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Ce blog va bientôt cesser d'exister, tout du moins de manière autonome. Le blog de l'Observatoire Société et Consommation (L'ObSoCo) prend progressivement la suite. D'ores et déjà les archives de ce blog y ont été transférées et chaque nouveau billet posté ici est également publié sur le site de l'ObSoCo. Je partagerai le blog de l'ObSoCo avec Nathalie Damery et Robert Rochefort, qui ont fondé avec moi l'Observatoire Société et Consommation, ainsi qu'avec l'ensemble des membres du Cercle de l'ObSoCo... A suivre !!

 

 

http://www.asso-lobsoco.org/le-blog-de-l-obsoco.html

 

 

Dimanche 28 avril 2013 7 28 /04 /Avr /2013 13:24
- Publié dans : Actualité

Vous êtes étudiants ?

Participez à l'enqupete sur les étudiants et la consommation collaborative que réalise les étudiants du master Consultants et chargés d'études socioéconomiques. Merci de consacrer quelques minutes à répondre à leurs questions sur :

 

https://docs.google.com/forms/d/1SNAXme1EkWUZlF7uwK3e_o1UZ0FP_v-nGmLDmFnTsYU/viewform?usp=drive_web&edit_requested=true&pli=1

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Mercredi 6 mars 2013 3 06 /03 /Mars /2013 22:19
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Alors que les derniers chiffres publiés révèlent une nouvelle chute du marché automobile et que le gouvernement évoque la possibilité d'augmenter la fiscalité sur le gazole, je suis tombé par hasard sur des statistiques publiées par l'INSEE en novembre 2012 sur les modes de transport pour se rendre au travail. Le tableau (voir le tableau), bâti à partir des données du recensement, compare les données pour 2009 avec celles de 1999. A l'échelle de la France métropolitaine, on fait un constat qui devrait réjouire les écologistes : la part des actifs qui utilisent la voiture pour se rendre à leur travail recule de 71,3 % en 1999 à 69,6 % Recul modeste, certes, mais qui induit l'idée de l'amorce d'une évolution des pratiques de mobilité (confirmée à l'échelle de l'ensemble des déplacements par le recul du kilométrage parcouru par les automobilistes).

 

Mais les données agrégées sont trompeuses... L'observation des résultats par région aboutit à un tout autre constat.Le recul observé à l'échelle national est quasi-intégralement imputable à l'Ile-de-France. Alors que les Franciliens n'étaient dékà que 51,6 % à utliser leur voiture pour se rendre au travail, cette part est tombée à 42,1 % en 2009. Lorsque l'on connait les conditions de circulation et de stationnement en région parisienne, on ne s'étonne guère que la voiture soit de plus en plus délaissée pour les transports en commun (utilisés par 42,2 % des Franciliens (33,8 % en 1999)) et pour les "autres moyens" (on pense évidemment aux deux roues, motorisés ou non) dont le taux d'usage est lui aussi en croissance.

 

Une poignée de régions (celle qui acceuillent les plus grandes villes de province) connaissent elles-aussi un recul de l'usage de l'automobile, mais de façon beaucoup moins prononcée. Par exemple, la part des utilisateurs de l'automobile est passée de 74,8 % à 71,9 % en Provence-Alpes-Côte d'Azur et de 76,4 % à 73, 8 % en Rhôme-Alpes.

 

Dans 18 régions sur 22, la proportion d'actifs utilisant leur voiture pour se rendre au travail est en augmentation ! Et parfois, très sensiblement. La palme revient à la Basse Normandie, où cette proportion est passée de 75,4% à 79,1 % en 10 ans.

 

Alors que l'étalement urbain se poursuit, que l'étaliement des emplois rejoint l'étalement résidentiel, l'immense majorité des actifs se trouvent de fait prisionnier de l'automobile. Si l'objectif de réduire l'empreinte écologique de la mobilité est louable, il convient cependant de ne pas faire porter de manière excessive la charge de cet objectit sur le pouvoir d'achat et/ou la qualité de la vie quotidienne d'actifs qui ont déjà bien d'autres problèmes à gérer. Cela pour rappeler au gouvernement que, parallèlement aux politiques économiques et aux actions en faveur du développement durable, il doit rester de l'espace pour une politique des conditions de vie. 

 

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Mercredi 23 janvier 2013 3 23 /01 /Jan /2013 12:17
- Publié dans : Le capitalisme post-fordien

C'est la question qu'Atlanco m'a demandé de traiter en 3000 signes...

 

En substance : non ! Le problème de la France réside avant tout dans la compétitivité internationale de son système productif. Plus que d'une réduction du coût du travail, la France a besoin d'une stratégie claire d'engagement dans un nouveau modèle de développement, en mesure de répondre au défi de l'impératif écologique. Les consommateurs, qui aspirent aujourd'hui massivement à consommer autrement et qui expérimentent des pratiques alternatives, peuvent être l'un des rouages de ce rebond.

 

Accéder à la tribune complète sur le site d'Atlanico : cliquez ici.

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Dimanche 6 janvier 2013 7 06 /01 /Jan /2013 13:07
- Publié dans : Actualité

Ci-dessous, le texte de mon interview par Sophie Amsili, publié par Europe1.fr le 4 janvier 2013.

 

Pour accéder à l'article sur le site (et lire les commentaires), cliquer ici.

 

 

 

Durement concurrencés, les magasins de biens culturels doivent réfléchir à un nouveau modèle.

Les magasins Virgin vont probablement bientôt disparaître. La direction compte annoncer la cessation de paiement, qui ouvre la voie, faute de repreneur, à une liquidation judiciaire. Mais Virgin n'est pas la seule enseigne du secteur à souffrir : la Fnac a ainsi annoncé un plan d'économies et des suppressions de postes et Surcouf a été mis en liquidation judiciaire. Pourquoi le commerce de biens culturels est-il confronté à de telles difficultés financières ? Philippe Moati, professeur d'économie à l'Université Paris-Diderot, décrypte pour Europe1.fr les principaux facteurs du déclin de ce marché.

 

La percée du e-commerce. Le secteur est confronté à "un choc numérique" qui a créé deux tendances de fond, analyse Philippe Moati. La première est la percée du e-commerce. Les ventes physiques de musique ont ainsi reculé de près de 15% sur les neuf premiers mois de l'année 2012, alors que les ventes en ligne ont augmenté de près de 14%, selon les chiffres de la Snep, le syndicat national de l'édition phonographique.

 

"Il y a du monde dans les magasins. On aime bien y flâner, mais on achète ailleurs", constate Philippe Moati. "En ligne, les prix sont nettement moins élevés pour les DVD, les CD et les équipements électroniques." Quant au secteur le moins touché, le livre, il devrait bientôt faire face à la même concurrence avec le développement des "liseuses". A la tête de ce nouveau marché : des géants internationaux comme Amazon, mais aussi Apple et Google. Même si la Fnac a, très tôt, ouvert son propre site Internet, les distributeurs français auront du mal à s'imposer sur ce marché, craint Philippe Moati.

 

Les biens culturels dématérialisés. C'est la deuxième conséquence de la révolution numérique. Il n'est plus nécessaire de dépenser dans les magasins : avec un ordinateur, une tablette ou un smartphone, les chansons, les films, les séries ou encore les jeux vidéos se consomment en ligne ou se téléchargent. La dématérialisation est en marche. "Une évolution lourde et irréversible, pire que la concurrence du e-commerce", juge Philippe Moati.

 

Quelle évolution ? Est-ce pour autant la mort de ce type de commerce ? "Il y en aura sans doute encore un petit nombre", pronostique Philippe Moati, "mais ils ressembleront peut-être plus à des showroom où on paiera pour exposer ses produits", via des événements ou des concerts par exemple. "Si Virgin tombe, cela laissera peut-être un peu de temps à ses concurrents pour se repositionner, ajoute Philippe Moati. Il leur faudra réfléchir à la taille des magasins, à leur vocation entre vente et animation, et à la diversification des produits, comme le fait la Fnac avec l'électroménager. Mais rien n'est encore fait."

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Dimanche 6 janvier 2013 7 06 /01 /Jan /2013 12:05
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Laurent Faibis, le président du groupe Xerfi, m’a demandé ainsi qu’à d’autres économistes quels étaient mes trois grands vœux économiques pour 2013. Une série de vidéo sera prochainement diffusée sur Xerfi Canal. J’ai bien sûr été d’abord tenté de mettre en avant les grands sujets du moment, la gestion de la crise de l’euro, la politique budgétaire et les négociations syndicats-patronat :

 

Mais finalement, mes vœux vont porter sur des aspects qui renvoient aux conditions de vie, c’est-à-dire à la fois au niveau de vie et la qualité de la vie des Français. Certes, il s’agit de problématiques moins « chaudes », qui peuvent paraître moins importantes que ce qui relève de la politique macroéconomique, et qui de surcroît ne se prêtent pas à des mesures susceptibles de produire des effets spectaculaires à court terme. Pour autant, je suis convaincu qu’il y a derrière la question des conditions de vie, tout d’abord un enjeu capital pour la cohésion sociale et l’avenir politique de notre pays, mais aussi des leviers originaux pour relancer la compétitivité de l’économie française. J’y reviendrai en conclusion.

 

Mes trois vœux en relation avec les conditions de vie correspondent à trois préoccupations majeures des Français : le pouvoir d’achat, le logement et la mobilité.

 

Voici maintenant une dizaine d’années qu’une large majorité de Français exprime dans les enquêtes le sentiment d’un recul de leur niveau de vie. Et depuis 2011, les statistiques de l’INSEE rejoignent le ressenti des ménages : le pouvoir d’achat est effectivement en baisse. L’installation d’un sentiment de paupérisation dans une société qui continue de graviter autour de la consommation, qui attise en permanence les braises du désir de posséder, ne peut conduire qu’à la frustration et au mécontentement. L’État est désormais totalement impuissant à répondre aux attentes en matière de pouvoir d’achat. Pire, on le sait, la politique de redressement des comptes publics fera certainement de 2013 l’une des pires années sur le front du pouvoir d’achat que la France ait connu depuis la Reconstruction. A défaut de pouvoir augmenter le pouvoir d’achat des ménages, il convient de tenter d’améliorer leur pouvoir de consommation en les aidant à consommer mieux. Le gouvernement prépare une loi sur la consommation qui sera présentée au printemps. Mon vœu est que cette loi intègre des mesures ambitieuses pour promouvoir un nouveau modèle de consommation, fondé sur les effets utiles et la qualité, et qui permette à chacun d’obtenir plus avec moins, moins de pouvoir d’achat et moins de consommation de ressources non renouvelables. Parmi ces mesures, l’allongement très significatif – à 5 ou 10 ans – de la durée de garantie sur les biens durables ferait figure de symbole. Mais on pense aussi à des mesures qui pourraient soutenir le développement de toutes les formes de consommation collaborative ou bien, sur le plan de la normalisation, promouvoir la conception modulaire des produits de manière lutter contre l’obsolescence programmée et à injecter davantage de concurrence sur certains marchés.

 

La question du pouvoir d’achat interfère directement avec celle du logement. Rappelons qu’un ménage sur deux lui consacre plus de 18 % de son revenu, mais que ce « taux d’effort » monte jusqu’à 27 % pour les locataires du secteur libre et pour les accèdents à la propriété. Et ce ne sont là que des moyennes : les jeunes et les catégories les plus modestes sont les plus touchés. Réduire le coût du logement, c’est donner un sérieux coup de pouce au pouvoir d’achat. C’est aussi permettre aux classes moyennes de renouer avec un rêve d’accès à la propriété qui, s’il reste toujours aussi fort, devient de plus en plus problématique. S’attaquer au problème du logement, c’est aussi, bien sûr, s’attaquer au problème des mal-logés ou des sans-abris, dont le nombre s’accroît avec la progression de la pauvreté. Le gouvernement a adopté un train de mesures pour tenter de relever le défi du logement. Outre qu’elles mettront nécessairement du temps à produire leurs effets, il est à craindre qu’elles ne soient pas à la hauteur de l’enjeu. Notre pays a besoin d’une véritable mobilisation en faveur du logement, ce qui suppose vraisemblablement que l’Etat se montre plus autoritaire auprès des collectivités locales, que des plans ambitieux soient définis à l’échelle des intercommunalités…

 

Mon troisième vœu porte sur la question de la mobilité, et plus précisément de la mobilité dans les grandes agglomérations. L’étalement urbain qui continue de marquer la croissance des grandes villes – qui n’est pas sans lien avec la question du coût du logement – se traduit pour beaucoup de Français par la « galère » au quotidien, notamment dans la navette domicile-travail. La situation est à son paroxysme en Ile-de-France où les infrastructures de transports (autoroutes, trains, RER…) sont saturées. Outre le coût économique du temps perdu dans les transports, il y a là un important facteur de dégradation de la qualité de la vie quotidienne, de fatigue, de stress… Les politiques semblent avoir conscience du problème. Chaque grande métropole s’est attelée à améliorer ses infrastructures, les plans de circulations… comme en Ile-de-France avec le chantier du tramway à Paris ou les nouvelles lignes de métro associées au Grand Paris. Mon premier vœu en la matière est que l’austérité budgétaire ne conduise pas – comme on peut légitimement le craindre – à un gel ou à un ralentissement des projets en cours. En tout état de cause, toute solution impliquant les infrastructures ne peut produire ses effets que de manière très différée. En attendant, je formule le vœu de la multiplication des initiatives innovantes pour tenter d’apporter des solutions en prenant le problème par d’autres bouts. En misant sur « l’économie de la proximité », c’est-à-dire en s’efforçant de réduire les occasions de se déplacer. L’un des aspects de cette économie de la proximité sans doute le plus prometteur porte sur le télétravail, à domicile ou bien au sein de « bureaux de proximité » ou d’espaces de « co-working ». En permettant aux salariés qui exercent une activité compatible avec le télétravail, de « télétravailler » 1 ou 2 jours par semaines, on réduit la saturation des infrastructures et on améliore la qualité de la vie non seulement des télétravailleurs mais aussi de l’ensemble des usagers des infrastructures de transport.

 

Les quelques chantiers que je viens d’esquisser ne sont que des illustrations de ce que je souhaite voir formuler comme une véritable politique des conditions de vie. Il y a urgence. Il y a urgence à redonner du sens à l’action publique. Difficile de mobiliser, de faire rêver avec des objectifs de réduction des déficits publics, ou même avec le solde de la balance commerciale. Le risque que nous courrons à négliger le quotidien des gens, à faire que l’action politique ne soit perçue que sous l’angle de sacrifices à consentir pour des finalités peu comprises, c’est le risque de dégrader encore le moral des Français et leur rapport à la politique. Depuis le début des années 2000, les indicateurs qui cernent la psychologie des Français convergent vers un diagnostic alarmant : chute du moral, sentiment d’appauvrissement, déclin de la confiance tous azimuts et en particulier à l’égard des politiques et des élites… Autant d’éléments que l’on est tenté de rapprocher des comportements électoraux : montée de l’abstention, attractivité des extrêmes. Engager un politique des conditions de vie, c’est donc, en se donnant un projet collectif, répondre aux préoccupations des Français et, peut-être, calmer la tentation populiste.

 

Mais une politique des conditions de vie doit aussi être conçue comme une dimension, jusqu’ici trop négligée, d’une stratégie globale de restauration de la compétitivité de la France. 1) En favorisant l’engagement résolu des entreprises françaises dans un nouveau modèle de développement, dans une économie de la qualité, une économie tendues vers la fourniture d’effets utiles et l’apport de solutions, qui se montre économe en ressources non renouvelables, et qui peut s’appuyer pour cela sur cette volonté très largement partagée par les Français de « consommer mieux ». 2) Se donner l’objectif d’améliorer la qualité de la vie en France c’est aussi renforcer l’attractivité du territoire national pour l’implantation des entreprises étrangères et, peut-être plus encore, pour l’attraction des individus talentueux – entrepreneurs, artistes, chercheurs – du monde entier dont on sait qu’ils sont de plus en mobiles dans le monde globalisé, à la recherche d’un environnement leur assurant une vie de qualité. Non, le niveau de la pression fiscale, n’est pas le seul ni même le principal déterminant de la localisation des talents !

 

Pour me résumer donc, je formule le vœu que les urgences que nous nous sommes données sur le plan macroéconomique ne détourne pas le gouvernement de proposer un projet de société, cette fameuse « politique de civilisation » proposée par Edgard Morin reprise un temps par Nicolas Sarkozy et que je reformulerais plus simplement comme politique des conditions de vie. Le temps presse. Il est temps de montrer la voie et d’ouvrir les chantiers.

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Vendredi 23 novembre 2012 5 23 /11 /Nov /2012 10:54
- Publié dans : Commerce et distribution

 

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Vendredi 23 novembre 2012 5 23 /11 /Nov /2012 09:12
- Publié dans : Commerce et distribution

Dans le numéro 6 de son excellente revue Territoires 2040, la Datar vient de publier un article que j'ai écrit (il y a déjà quelque temps) sur les tendances en matière de géographie du commerce, en lien avec la nouvelle révolution commerciale.

 

 

Le texte est disponible en ligne ou en téléchargement PDF sur le site de la revue :

 

http://territoires2040.datar.gouv.fr/spip.php?article225

 

 

Je le reproduits ci-dessous.

 

Le secteur du commerce de détail connaît d’importantes transformations : développement du hard-discount, érosion de la position des hypermarchés, retour annoncé du commerce de proximité, innovation en matière de concepts commerciaux (Moati et al., 2006), naissance du e-commerce… L’ensemble de ces transformations est le signe d’un secteur engagé dans une mutation de grande ampleur, une « nouvelle révolution commerciale » (Moati, 2011). Arrivée à son terme, cette révolution commerciale aura produit un paysage commercial très différent de celui issu de la révolution précédente qui avait fait naître la grande distribution. Cette nouvelle révolution consiste, selon nous, dans le passage d’une distribution « orientée produit » obéissant une logique industrielle, à un commerce « orienté client » s’inscrivant dans une logique servicielle. Ce dernier est guidé par le besoin d’adéquation de la manière d’assurer l’accès des consommateurs aux biens avec les fondamentaux du système économique et social de notre époque. L’appareil commercial issu de la précédente révolution commerciale – produit d’une économie fordienne et d’une société « moderne » – est ainsi en cours d’adaptation à une économie postfordienne et une société hypermoderne. Cela se traduit pour les acteurs du commerce par un changement de régime de croissance sectoriel, qui passe d’un régime de croissance extensive à un régime de croissance intensive (Moati, 2001). Cette révolution, engagée depuis une vingtaine d’années, a déjà produit des changements considérables. Elle n’est pourtant pas achevée et le paysage commercial dont elle finira par accoucher, qui sera certainement très différent, est encore empreint d’incertitude.

Une géographie du commerce profondément marquée par la précédente révolution commerciale

 
La révolution commerciale engagée au tournant des années 1950-1960 a conduit au dépérissement rapide du commerce artisanal au profit d’une approche renouvelée de l’écoulement des biens vers les ménages, centrée sur le modèle économique du discount.
 
La distribution de masse discount : un commerce fordien adapté à une société « moderne »
 
L’émergence et la diffusion de la grande distribution discount résultent de l’adaptation du commerce à l’entrée du capitalisme dans un régime de croissance fordien (Moati, 2001). La grande distribution a inventé un modèle économique – le discount – à l’origine d’une distribution de masse favorisant l’articulation entre la production et la consommation de masse. Le discount consiste, dans une large mesure, en la transposition au commerce du modèle fordien appliqué dans l’industrie. Ainsi, la grande distribution exploite de manière systématique les effets de dimension afin de réduire le coût de production de l’intermédiation commerciale. La maîtrise du coût des approvisionnements par la massification des achats, couplée à un modèle de rentabilité fondé sur la vitesse de rotation du capital circulant, autorise une forte agressivité commerciale sur les prix tout en ménageant une très forte rentabilité des capitaux investis.
 
Le succès de la grande distribution s’explique également par l’adaptation de ses concepts commerciaux aux nouvelles attentes des consommateurs (Daumas, 2006). Les Trente Glorieuses ont été marquées sur le plan sociétal par la montée de la « classe moyenne » devenue par son poids et son influence le pivot de l’organisation sociale (Dubet, 2009). Ces classes moyennes adoptent alors un mode de vie nouveau qui a conduit à transformer les comportements de consommation et d’approvisionnement. La possibilité offerte par la grande distribution de « massifier » ses achats tout en réalisant des économies permettant de consommer plus a été l’une des clés de son succès. Sur un plan plus symbolique, la grande distribution s’est révélée être en phase avec l’imaginaire et les valeurs de l’époque : elle a incarné la modernité, l’efficacité issue de la rationalisation, l’abondance…
 
L’inscription territoriale de la distribution de masse : une rupture dans la géographie du commerce
 
Le commerce, traditionnellement, s’est développé de manière privilégiée dans le centre des villes. À l’échelle macrospatiale, la faible mobilité des consommateurs conduisait à une structure fractale de l’appareil commercial : celui des villes petites et moyennes constituait, en quelque sorte, un modèle réduit de celui des grandes villes. Le développement de la distribution de masse a introduit une rupture par rapport à ce schéma.
 
Tout d’abord, par un mouvement centrifuge vers la périphérie des villes. Les raisons de ce mouvement sont connues : exigence de disponibilités foncières pour des établissements de grande surface  ; maîtrise des coûts immobiliers pour alimenter la compétitivité-prix  ; adaptation aux évolutions de la géographie résidentielle et de la mobilité des consommateurs… La rupture s’est exprimée également par un renforcement de la tendance à la polarisation de l’appareil commercial (Desse, 2001). À l’échelle intra-urbaine, l’appareil commercial se concentre autour de pôles commerciaux [1] dont la capacité d’attraction, conformément au modèle de Huff, est proportionnelle à la taille. Ce processus s’inscrit en cohérence avec la prévalence dans la pensée aménagiste et les politiques d’urbanisme des principes du zonage, issus notamment de la charte d’Athènes (Vieillard-Baron, 2009). Le commerce de centre-ville, qui demeure dans une large mesure le territoire du petit commerce indépendant, connaît plusieurs décennies de contraction qui nourrissent la concentration économique du secteur [2]et la formation de groupes et de groupements de plus en plus puissants. À l’échelle interurbaine, la mobilité croissante des consommateurs favorise l’installation d’une hiérarchie entre les structures commerciales associées aux agglomérations des tailles différentes, selon un schéma à la Christaller : les grandes agglomérations accueillent les centres commerciaux régionaux ainsi que les concepts commerciaux associés à des seuils d’apparition très élevés  ; l’appareil commercial des villes moyennes se compose principalement de grandes surfaces alimentaires et de leur galerie marchande, ainsi que de grandes surfaces spécialisées  ; le commerce dans les petites villes et les zones rurales s’étiole : il se concentre sur les vocations de proximité, quand il ne disparaît pas purement et simplement.
 

La nouvelle révolution commerciale : s’adapter à un nouvel environnement

 
Victime de son succès, la distribution de masse a saturé son potentiel de développement. Mais plus lourdement, elle est aujourd’hui engagée dans un processus d’adaptation à une économie devenue « postfordienne » et une société hyper ou postmoderne. Cette mutation se répercute sur les modalités de l’inscription spatiale du commerce.
 
La saturation du potentiel de croissance
 
La croissance des entreprises de la grande distribution s’est longtemps nourrie de la conquête de parts de marché sur le commerce traditionnel. Désormais, sa croissance dépend de celle de la consommation, elle-même limitée par l’atonie de la dynamique du pouvoir d’achat. Une grande part de l’énergie stratégique des acteurs du secteur a été concentrée sur la recherche de nouveaux leviers de croissance, en particulier à l’international. Le ralentissement tendanciel de la croissance sur le marché domestique et le fait que le combat concurrentiel oppose désormais de grands acteurs déployant des modèles économiques similaires favorise la mutation du secteur vers un régime de croissance intensive et encourage les distributeurs à s’intéresser davantage à leurs clients et leurs attentes afin de les fidéliser.
 
Négocier l’entrée dans le capitalisme immatériel
 
Avec un retard sur l’industrie, le commerce s’adapte à une économie devenue postfordienne, que l’on peut qualifier de capitalisme « immatériel ». Cette expression souligne à la fois l’importance du rôle que joue la connaissance dans le nouveau régime de croissance ainsi que l’orientation profondément servicielle de l’activité économique, en raison du poids du secteur tertiaire mais aussi du fait de la diffusion de la relation de service dans la plupart des secteurs. Les distributeurs sont ainsi en train de faire l’apprentissage de nouveaux modèles économiques, qui reposent moins sur les effets de dimension et davantage sur le développement de compétences spécifiques et sur la capacité à faire évoluer les relations avec la clientèle dans une perspective plus servicielle.
 
De profonds changements au plan de la demande
 
Cette évolution des stratégies est également une réponse aux mutations sociétales qui sont intervenues au cours des dernières décennies et qui ont remis en cause les fondements du modèle de consommation de masse.
 
L’élévation du niveau de vie et la tertiairisation de la consommation
 
Avec l’élévation du niveau de vie, la consommation s’est tournée vers la satisfaction des « besoins supérieurs », comme en témoigne la réduction régulière de la part de leur budget que les ménages consacrent aux produits alimentaires (10,2 % de la consommation effective en 2011, contre 23,8 % en 1963, l’année de l’ouverture du premier hypermarché). La déformation de la structure de la consommation des ménages profite aux services dont la part, qui s’élevait à 40 % en 1960, dépasse aujourd’hui les 60 %. Ceci qui constitue une fuite pour le secteur du commerce, dont l’activité, par définition, consiste dans la vente de biens manufacturés. C’est aussi une incitation à se positionner sur le marché des services.
 
Le poids des facteurs immatériels dans les ressorts de l’achat
 
L’élévation du niveau de vie fait également évoluer les motivations à l’origine de l’acte d’achat du registre fonctionnel vers le registre immatériel. Les consommateurs réagissent ainsi aux stimulations d’un marketing qui, en contre-feu du tarissement des besoins, s’efforce d’activer les ressorts du désir. Les déterminants de la disposition à acheter et des critères de choix entre produits concurrents font ainsi jouer un rôle croissant aux considérations d’ordre sociopsychologique.
 
Les dimensions symboliques et immatérielles de la consommation, bien évidemment, existaient déjà lors de la précédente révolution commerciale. Elles restaient cependant généralement l’apanage des industriels. L’importance prise par la valeur immatérielle dans la stimulation de la demande, mais aussi dans la construction de la rentabilité des firmes, est une puissante incitation pour des distributeurs confrontés aux limites de leur modèle initial à activer les leviers spécifiques de création de valeur immatérielle dont dispose le commerce.
 
L’avènement d’une « société de personnes »
 
Les membres de la classe moyenne partageaient des modes de vie, des opinions, des valeurs, des aspirations et, bien sûr, des comportements de consommation. La « ménagère de moins de 50 ans » a pu ainsi constituer la figure de la consommatrice représentative de millions d’individus. La consistance sociologique de la notion de classe moyenne s’est cependant progressivement érodée à mesure que s’affirmait une « société de personnes ». Si l’on en croit les travaux des sociologues (Lipovestky, 1983  ; Kaufmann, 2004, Ascher 2005), la détermination sociale des manières d’être, de penser et d’agir aurait continué de s’affaiblir au profit d’un individu de plus en plus autonome dans ses choix. Cet approfondissement du processus d’individualisation conduit à la complexification de la structure sociale, dont il est de plus en plus difficile de rendre compte à partir des seuls critères sociodémographiques. L’influence croissante des facteurs immatériels fait entrer de plain-pied la subjectivité des consommateurs dans le fonctionnement des marchés de grande consommation, ce qui alimente bien sûr la fragmentation des modèles de consommation. Cette individualisation de la demande engage les acteurs de l’offre à développer la variété, afin de permettre à chaque consommateur de trouver des produits et des modes d’accès à ces produits répondant le plus finement possible à ses besoins. Cette capacité à répondre avec précision à la demande est à la fois un stimulant de l’appétence à la consommation et un facteur de différenciation dans le jeu concurrentiel.
 
L’avènement de cette société de personne est également associé à une forte demande de reconnaissance personnelle qui affecte le contenu de ce qui est attendu de la relation commerciale. L’individu « hypermoderne » (Aubert, 2004) supporte de moins en moins la contrainte, les conduites imposées, les situations qui nient sa qualité d’individu pensant et agissant. D’où, dans la relation marchande, une allergie croissante aux files d’attente, aux conduites inappropriées du personnel de vente, au non-respect des termes du contrat… Ne plus se sentir considéré comme un mouton dans un troupeau, mais reconnu comme une personne singulière qui doit être traitée avec les égards qui lui sont dus, telles sont les exigences des clients d’aujourd’hui qui entrent en porte-à-faux
avec la manière de penser la relation-client dans la distribution de masse.
 
Une sensibilité aux valeurs postmodernes
 
Il convient d’ajouter un certain nombre d’évolutions que l’on serait davantage enclin à qualifier de « postmodernes » (Maffesoli, 2003  ; Cova, 1995) dans la mesure où elles s’inscrivent en rupture par rapport à des fondamentaux de la période précédente. On trouve ici en particulier la crise de la notion de progrès. Interrogés en 2008, dans le cadre de l’Eurobaromètre, les Français considèrent à 82 % que la vie des enfants d’aujourd’hui sera plus difficile que pour ceux de leur génération. Lorsque la croyance dans le progrès s’estompe et que l’avenir est davantage porteur d’angoisse que d’espoir, la recherche du plaisir ici et maintenant s’impose. Lorsque, pour affronter cette angoisse, l’individu ne peut plus se reposer sur des systèmes de pensée holistique, ni sur un collectif puissant et intégrateur, il se met en quête de sens et exprime un besoin de réassurance qui s’incarne notamment dans un désir de lien social retrouvé, qui est largement à la base du regain d’intérêt des consommateurs pour le commerce de proximité, à taille humaine. L’individu contemporain est membre de communautés multiples (des « tribus » [Maffesoli, 2000]) – souvent de façon très ponctuelle (communautés spécialisées) et temporaire – ce qui contribue à lui conférer ce caractère « multifacette » qui rend si difficile l’établissement de typologies. Le marketing a compris tout le bénéfice qu’il pouvait tirer de l’exploitation de ces orientations « tribales » et nombre de marques et, depuis peu, d’enseignes, s’efforcent de se placer au cœur de communautés. Internet leur offre à cet égard de puissants outils.
 
De nouveaux rapports à l’espace et au temps
 
Il est devenu banal de souligner à quel point le rapport des individus à l’espace et au temps s’est transformé : accroissement de la mobilité, meilleure maîtrise du temps (notamment grâce à l’usage des NTIC), conduisant souvent au brouillage des couples espace-temps dans lesquels se situaient les activités. Rappelons aussi l’hétérogénéité croissante des situations individuelles par rapport à l’espace et au temps, source de désynchronisation des rythmes sociaux, de ségrégation, de nouvelles formes de liberté pour les uns et d’exclusion pour les autres (Le Breton, 2008). L’ensemble de ces transformations ont eu des répercussions sur l’inscription spatio-temporelle du commerce, remettant en cause la suprématie du schéma des achats dans les pôles commerciaux de périphérie le samedi après-midi au profit d’une plus grande diversité des pratiques. Nous reviendrons sur les conséquences spatiales de cette évolution. Notons qu’elles sont un puissant levier de développement du e-commerce, mais aussi de nouveaux concepts commerciaux en « dur » (les commerces sur les lieux de transit, les distributeurs automatiques, les drives…).
 
Les évolutions démographiques mettent à mal le portrait type du client
 
Le vieillissement de la population ainsi que la tendance à la réduction de la taille des ménages [3] ont conduit à une structure démographique de la clientèle du commerce qui s’écarte de plus en plus de l’archétype de la famille de Français moyens des Trente Glorieuses. Les conséquences sont multiples, qui vont du moindre intérêt pour la massification des achats, à une inflexion des caractères de la géographie résidentielle, en passant par un effet sur la structure du budget des ménages et la dynamique du pouvoir d’achat par unité de consommation. Ces conséquences vont dans l’ensemble dans le sens d’une remise en cause du modèle sur lequel s’est fondée la distribution de masse.
 

De la distribution de masse au « commerce de précision »

 
L’évolution des formes de la concurrence dans la grande distribution conduit les entreprises à s’écarter progressivement d’une conception de leur métier consistant à acheter les produits pour les écouler en masse auprès des ménages. Avec retard sur les autres secteurs, elles ont amorcé une « orientation client » qui les amène à sortir du seul souci de compression des coûts pour se préoccuper davantage de la demande. L’objectif est de capter la préférence des consommateurs, de fidéliser les clients et de maximiser le flux de revenu généré par chacun d’entre eux (« la part de porte-monnaie »). Le secteur du commerce adopte ainsi progressivement une posture servicielle, non seulement parce qu’il vend de plus en plus de services, mais aussi et surtout car il commence à se penser comme devant rendre service à ses clients, produire pour eux des effets utiles, leur apporter des solutions.
Cette marche vers « l’orientation client » se fait progressivement, à rythme inégal selon les sous-secteurs et les entreprises. La première étape – qui est déjà largement engagée – est celle de la montée en compétences dans l’analyse de la demande et la prise en compte de l’hétérogénéité des attentes au moyen de stratégies de segmentation/différenciation. Simultanément, les enseignes s’efforcent de personnaliser la relation avec leurs clients. La deuxième étape de cette révolution commerciale, à ce jour à peine engagée, consacrera l’achèvement du centrage sur le client. Elle consistera dans l’adoption d’une logique servicielle par le secteur du commerce. Nous reviendrons sur ce point lors de la conclusion prospective.
 
Les stratégies de segmentation/différenciation
 
Le positionnement commercial des enseignes de la grande distribution a longtemps reposé sur l’argument du prix bas. La prise de conscience de l’individualisation de la demande et l’intensification de la concurrence entre enseignes ont conduit un nombre croissant d’entre elles à affiner leur positionnement, s’écartant du traditionnel ciblage du cœur de marché, pour tenter de se différencier en ciblant des catégories de clients spécifiques ou certaines occasions d’achat, et en adaptant le contenu de l’offre et des éléments constitutifs du « produit-magasin » afin de répondre avec précision à la spécificité des attentes de la cible. Les plus belles réussites commerciales de ces dernières années sont à mettre à l’actif d’enseignes qui ont ainsi réussi à combiner une politique de prix qui permet de continuer à s’adresser à un marché de masse, mais avec une forte différenciation suscitant l’adhésion d’une partie de la clientèle : Ikea, Zara, H&M, Picard… Les leviers de différenciation exploités sont divers : aménagement distinctif du point de vente, assortiment exclusif, services accompagnant la transaction commerciale, image et valeurs associées à l’enseigne… La diffusion des stratégies de segmentation/différenciation a provoqué l’évasion d’une partie de la clientèle de concepts commerciaux « holistiques[4] », qui continuent de s’adresser à un consommateur médian de moins en moins représentatif. Nous avons ici la cause majeure des difficultés que connaît l’hypermarché depuis une dizaine d’années (tableaux 1 et 2).
 
Tableau 1. Parts de marché – Produits alimentaires (hors tabac), en valeur TTC (en %)
Formes de vente *
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007sd
2008sd
2009p
Alimentation spécialisée et artisanat commercial
17,7
17,6
17,2
17,1
16,8
17,1
17
17
16,9
16,6
16,6
Boulangeries-pâtisseries
6,7
6,5
6,4
6,3
6,3
6,5
6,6
6,5
6,5
6,3
6,3
Boucheries-charcuteries
6,3
6,1
6
5,9
5,6
5,5
5,4
5,3
5,2
5,1
5,1
Autres magasins d’alimentation spécialisée
4,7
5,1
4,9
4,9
4,9
5
5,1
5,1
5,2
5,2
5,2
Petites surfaces d’alimentation générale et magasins de produits surgelés
8,6
8,4
8,5
8,4
8,5
8,5
8,5
8,4
8,3
8,4
8,4
Grandes surfaces d’alimentation générale
67,1
67,7
68
68,2
68,3
67,9
67,4
67,3
67,3
67,1
66,9
Supermarchés
30,8
31,5
31,7
33,1
33
33,3
33
33
33
33,2
33,2
Hypermarchés
35,4
34,8
34,8
33,9
34,1
33,3
33,1
33
32,8
32,3
32,3
Grands magasins et autres magasins non alimentaires non spécialisés
0,1
0,1
0,1
0,1
0,1
0,1
0,1
0,1
0,1
0,1
0,1
Pharmacies et commerce d’articles médicaux et orthopédiques
0,2
0,2
0,1
0,2
0,2
0,2
0,2
0,2
0,2
0,2
0,2
Magasins non alimentaires spécialisés (hors pharmacies)
0,2
0,2
0,2
0,2
0,2
0,2
0,2
0,2
0,3
0,3
0,3
Commerce hors magasin
4
3,7
3,8
3,7
3,7
3,7
3,7
3,7
3,8
3,8
3,9
Vente par correspondance
0,2
0,3
0,3
0,3
0,3
0,3
0,3
0,4
0,4
0,4
0,5
Autres
3,7
3,5
3,5
3,4
3,4
3,4
3,4
3,4
3,4
3,4
3,3
ENSEMBLE COMMERCE DE DÉTAIL ET ARTISANAT À CARACTÈRE COMMERCIAL
97,9
97,9
97,9
97,8
97,7
97,6
97,2
97
96,9
96,5
96,3
Ventes au détail du commerce automobile
0,2
0,2
0,2
0,2
0,2
0,3
0,5
0,6
0,6
1
1,1
Autres ventes au détail (1)
1,9
1,9
1,9
2
2,1
2,1
2,3
2,4
2,6
2,5
2,6
ENSEMBLE DES VENTES AU DÉTAIL ET RÉPARATIONS EN %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
ENSEMBLE DES VENTES AU DÉTAIL ET RÉPARATIONS EN MILLIARDS D’EUROS TTC
128
133
140
146
150
153
155
159
164
171
173
 
(1) Ventes au détail du commerce de gros, de divers prestataires de services et ventes directes des producteurs.
* Rappel : la part de marché d’une forme de vente est une estimation de la part de marché de l’ensemble des magasins correspondants.
Source : Insee - Comptes du commerce.
 
Tableau 2. Parts de marché – Produits non alimentaires (y compris produits énergétiques et liés à l’automobile, hors véhicules automobiles), en valeur TTC (en %)
Formes de vente *
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007sd
2008sd
2009p
Alimentation spécialisée et artisanat commercial et petites surfaces d’alimentation générale
1,1
1,1
1,1
1,1
1,1
1,1
0,9
0,9
0,9
0,8
0,7
Grandes surfaces d’alimentation générale
19,9
20,1
19,4
19
19,1
18,7
18,3
17,9
17,8
17,8
17,2
Supermarchés
6,1
6,4
6,3
5,6
5,6
4,5
4,1
3,7
3,8
3,8
3,3
Hypermarchés
13,4
13,1
12,7
12,9
13
13,8
13,8
13,9
13,8
13,7
13,6
Grands magasins et autres magasins non alimentaires non spécialisés
2,2
2,2
2,1
2,1
2
2,1
2
1,9
1,9
1,9
1,9
Pharmacies et commerce d’articles médicaux et orthopédiques
9,4
9,4
9,7
9,9
10,1
10,3
10,3
10,4
10,3
10,3
11
Magasins non alimentaires spécialisés (hors pharmacies)
41,1
41,1
41,9
42,4
42,1
42
42,1
42,5
43
42,5
43,1
Commerce hors magasin
4,6
4,5
4,4
4,3
4,3
4,5
4,3
4,2
4,1
3,9
3,9
Vente par correspondance
3,2
3,2
3,1
3,1
3,1
3,3
3,2
3,2
3,1
3
3
Autres
1,4
1,3
1,3
1,2
1,2
1,1
1,1
1
1
0,9
0,9
Réparations d’articles personnels et domestiques (1)
0,8
0,8
0,8
0,7
0,7
0,7
0,6
0,6
0,6
0,6
0,6
ENSEMBLE COMMERCE DE DÉTAIL ET ARTISANAT À CARACTÈRE COMMERCIAL
79
79,2
79,4
79,6
79,5
79,3
78,5
78,5
78,6
77,8
78,4
Ventes au détail du commerce automobile (2)
14,1
14,1
14
13,9
14
14,2
15
15,1
15,1
15,9
15,8
Autres ventes au détail (3)
6,9
6,8
6,6
6,4
6,5
6,5
6,4
6,4
6,3
6,3
5,8
ENSEMBLE DES VENTES AU DÉTAIL ET RÉPARATION EN %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
100 %
ENSEMBLE DES VENTES AU DÉTAIL ET RÉPARATION EN MILLIARDS D’EUROS TTC
257
275
286
295
307
321
335
348
362
373
360
 
(1) Pour leurs ventes au détail et leurs prestations de réparation.
(2) À l’exclusion des ventes et réparations de véhicules automobiles, y compris les ventes et réparations de motocycles.
(3) Ventes au détail du commerce de gros, de divers prestataires de services et ventes directes des producteurs.
* Rappel : la part de marché d’une forme de vente est une estimation de la part de marché de l’ensemble des magasins correspondants.
Source : Insee - Comptes du commerce.
 
Une relation commerciale plus « personnalisée »
 
Afin de répondre aux aspirations des consommateurs à un traitement personnalisé, les enseignes se sont converties au « marketing relationnel ». Sur la base de la connaissance des clients que leur confèrent les mégabases de données issues de sorties de caisses et des cartes de fidélité, elles s’efforcent de nouer une relation de plus en plus personnalisée avec chacun de leurs clients, afin d’être en mesure de répondre avec plus de précision à leurs attentes, mais aussi pour tenter d’établir un lien affectif supposer favoriser la fidélisation. Le e-commerce et, plus généralement, Internet offrent de formidables outils pour mettre en place une relation personnalisée de masse, pour tisser un lien avec les clients qui s’étende au-delà de la transaction commerciale pour établir une connivence autour de centres d’intérêt ou de valeurs partagés, organiser les clients en communautés, prodiguer conseils et assistance…
 
Une transformation progressive de la géographie du commerce qui accompagne les mutations du secteur
 
L’état de la géographie du commerce
 
Les sources manquent pour effectuer une cartographie détaillée de la géographie du commerce à l’échelle nationale. L’exploitation des données sur l’emploi salarié dans les établissements du commerce de détail (Moati et Ranvier, 2008) permet cependant de repérer des évolutions à l’échelle supracommunale. Ces données nous confirment que, en dépit des forces centrifuges à l’œuvre depuis plusieurs décennies, le commerce demeure un phénomène urbain. En 2005, les villes centres des pôles urbains concentrent en effet 40 % de l’emploi salarié du commerce (et 44 % des établissements). Elles sont toutefois talonnées par leurs banlieues (38 % de l’emploi), qui affichent une densité commerciale supérieure (304 emplois commerciaux pour 10 000 habitants contre 261 dans les villes centres). Les couronnes périurbaines ne représentent que 7,8 % de l’emploi (dont près de la moitié dans les villes centres) et affichent une densité commerciale très inférieure à celle des pôles urbains (96 emplois pour 10 000 habitants). Hors des aires urbaines, l’espace à dominante rurale ne rassemble que 12 % de l’emploi commercial national (dont 7,5 % dans les villes centres), mais bénéficie d’une densité commerciale supérieure à celle des couronnes périurbaines (134 emplois pour 10 000 habitants).
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Figure1. Représentation simplifiée du "processus de débordement" de l’appareil commercial des aires urbaines
Une tendance à la déconcentration
 
L’examen des données d’emploi sur la période 1995-2005 met en évidence deux évolutions majeures :
– La poursuite du mouvement centrifuge. Le poids des villes centres de pôles urbains dans l’emploi commercial national recule de 3,4 points entre 1995 et 2005, alors que celui des banlieues gagne 1,9 point et celui des couronnes périurbaines, 1,1 point. Le commerce poursuit ainsi un mouvement d’étalement. Ce mouvement excède celui de la population. Autrement dit, la densité commerciale s’accroît d’autant plus vite que l’on s’éloigne du centre des agglomérations : entre 1995 et 2005, elle a progressé de 14 % dans les villes centres des pôles urbains, mais de 27 % dans les banlieues et de 32 % dans les couronnes périurbaines. Les distributeurs semblent anticiper les mouvements de population. Pendant des décennies, ce mouvement centrifuge a conduit à l’affaiblissement du tissu commercial dans les villes centres. Sur la période étudiée, le poids du commerce des villes centres des pôles urbains continue de reculer, mais ce recul relatif masque une croissance absolue de l’emploi (+ 14 %) et du nombre d’établissements (+5 %). Cette rupture, intervenue au milieu des années 1990, conforte les observations éparses de redynamisation du commerce urbain.
– Un mouvement de déconcentration de l’appareil commercial. Alors que l’essor de la distribution de masse s’était accompagné de la polarisation spatiale de l’appareil commercial, les données relatives à la période 1995-2005 mettent en évidence un processus opposé, et ce, aux différentes échelles spatiales. Par exemple, c’est dans les villes moyennes (les aires urbaines de 10 000 à 20 000 habitants) que la croissance de l’appareil commercial a été la plus forte, alors qu’elle a été relativement peu dynamique dans les aires urbaines de 200 000 à 500 000 habitants et, surtout, dans l’aire urbaine de Paris. L’indice d’Herfindahl, calculé à l’échelle des aires urbaines, est en recul significatif. Les aires urbaines jouant le rôle de « pôle commercial régional » ont vu leur emprise sur l’appareil commercial national se contracter légèrement au profit des pôles régionaux de moindre envergure. Le commerce rural bénéficie d’une redynamisation.
Ces observations objectivent les conséquences des stratégies des entreprises du commerce. Leur approche de la question de la localisation évolue en même temps qu’elles tentent de s’adapter à la nouvelle donne sectorielle. Cette évolution peut s’analyser autour de deux grandes idées générales.
 
La course aux ouvertures
 
Après environ 50 ans de déploiement, la distribution de masse a réalisé un maillage serré du territoire. Traduction spatiale de la saturation de son potentiel de croissance, le rythme de création de nouvelles surfaces commerciales s’est sensiblement ralenti. Les durcissements successifs de la réglementation de l’urbanisme commercial (jusqu’à la loi du 4 août 2008 de modernisation de l’économie dite « LME ») n’ont fait que renforcer le phénomène. Ce ralentissement touche inégalement les différents secteurs du commerce. Il est particulièrement significatif pour ce qui concerne les hypermarchés ainsi que les centres commerciaux.
 
Ce contexte s’oppose aux velléités de développement des acteurs du secteur, notamment les nouveaux entrants (nationaux ou étrangers) en phase de constitution de leurs réseaux. Une course s’est engagée afin de s’emparer des dernières opportunités d’implantation. Après avoir saturé leurs localisations naturelles, les distributeurs s’implantent sur des territoires « de second rang » (villes moyennes, bourgs ruraux, couronnes périurbaines, centres-villes…) quitte à devoir pour cela adapter leurs concepts commerciaux.
Dans le même temps, la géographie du commerce commence à exprimer les traits du commerce associé à la nouvelle révolution commerciale. Selon cette perspective, sa localisation ne répond plus simplement aux logiques traditionnelles de taille des zones de chalandise, d’accessibilité et de coût. Elle s’adapte à l’évolution des pratiques de mobilité des consommateurs et accompagne les nouvelles stratégies de segmentation/différenciation.
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Figure 2. Production de centres commerciaux en France - Moyenne annuelle par tranche de 5 ans
L’adaptation aux nouvelles pratiques de mobilité des consommateurs
 
Le rapport que les consommateurs entretiennent au temps et à l’espace, on l’a vu, s’est considérablement modifié, au point qu’il devient souvent plus pertinent de parler de « zone d’approvisionnement » des consommateurs que de « zone de chalandise » des commerces  (Bellanger et Marzloff, 1996  ; Michaud-Trevinal et Cliquet, 2002). De nouveaux lieux de commerce se sont développés sur la base, non plus de la localisation résidentielle des clients potentiels, mais des différents lieux que leur mobilité les conduit à fréquenter. Un « commerce d’itinéraire » implanté sur les lieux de transit s’est ainsi développé, de même que des pôles commerciaux à proximité de zones de bureaux et des drives sur les axes de mobilité automobile en zones périurbaines. Plus généralement, le commerce de précision suppose une capacité d’adaptation à des attentes susceptibles de varier en fonction du lieu, du moment de la journée ou de la semaine…, ce qui incite les distributeurs à « diversifier les structures de captation physique des clients, c’est-à-dire les formats de magasins et leur localisation dans la ville » (Rallet, 2010, p. 29).
 
La localisation comme composante des stratégies de segmentation-différenciation
Avec la diffusion des stratégies de segmentation-différenciation, le lieu d’implantation doit permettre de faciliter la rencontre avec la cible  ; autant que possible, il doit également servir de levier à la politique de différenciation de l’enseigne.
 
Plus la cible adoptée est étroite, plus la question de la rencontre entre l’offre et la demande se pose. Au-delà de la quantité totale de consommateurs rattachés à une zone de chalandise, c’est la présence de la cible qui est recherchée. Par exemple, les concepts de proximité urbains créés par Monoprix et Casino (Monop’ et Chez Jean) ciblent une clientèle d’urbains, diplômés, à fort pouvoir d’achat, en demande de services… Ce n’est donc pas par hasard que ces enseignes se sont implantées au sein de quartiers « branchés » de très grandes métropoles. L’implantation de commerce au sein des lieux de transit témoigne du souci d’effectuer une proposition commerciale adaptée aux attentes et dispositions propres aux consommateurs lorsqu’ils sont dans une démarche de mobilité. La même logique suscite le développement de lieux de commerce auprès « de créateurs d’audience », c’est-à-dire d’éléments non commerciaux qui drainent des individus ayant un profil proche de la cible. C’est ainsi que les équipements culturels ou sportifs deviennent des lieux de commerce prisés par les enseignes qui ciblent les personnes qui les fréquentent. Les lieux touristiques peuvent devenir de puissants pôles commerciaux dédiés au « commerce distractif » (Lemarchand, 2008), à l’instar de la Shopping Vallée aux alentours de Disneyland Paris. Dans le même mouvement, les caractéristiques du lieu d’implantation, la nature des autres commerces qui y sont implantés, des équipements non marchands, de l’architecture, de l’histoire et de l’image du lieu…, peuvent fournir à l’enseigne un levier à sa politique de différenciation, « l’immatériel du lieu » rejaillissant sur celui de l’enseigne[5]. De manière très générale, le regain de dynamisme dont bénéficie le commerce de centre-ville doit beaucoup à leur investissement par les groupes de la grande distribution, en réponse à la saturation des opportunités d’ouvertures en périphérie bien sûr, mais aussi afin d’aller à la rencontre de clientèles spécifiques et pour tirer profit au plan de l’image et des externalités qu’offre, à de nombreux points de vue, une implantation dans des lieux chargés sur le plan symbolique et social. Notons cependant que si l’arrivée de la grande distribution dans les centres-villes a largement contribué à leur redynamisation, et à ce titre, a pu servir de locomotive à l’égard du petit commerce indépendant, ce dernier se voit désormais attaqué sur son propre terrain, à la fois sur le plan marketing et sur celui de l’occupation du sol (cf. flambée des loyers dans l’hypercentre).
 

Les perspectives d’évolution

 
Pour les 10 ou 15 prochaines années, le scénario le plus probable est celui de la poursuite du mouvement d’une distribution de masse vers un commerce de précision. On peut aussi anticiper que les progrès que les entreprises commerciales réaliseront dans la connaissance de la demande et la maîtrise du marketing relationnel les conduiront progressivement à adopter des modèles économiques serviciels.
 
La poursuite de la mise en place d’un commerce de précision
 
La prise de conscience par les distributeurs que les volumes d’affaires de masse se feront de plus en plus par agrégation de segments de marché, voire de marchés de niche, est relativement récente. Beaucoup reste à faire en matière de création de nouveaux concepts commerciaux destinés à aller à la rencontre de segments de consommateurs spécifiques. On peut donc anticiper la poursuite du processus de fragmentation de l’espace stratégique du commerce par la multiplication des concepts segmentants. Les structures de l’appareil commercial continueront alors de se complexifier, de se fragmenter, avec un clivage fort entre d’une part des enseignes qui, suivant un modèle néofordien, mettraient en avant une offre low cost pour les consommateurs à forte contrainte budgétaire et/ou désimpliqués par rapport aux produits vendus, et des enseignes visant à la création de valeur ajoutée commerciale par la différenciation, l’enrichissement de la relation commerciale, la création de valeur immatérielle (Dia-Mart, 2009)…
 
Cette progression du commerce de précision accentuera le recul des concepts commerciaux holistiques. Cette tendance, pour l’instant observée principalement à l’échelle des points de vente, pourrait progressivement s’étendre à l’échelle des pôles commerciaux qui perdraient la vocation holistique qu’ils ont encore souvent pour s’engager dans des logiques de spécialisation autour d’univers de consommation (les loisirs, la maison, l’équipement de la personne…) ou d’occasions d’achat (les achats du quotidien dans une perspective de praticité, le fun shopping…). Certains centres commerciaux régionaux, à l’instar des hypermarchés, pourraient pâtir d’un positionnement trop généraliste, mais aussi d’une origine marquée par une conception de l’urbanisme commercial en voie de dépassement (le zonage) au profil d’une plus grande mixité fonctionnelle (tissu urbain mêlant habitations, bureaux, commerces…).
 
Sur le plan de la géographie du commerce, la perspective de surcapacités créée un risque d’apparition de friches commerciales, notamment dans les zones périphériques les moins compétitives, aux accès engorgés… D’un point de vue plus qualitatif, on peut anticiper la poursuite du mouvement de déconcentration. Il est probable qu’il se propage à une micro-échelle, par le développement de la multifonctionnalité : comme il a commencé à le faire, le commerce s’immiscera de plus en plus dans des espaces non commerciaux, alors que les pôles commerciaux s’ouvriront de plus en plus aux activités non commerciales. Cette tendance est d’autant plus probable qu’elle s’inscrit à l’intersection de l’évolution des conceptions en matière d’urbanisme et des stratégies des acteurs du commerce.
 
Le développement de modèles serviciels
 
De manière moins certaine, l’approfondissement de l’orientation-client du commerce entrerait progressivement dans une optique servicielle consistant à se préoccuper de plus en plus – non seulement de vendre le maximum de produits – mais des effets utiles produits sur ses clients et, plus généralement, sur la société. Cette orientation est déjà perceptible dans l’évolution des stratégies de certaines enseignes (Leroy-Merlin, Décathlon…), de sites de e-commerce (Amazon), mais aussi d’industriels (Nestlé, Michelin, Peugeot) ou d’entreprises de service (EDF, GDF-Suez, les entreprises de la banque-assurance…). Le pronostic de diffusion de ces modèles serviciels s’appuie notamment sur sa cohérence avec la dynamique engagée depuis plusieurs décennies dans les relations interentreprises, ainsi que sur les vertus que ces modèles peuvent – sous certaines conditions – présenter sur le plan du développement durable (Du Tertre, 2009).
 
Les conséquences seraient sans doute également majeures sur le plan des implantations. Un commerce serviciel entretient nécessairement des relations beaucoup plus étroites avec ses clients, ce qui suppose de développer la proximité. La recherche de cette proximité, qui ne doit pas s’entendre simplement sur le plan physique, incitera les distributeurs à rechercher, bien plus encore qu’aujourd’hui, une certaine ubiquité leur permettant d’être aux côtés de leurs clients, en tout lieu et à tout moment, dès lors qu’une interaction est nécessaire pour apporter la solution promise. Cette ubiquité sera obtenue par un usage intensif des NTIC – dont les développements futurs devraient offrir des perspectives très prometteuses (technologies mobiles, Internet des objets…). Elle sera probablement également recherchée par la déclinaison des implantations physiques, sur des formats et des localisations différentes, de manière à maximiser la pertinence de la réponse à la spécificité des besoins en fonction des circonstances. Un « commerce d’agence » est ainsi susceptible de se développer, dont le rôle portera moins sur la vente de produits que sur le conseil et l’assistance à la clientèle. Il y a là une raison supplémentaire d’anticiper pour l’avenir une diversité croissante des formes d’implantation commerciale, de leur localisation, couplée à une mixité fonctionnelle accrue.
 

Les principaux points d’incertitude

 
Le rythme auquel le commerce renforcera son orientation-client adoptera des modèles serviciels dépend notamment de l’état de la conjoncture et de l’évolution du pouvoir d’achat. Les épisodes de récession tendent à ralentir le mouvement et, en renforçant la sensibilité des consommateurs aux prix, incitent les distributeurs à renouer avec leur modèle initial. Au-delà de la conjoncture, trois facteurs, générateurs d’une importante incertitude, sont susceptibles d’altérer la trajectoire sectorielle.
 
L’évolution de la mobilité des consommateurs
La manière dont la mobilité des consommateurs vers le commerce évoluera dépend notamment de trois facteurs :
– le vieillissement de la population. La mobilité se réduit sensiblement avec l’âge. Cependant, plus souvent possesseur du permis de conduire et d’une automobile, les seniors sont de plus en plus mobiles  ;
– la perspective d’un renchérissement substantiel du prix du carburant. Le recul de la circulation automobile au milieu des années 2000, un temps interrompu par le reflux des prix, pourrait s’intensifier dans l’avenir en particulier si les pouvoirs publics devaient adopter une fiscalité sanctionnant l’usage de l’automobile. Cette perspective pourrait se trouver tempérée par les progrès que réaliseront les constructeurs sur le plan de la sobriété des véhicules ainsi que, pour les particuliers, par le développement de systèmes d’auto-partage susceptibles de réduire le coût de la mobilité automobile en l’affranchissant de la propriété du véhicule  ;
– l’évolution des politiques d’urbanisme. Face au défi du développement durable, les politiques publiques pourraient s’orienter de plus en plus vers la densification des villes, la mixité fonctionnelle et la promotion de l’économie de proximité.
La perspective d’un accroissement du coût de la mobilité, pourrait avoir deux types de conséquences sur le commerce :
– la réduction de la mobilité automobile des consommateurs vers le commerce (renforcée par la prise de conscience des conséquences environnementales de ce type de mobilité). Elle aurait alors deux conséquences : d’une part, de réduire les distances parcourues pour accéder au commerce, ce qui profiterait aux implantations de proximité, mais aussi au commerce électronique  ; d’autre part, de favoriser le développement de commerces autour des hubs de transport public. Le développement du commerce autour des gares est d’ores et déjà en cours  ;
– une plus grande prise en compte de la distance dans le choix des approvisionnements des magasins, en particulier pour les produits les plus coûteux à transporter (c’est le cas notamment des produits frais). Cela pourrait favoriser une certaine « relocation » des fournisseurs à proximité des grands bassins de consommation et, plus généralement, encourager la révision de l’organisation de la chaîne logistique par la relocalisation des entrepôts.
 
Le développement du e-commerce
 
Le futur de l’appareil commercial sera de plus en plus dépendant de la manière dont se développera le e-commerce. Le développement du e-commerce est porté, non seulement par la banalisation de l’achat en ligne dans le corps social, mais aussi :
– par les formidables leviers qu’offre ce circuit pour mettre en œuvre un commerce de précision, s’appuyant sur une relation plus personnalisée avec les clients  ;
– l’arrivée massive sur la toile des enseignes du commerce en magasin s’accompagnant de la diffusion de la croyance dans le caractère porteur de l’approche « multicanal »  ;
– les nouvelles opportunités de développement que le commerce sur mobile va offrir à brève échéance.
 
Les avis demeurent cependant très partagés sur la part de marché que le e-commerce sera en mesure de conquérir dans les 10 ou 15 prochaines années. Dans une étude récente (Henriot, 2010), Rexecode se risquait à avancer une prévision à 8,5 % à l’horizon 2020. En réalité, comme le soutient Rallet [2010], « le e-commerce sortira de la niche de la vente à distance (VAD) s’il propose de réelles innovations aux consommateurs ». Ce que la vitalité des expérimentations qui y sont menées (voir Moati, 2009) incite à anticiper, de même que la nature des anticipations des acteurs du commerce eux-mêmes, comme en témoignent les résultats de l’enquête que nous avons menée en 2010 (Moati, Jauneau et Lourdel, 2010) auprès d’un échantillon des dirigeants de réseaux de distribution physique afin de recueillir leur vision du commerce du futur Concernant la part de marché que le e-commerce serait susceptible d’atteindre en 2020 à l’échelle de l’ensemble du commerce de détail, la moyenne des réponses s’établit à 24 %. Ces anticipations accélèrent la mise en place de stratégies multicanales (qui alimentent la croissance du e-commerce) et conduisent à repositionner le commerce physique en complémentarité des autres formes de vente.
 
Si les promesses de développement rapide du e-commerce devaient être tenues, le commerce en magasins s’en trouverait doublement impacté :
– quantitativement, le transfert de parts de marché du réel vers le virtuel augmenterait le risque d’apparition de surcapacités évoqué plus haut. Reste à savoir quelles sont les formes de commerce qui seraient les premières à pâtir de la croissance du e-commerce  ;
– qualitativement, le commerce en magasin devra cultiver sa différence et sa complémentarité pour justifier le déplacement des consommateurs. C’est probablement en développant sa composante expérientielle et/ou servicielle qu’il sera le plus à même de contenir l’évasion vers le e-commerce.
 
L’attitude des consommateurs à l’égard de la consommation
 
Dans un contexte de défiance à l’égard des grandes entreprises, on sent monter depuis quelques années une attitude critique à l’égard de la consommation. Le rejet d’un certain type de marketing alimente une prise de distance à l’égard des marques – qui profite aux marques de distributeurs et aux produits premiers prix. La grande distribution, qui autrefois incarnait la modernité, est de plus en plus perçue comme inhumaine, exerçant sa puissance économique contre les petits producteurs et les consommateurs. La prise de conscience du défi écologique se combine à une montée de la charge déceptive de la consommation pour susciter l’expression d’une aspiration à « consommer mieux ». Une zone d’incertitude majeure réside dans le fait de savoir si cette posture critique peut déboucher sur une remise en cause de l’hyperconsommation et des acteurs qui lui sont associés (grands industriels et grande distribution). Une telle dynamique pourrait à la fois conduire à un recul de la consommation et à son redéploiement autour de formes alternatives (direct producteur, coopératives, commerce équitable…). Ces nouvelles attitudes peuvent aussi exprimer, plus simplement, le désir de consommer autrement, sans nécessairement remettre en cause la consommation elle-même. Les acteurs de l’offre auraient alors à prendre la mesure de l’évolution des attentes et à tenter d’y répondre. L’approfondissement de l’orientation et l’adoption d’une posture servicielle seraient alors de nature à leur permettre de s’adapter aux nouvelles attentes.
 

Conclusion

 
Chaque révolution commerciale s’est accompagnée d’une profonde transformation de l’inscription territoriale du commerce. La révolution commerciale en cours est en train de remettre en cause le modèle centre-périphérie associé au développement de la distribution de masse au profit d’une nouvelle géographie associée à un commerce plus fragmenté, plus divers, ubiquitaire, liquide et intégré par une chaîne servicielle qui le dépasse (au sens de Z. Bauman, 2009).
 
 

Bibliographie

 
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[1]. Autour de deux formes emblématiques : le parc d’activité commerciale (ensemble plus ou moins organisé de grandes et moyennes surfaces spécialisées) et le centre commercial (généralement adossé à une grande surface alimentaire).
[2]. Les entreprises employant au plus deux salariés, dont le nombre s’est réduit de près de 60 % entre 1966 et 1998, ont vu leur contribution au chiffre d’affaires du commerce de détail passer dans le même temps de plus de la moitié à seulement 13 % (Lutinier, 2002).
[3]. Elle diminue régulièrement, passant de 3 personnes en 1968 à 2,3 en 2006. Selon les projections de l’Insee, elle se situerait autour de 2,05 en 2030.
[4]. Un positionnement « holistique » consiste à s’adresser à l’ensemble des consommateurs sans volonté de segmentation.
[5]. Voir Devillet [2009] pour une illustration par le commerce d’habillement en Belgique.

 

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