, la confiance décidée peut ne trouver qu'un fondement affectif, de nature socio-psychologique, qui rend compte de notre propension à faire confiance... en raison de toute bonne raison objective de le faire. Entrent ici en jeu des considérations aussi diverses que la proximité culturelle entre les parties prenantes ou la fameuse empathie, aujourd'hui si furieusement tendance...

 

La littérature académique nous invite à considérer que la faculté d'un individu, d'une organisation, d'une marque... à inspirer la confiance (le "trustworthiness" qui manque tant à la langue française) se situe à l'intersection de trois grands registres :

 

- Les compétences comme gage de crédibilité et de fiabilité, comme expression des capacités (cognitives, matérielles...) de l’autre partie à tenir la promesse et à faire face aux imprévus.

 

- L’intégrité qui renvoie à une posture morale qui garantit que l'autre tiendra ses promesses, aura un discours honnête, et se comportera de manière équitable.

 

- La bienveillance, qui renvoie à la mesure dans laquelle j'attribue à l’autre des intentions et des motifs tels qu’il se comporterait de manière conforme à mes intérêts si de nouvelles conditions devaient émerger, y compris si elles devaient ouvrir une occasion de comportement opportuniste qui lui serait profitable.

 

C'est sur la base de recueil de l'évaluation par les consommateurs de ces trois grands registres que nous avons procédé au diagnostic de la question de la confiance dans les enseignes de la grande distribution alimentaire (pour accéder au résultat de l'enquête, cliquer ici).

 

La recherche en marketing a par ailleurs mis en évidence la nature des enjeux qu'il y a pour les entreprises à bénéficier de la confiance de leurs clients.

 

Pour accéder au texte complet : cliquer ici

 


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Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 17:05
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Les Echos du 22 décembre 2011 publient une interview réalisée par Frederic Schaeffer dans laquel j'avance une partie de mes hypothèses concernant l'évolution du pouvoir d'achat des Français en 2012 et ses conséquences sur les comportements de consommation.

« Il n'y a pas de miracle à attendre du côté du revenu des ménages »

Les Français ont-ils raison de s'inquiéter pour leur pouvoir d'achat ?

Oui. Pour 2012, c'est très mal parti. Après des années de polémiques entre le pouvoir d'achat ressenti par les Français et le pouvoir d'achat mesuré par les économistes, 2012 risque de mettre tout le monde d'accord. Rapporté par ménage, le pouvoir d'achat pourrait reculer, ce qui n'a pas été le cas en 2009-2010. Du côté du revenu disponible, il n'y a pas de miracle à attendre : va se combiner une croissance économique, au mieux très molle, et la montée en puissance des mesures de rigueur annoncées, avec une hausse des impôts et une réduction des prestations sociales. Du côté des prix, la dynamique est plus incertaine. Certes, il va y avoir une petite hausse du taux réduit de TVA sur certains produits. Mais l'on observe actuellement un reflux du cours des matières premières énergétiques et alimentaires, qui pourrait jouer positivement dans les prochains mois. En revanche, l'histoire ne sera plus la même si les cours remontent, tirés par des pays émergents qui resteraient épargnés par la crise et si la dépréciation actuelle de l'euro se poursuivait, renchérissant le prix des produits importés. Le pouvoir d'achat serait alors sanctionné côté revenu et côté prix.

Les modes de consommation vont-ils changer ?

Les Français ont le sentiment de s'appauvrir depuis plusieurs années et ont déjà modifié leurs comportements. La tendance va se poursuivre. Cela passe par une sensibilité accrue aux prix et par des comportements d'arbitrage. Mais les marges de manoeuvre sont faibles. Car les dépenses contraintes (loyer, alimentation de base, essence, télécoms) ont tendance à s'accroître, tandis que beaucoup de Français cherchent à préserver au maximum les dépenses « plaisirs » (sorties, vacances...). L'essentiel des sacrifices va donc se faire dans les dépenses du quotidien, c'est-à-dire sur ce que l'on achète dans les supermarchés. Mais être obligé de se serrer la ceinture sur des produits de grande consommation est dévastateur sur le plan psychologique et renforce le sentiment de paupérisation. Reste à savoir si les Français vont puiser dans leur bas de laine pour maintenir un certain niveau de consommation, comme ils l'avaient fait en 2008. Aujourd'hui, l'anxiété est très forte et incite à l'épargne de précaution.

 

Dans ce contexte, le débat politique autour du « made in France » n'est-il pas vain ?

Si le critère prix l'emporte au moment de l'acte d'achat, les Français se déclarent de plus en plus sensibles à la qualité des produits. Ils prennent peu à peu conscience qu'acheter moins cher n'est pas forcément toujours avantageux. Le « made in France » peut donc avoir du potentiel. Mais encore faut-il que les Français bénéficient d'une contrepartie au fait d'acheter français. Il faut conclure un pacte entre les consommateurs et les industriels : au-delà de la localisation de la production, les produits doivent aussi correspondre à un engagement de qualité. Pourquoi ne pas étendre significativement la durée de la garantie sur les biens « made in France » ?

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Samedi 10 décembre 2011 6 10 /12 /Déc /2011 14:44
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Le baromètre de la confiance a été créée par l'agence de communication Kuryo dans le cadre du lancement du Labo de la confiance. Sa conception et sa réalisation a été confiée à notre jeune structure L'ObSoCo. L'objectif est de mesurer - et de suivre l'évolution d'une année sur l'autre - du sentiment de défiance qu'expriment les consommateurs aux différents niveaux : relations interpersonnelles, rapport aux institution, relations aux entreprises. Le baromètre livre également une mesure de la confiance à l'égard des entreprises de 6 grands secteurs économiques : les banques, les constructeurs automobiles, les voyagistes, ainsi que trois secteurs du commerce de détail : la grande distribution alimentaire, les grandes enseignes du bricolage, et les grandes enseignes du commerce de l’habillement.

 

 

 

Le rapport est téléchargeable gratuitement sur le site de Labo de la confiance. Pour le télécharger : cliquer ici.

 

 

Synthèse :

 

 

Un climat de défiance généralisée


La défiance règne. A l’échelle des relations entre individus d’abord, avec 82 % des Français interrogés qui considèrent qu’ « il convient d’être prudent lorsque l’on a affaire aux autres ». A l’égard des institutions ensuite, 92 % des Français ne faisant pas confiance aux partis politiques, 82 % au gouvernement, 77 % aux médias… Vis-à-vis des entreprises enfin, tout du moins des « grandes » dont on se défie à 64 %. Les « petites entreprises », quant à elles, inspirent confiance à 77 % des Français. Décidément, aujourd’hui, small is beautiful…


Ce climat de défiance s’étend aux grandes entreprises des six secteurs étudiés dans le Baromètre.

 


Les banques décrochent la palme de la défiance alors que les enseignes du bricolage tirent leur épingle du jeu


Lorsque la confiance est appréhendée directement (réponse à la question «avez-vous confiance dans les entreprises de ce secteur d’activité », ce sont les banques qui décrochent la palme de la défiance (avec 74 % des répondants qui ne sont pas d’accord avec l’affirmation), talonnée d’assez près dans cette contre-performance par les voyagistes. Les grandes enseignes du bricolage constituent le seul secteur à bénéficier d’une (courte) majorité de Français leur faisant confiance !


Lorsque la confiance est mesurée indirectement au travers de ses composantes, ce sont les six secteurs qui apparaissent alors comme atteints par la défiance, avec le même classement que celui issu de la mesure directe.

 


Le doute sur le « juste prix » et la déception liée à la consommation plombent la confiance


C’est sur le registre des compétences pour exercer leur métier que les entreprises des 6 secteurs sont le mieux (ou le moins mal) notées. A l’inverse, c’est sur le caractère juste des prix pratiqués et sur le risque de déception associé à la consommation des produits des entreprises que la défiance est à son plus haut niveau.

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Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 21:14
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Vente Privée - Bercy 2

 

En 1999, dans The Experience Economy, Pine et Gilmore pronostiquaient que, d'ici peu, certaines enseignes feraient payer l'entrée dans leurs points de vente, tant l'expérience vécue par les clients serait valorisée par les clients.

 

Aujourd'hui, le monde de la distribution en magasin semble pris de panique devant l'essor du e-commerce. L'échantillon d'acteurs du commerce que nous avons interrogé durant l'été 2010 au sujet de leur représentation de ce que sera leur secteur en 2020 est significative (voir l'étude). En moyenne, les répondants estiment que le e-commerce aura alors atteint une part de marché s'élevant à 24 % de l'ensemble du commerce détail (rappelons qu'aujourd'hui cette part s'élève, au mieux, qu'à 5 %). Il est donc logique qu'ils soient à la recherche des moyens de convaincre les consommateurs de se lever de leur fauteuil pour se déplacer jusque dans les magasins. En quoi de plus simple en la matière que d'acheter leur présence ? Après Go Sport, c'est au tour de Bercy 2 (groupe Hammerson) d'avoir recours au site de vente évènementiel à succès Vente-privée.com pour attirer les consommateurs. L'offre est simple : l'achat d'un bon d'achat d'une valeur de 15 € sur le site donne un pouvoir d'achat de 30 € dans les boutiques du centre participant à l'opération.

 

On pressent que s'ils ne font pas preuve d'une plus grande imagination, les distributeurs du monde physique se seront ruinés à essayer de retenir leurs clients avant même 2020...

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Dimanche 24 avril 2011 7 24 /04 /Avr /2011 15:45
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Ethicity, le cabinet spécialisé en développement et marketing durable, vient de publier les résultats de la dernière vague de son enquête, menée avec l'Ademe, sur les Français et la consommation responsable.

 

On retriendra en particulier, parmi les critères d'achat des produits respectueux de l'environnement, la montée des considérations en matière de santé (qui se classent désormais en première position) et de goûts et d'efficacité  alors que la préservation de la planète est en net recul depuis plusieurs années. Il se confirme que la consommation "responsable" est d'abord motivée par la recherche de bénéfices personnels...

 

Ces résultats témoignent aussi d'une forte appêtance pour des produits de qualité. Les produits de qualité sont généralement plus chers. Les consommateurs ont besoin d'assurances quant à la justification des écarts de prix par de réelles différences de qualité. Or, en la matière, le doute est de mise. Rappelons-nous que, selon les enquêtes du Crédoc, près de 3 consommateurs sur 4 estiment que les produits de grandes marques et les produits à marques de distributeur sont de qualité équivalente.L'enquête Ethicity nous apprend que 54 % des Français considèrent ne pas être sûr de la qualité des produits durables. 60 % déclarent qu'ils seraient davantage convaincus d'acheter davantage de produits durables s'ils avaient des preuves concrètes de leur meilleure qualité.

 

Voila qui nous confirme l'une des voies à emprunter pour réformer le modèle de consommation dans le sens de l'avènement d'une économie des effets utiles : améliorer le niveau d'information des consommateurs sur la qualité des produits au travers de la mise en place de dispositifs d'évaluation crédibles. Une telle démarche est d'ores et déjà engagée, mais elle se concentre sur l'évaluation des impacts environnementaux. C'est bien, mais c'est négliger le fait que, jusque là, les vertus des produits sur le plan environnental pour la plupart des consommateurs ne sont au mieux qu'un critère de choix de second rang. En informant les consommateurs sur la qualité des produits (inoccuité, durabilité, performances lors de l'usage, coût d'usage complet...), on table sur un ressort plus puissant des comportements de consommation pour tenter d'infléchir les formes de la concurrence sur les marchés et inciter les entreprises à investir davantage sur la qualité de leurs offres. Une étape essentielle vers la mise en oeuvre d'un modèle de croissance plus qualitatif que quantitatif.

 

Consulter la synthèse de l'enquête Ethicity.

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Mercredi 30 mars 2011 3 30 /03 /Mars /2011 22:17
- Publié dans : Consommation et modes de vie

En vue de l'émission Service Public (France Inter) du 8 mars dernier sur le thème "La vérité sur le pouvoir d'achat", j'ai rédigé la petite note que voici - qui reprend assez largement le contenu de la conférence au Café de la statistique du 8 juin 2010 sur le thème "Statistique et sentiment personnel". La voici.

 

 

Pouvoir d’achat, chômage, délinquance, sécurité nucléaire… Les Français semblent de plus en plus méfiants à l'égard des statistiques, et en particulier les statistiques publiques - dans lesquels ils ne se retrouvent pas. Comment interpréter ce décalage entre le mesurer et le perçu ? Les Français sont-ils de mauvaise foi ou bien victimes d’erreurs d'appréciation ? Les statistiques sont-elles manipulées à des fins politiques ou bien sont-ce les méthodologies utilisées qui seraient défaillantes ? Dans une société où tout doit être mesuré, évalué, comparé, ce conflit entre le statisticien et le citoyen revêt une importance considérable comme élément du débat sur le « vivre ensemble », tant celui-ci suppose un consensus sur des constats partagés.

 

Pour essayer d'y voir un peu plus clair sur cette question, penchons-nous sur la question du pouvoir d'achat. Au cours des années 2000, et en particulier après le passage à l’euros, un fossé s’est installé entre la perception que les Français avaient de l’évolution de leur pouvoir d’achat (qu’une large majorité estimaient en recul) et les statistique de l’INSEE qui mettaient en évidence la persistance d’une croissance – certes, lente – du revenu disponible des ménages. La mise en doute des statistiques a d’abord été engagée par une entreprise de la grande distribution (Leclerc), qui a mis en avant d’autres modes de calcul menant à des résultats plus proches du ressenti de ses clients. La question du pouvoir d’achat s’est trouvée au cœur de la campagne des présidentielles de 2007. Le candidat Sarkozy a alors clairement mis en doute la qualité de la statistique publique, donnant raison à la sagesse populaire. C’est dans ce contexte que le Conseil d’Analyse Economique a demandé à Robert Rochefort (alors directeur général du Crédoc) de plancher sur la question de la mesure du pouvoir d’achat. J’ai travaillé à ses côtés à ce rapport, qui a été remis à la ministre de l’Economie fin-2007[1]. A la suite de ce rapport, une commission a été formée pour suggérer la mise en place de nouveaux indicateurs.

 

Dans ce rapport, nous examinions trois sources possibles de l’écart entre la perception et la mesure : les biais de perception des consommateurs, le conflit « micro-macro », la défiance propre à notre époque.



Les biais de perception 


Les individus portent des lunettes différentes de celles des statisticiens lorsqu’ils appréhendent et interprètent la réalité à laquelle ils sont confrontés. S’agissant de l’inflation, ils ont tendance à généraliser ce qu’ils observent sur un tout petit nombre de prix, ceux des produits ou services achetés quotidiennement : produits alimentaires courants, essence, etc. – une petite dizaine de prix peut-être. Or au moment du passage à l’euro en 2000-2002 un certain nombre de ces prix ont effectivement dérapé, la grande distribution en particulier ayant alors quelque peu « poussé les étiquettes ». Cette tendance à la généralisation, cet effet de « halo » autour de quelques prix explique l’intérêt porté par les ménages à des démarches comme « le prix du caddie ». Dans le même esprit, nous sommes plus prompts à relever les hausses de prix que les baisses : la hausse du prix du petit noir au comptoir a davantage frappé l’opinion que la baisse du prix des ordinateurs, de même que l’épisode inflationniste de 2007-2008 par rapport à la baisse générale des prix intervenue en 2009-2010. 


Un autre biais de perception peut résulter d’une divergence d’évolution entre « la capacité à acheter » d’une part, « l’appétence pour la consommation » d’autre part. Si la seconde croît plus vite que la première, on a le sentiment de s’appauvrir. Or les années dont nous parlons ont été marquées par l’arrivée massive sur le marché de nouveaux produits issus des nouvelles technologies de l’information et de la communication : téléphones portables, écrans plats, ordinateurs… Pour satisfaire rapidement leurs envies par rapport à ces nouveaux produits, certains ont dû réduire d’autres parties de leur consommation, parfois même leur budget alimentaire courant, et ont eu le sentiment d’une diminution de leur pouvoir d’achat.

 

Relève également du biais de perception le refus d’inclure les « dépenses contraintes » dans sa propre consommation. Pour les statisticiens, la consommation englobe l’ensemble les dépenses ordinaires du ménage. Les ménages, quand ils considèrent l’évolution de leur pouvoir d’achat, font plutôt référence aux dépenses pour « ce qui fait plaisir », en excluant les dépenses contraintes comme le loyer, le remboursement des emprunts, voire les produits alimentaires ou l’essence de la voiture. Or, des études ultérieures l’ont montré, la part des dépenses contraintes dans le budget des ménages ont connu une vive croissance.

 

 

Le conflit micro-macro


Alors que l’INSEE travaille dans une perspective macro-économique et considère l’ensemble des ménages comme un seul « secteur institutionnel » de la Comptabilité nationale, les consommateurs pensent de manière individuelle. Une source très importante de l’écart entre les deux points de vue réside dans les effets d’agrégation.


Le plus simple d’entre eux est l’effet taille : le « gâteau » consommation peut bien augmenter, si le nombre des consommateurs augmente aussi, la part de chacun pourra stagner, voire diminuer.  Il faut donc diviser l’agrégat par le nombre de ménages, ou le nombre de personnes, ou mieux le nombre « d’unités de consommation ». C’est ce que font de plus en plus les statisticiens, ce qui d’ailleurs n’empêche pas l’évolution du revenu unitaire de rester positive.


Intervient aussi la manière de répartir le « gâteau » : si un convive particulièrement avide en prend une part de plus en plus grande, un grand nombre d’autres convives constateront une diminution, même si la taille totale augmente. Cela renvoie aux « effets de structure » de la population étudiée : ainsi, le revenu moyen des ouvriers augmente au fil du temps, parce que la population des ouvriers compte de plus en plus d’ouvriers qualifiés, sans que nécessairement le revenu de chaque ouvrier ait effectivement progressé. Même remarque sur le revenu des retraités considérés dans leur ensemble : le jeunes retraités sont globalement plus riches que leurs ainés, ce qui conduit l’observation d’une progression du pouvoir d’achat des retraités plus rapide que le rythme auquel progresse la pension de chacun. La résolution des conflits de type « micro-macro » appelle des statistiques de plus en plus finement décomposées, ce qui nécessite des méthodes de collecte et de traitement appropriées, certainement plus coûteuses.


 

La défiance propre à notre époque 


Dans les sondages d’opinion, les indicateurs témoignant de l’installation d’un climat de défiance ont décollé. Ce phénomène est particulièrement accentué en France ; la défiance s’exerce surtout par rapport à tout ce qui « vient du haut » (sous-entendu de la société) et par rapport à ce qui est « abstrait ». Le corps politique (le gouvernement, les partis politiques) est particulièrement touchés, mais aussi les grandes entreprises. A l’inverse, le maire, le petit commerçant… disposent d’un certain capital de confiance.


La statistique officielle relève de ces deux catégories : elle vient d’en haut et est particulièrement abstraite. Le soupçon de « manipulation » s’exprime. Et si les données ne sont pas nécessairement « malhonnête », elles échouent à prendre en compte ce qui compte vraiment pour les vrais gens. Les « gens d’en haut » vivant dans un « autre monde » construisent des outils adaptés à leur monde. Dans la campagne publicitaire par laquelle Leclerc avait fait la promotion de son approche alternative pouvoir d’achat, les affiches avait représenté un milliardaire avec piscine et cigare, et un chien attachés à sa niche sur la lune…

 

Plus généralement, il est possible d’établir un lien entre cette remise en cause des statistiques publiques et l’émergence d’une « société de personnes » se substituant à la « société de masse ».


 

Asseoir la statistique publique sur de nouvelles conventions ?


La statistique est un produit de la « modernité » et en particulier des Lumières, pénétrées de l’idée de rationalité : tout est mesurable, explicable par des chiffres y compris l’économie, on peut tout mettre en équation. Et la mesure devient le guide de l’action, elle permet une maîtrise sur les choses, sur la nature, puis aussi sur la société. Réguler par des mesures est un aboutissement de ce « rêve prométhéen ».  Dans cette vision, on peut dire que la statistique publique traditionnelle est un produit du « programme institutionnel » d’une société dans laquelle le social transcende l’individu.


La société de personnes s’oppose à ce programme par l’hyper-individualisation. Chaque individu se conçoit comme un être singulier, non comme le produit d’un milieu. Ses choix sont essentiellement individuels. Il ne peut se reconnaître dans un miroir qui lui renvoie de lui-même l’image d’un « mouton dans un troupeau ». Certes c’est un individu social, et sociable : mais il s’agit d’une sociabilité choisie, d’une mosaïque de réseaux variables dans le temps. Les collectifs qu’elle forme sont à géométrie variable, les appartenances sont choisies et peuvent être remises en cause : on est loin des assignations fixes à des postes de nomenclatures rigides. C’est pourquoi, même quand la statistique se désagrège, elle le fait en utilisant des segmentations étrangères à celles que vivent les individus.


Par ailleurs la raison a reculé, elle a perdu son monopole, et cela se traduit par une crise de la notion de progrès. Les gens ne pensent plus que l’avenir de leurs enfants sera meilleur que ce qu’ils ont connu grâce au progrès technique ou social : au contraire, ils manifestent une énorme crainte de l’avenir, convaincus que demain sera moins positif qu’aujourd’hui. Le recul de la raison et de l’idée de progrès réhabilite les affects, les émotions, la sensation. Toutes choses qui sont absentes de l’esprit de la statistique publique, et qu’elle ne sait pas bien saisir. Les sondages d’opinion le savent un peu mieux.


Peut-être est-il temps pour la statistique d’évoluer dans ses fondements, dans son épistémologie. Comment on mesure : cela est, et restera un problème technique. Mais qu’est-ce qu’on mesure ? Peut-on continuer à le définir à l’aide de catégories dépassées, pures conventions sociales d’un temps révolu ? Le président de la République a mis en place la commission Stiglitz pour ré-examiner la pertinence de l’indicateur PIB – produit intérieur brut. Et celle-ci a ouvert la boîte de Pandore de la subjectivité en consacrant un chapitre de son rapport aux mesures du « bien-être », notion floue s’il en est, et qui pourtant fait l’objet d’une demande sociale de mesure incontestable. Les recommandations pour avancer sur la mesure de cette notion complexe avancent une multiplicité d’indicateurs, et de façons de les combiner ou de les synthétiser.


Faire « du multicritères à dimensions subjectives sur des objets flous », cela peut paraître une gageure, mais n’est-ce pas le défi que doit relever la statistique pour retrouver une légitimité ?

 




[1] Moati Ph., Rocherfort R., Mesurer le pouvoir d’achat, Rapport du Conseil d’Analyse Economique, n° 73, La Documentation Française, Paris, 2008.

 

 

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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 17:12
- Publié dans : Consommation et modes de vie

L'agence conseil en développement durable AGOODFORGOOD a accompagné Carrefour Market dans le test d'un distributeur automatique de produits d'entretien écologiques dans un magasin de la région PACA. Ci-dessous, le texte du communiqué de presse qui détaille cette initiative intéressante, qui s'inscrit dans la perspective de l'économie des effets utiles.


 

"Une machine de distribution automatique de produits d’entretien écologiques certifiés Ecocert est testée depuis Février 2011 par l’enseigne CARREFOUR MARKET en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.


Cette machine innovante, conçue par l’ingénieur Xavier Masselin, permet aux consommateurs de réutiliser les flacons vides pour les remplir de liquide détergent en un seul geste, à la fois écologique et économique. Le Grenelle de l’Environnement a fait de la réduction des déchets un pilier de son second volet: réduction de la production d’ordure ménagère de 5kg/ par an et par personne, recyclage de 75% des déchets ménagers en 2012 …


L’agence conseil en développement durable AGOODFORGOOD® a identifié les attentes des clients des grandes surfaces en matière d’emballages et de déchets et a mis en oeuvre le projet auprès de CARREFOUR MARKET.

 

La conscience des contraintes liées aux emballages l’emporte de plus en plus nettement sur les avantages perçus. Ainsi, le critère « c’est envahissant ; il y en a partout » est devenu le premier critère d’appréciation des emballages en 2010. De plus, 90% des Français considèrent que la crise représente une occasion de revoir leurs comportements de consommation. Ils soulignent cependant que la réduction des emballages ne doit pas remettre en cause leur confort d’utilisation et leur sécurité et doit aussi se traduire dans le prix du produit en le diminuant d’autant.
 

 

L’éco-distributeur est une réponse de CARREFOUR MARKET à cette attente des consommateurs. Il présente une sécurité et une hygiène d’utilisation totales grâce à un système breveté ; il propose une réduction du prix consommateur au litre de plus de 15% par rapport au produit identique emballé ; il permet une division par 15 au moins de la quantité d’emballages et une économie de 10 tonnes de CO² par éco-distributeur chaque année (source Ademe). 

 

CARREFOUR MARKET est l’enseigne de supermarchés nouvelle génération du Groupe Carrefour. L’enseigne compte plus de 1000 supermarchés et se positionne comme un acteur majeur de la distribution en moyennes surfaces en France.
 

 

AGOODFORGOOD® est une agence conseil en développement durable, créée en 2005. Elle est spécialisée dans les produits de grande consommation et dans les enjeux de distribution. Elle intervient en stratégie, labellisation et conception de produits et de services.
Contact – Bernard Ollié – presse@agoodforgood.org – +33(0)608729988"

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