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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 15:33
- Publié dans : Le capitalisme post-fordien

Chronique publiée dans L'Usine Nouvelle, n° 3135 du 19 février 2009.


Dans son contre-plan de relance, qui consiste très largement dans un soutien à la demande des ménages, le PS se fait l'écho des attentes d'un corps social qui a exprimé avec force le 29 janvier son refus de faire les frais d'une crise dont il ne se sent pas responsable. Le débat sur la relance prend dès lors la tournure classique d'une opposition entre relance par l'investissement (le gouvernement) et relance par la consommation (la gauche). Etant donné l'ampleur de la crise et son caractère à bien des égards sans précédent, pouvons-nous nous satisfaire d'une réduction de la réflexion sur le sujet à des dimensions si conventionnelles ?

Bien sûr, après l'urgence qu'il y avait à refroidir le réacteur nucléaire d'une finance mondiale qui s'était emballée sans contrôle, la priorité porte sur l'interruption de l'hémorragie des emplois. Mais à qui fera-t-on croire, à supposer que les politiques de relance (de quelque nature qu'elles soient) atteignent leur but, que les racines du mal auront été vaincues ? Qu'une nouvelle crise, peut-être plus spectaculaire encore, ne viendra pas tout aussi brutalement mettre un terme à une brève période d'euphorie durant laquelle les mêmes forces débridées auront conduit au gonflement de déséquilibres non régulés ? Et surtout, que relancer l'économie apportera une réponse au gigantesque défi que nous lancent le réchauffement climatique et la réduction de la biodiversité, que la crise a mis, un temps, au second plan, mais dont la menace continue de se préciser chaque jour davantage ? La prime à la casse, ressortie du placard des fausses bonnes idées pour tenter de relancer l'industrie automobile, restera sans doute comme le symbole de ce décalage entre les enjeux de notre époque et les moyens et les modes de pensée que nous mobilisons pour y répondre.

Il est plus que temps que le débat s'étende aux moyens de refonder le fonctionnement de nos économies. Pas seulement en (ré-)introduisant de la réglementation dans une sphère financière qui fonctionne en roue libre. Mais aussi en réinjectant des valeurs dans un capitalisme par nature amoral ; en nous attaquant aux inégalités croissantes qui sapent les bases de nos sociétés démocratiques ; en aidant les entreprises à mettre en oeuvre des modèles économiques capables de créer des richesses, de satisfaire de nouveaux besoins, tout en mettant un terme à la logique infernale du « toujours plus » ; en misant enfin sur l'intelligence et la créativité individuelles et collectives qui sont le carburant - inépuisable... - de l'économie de la connaissance (alors que le gouvernement s'apprête, par décret, à imposer une réforme de l'organisation de la recherche et du statut des enseignants-chercheurs qui fait l'unanimité contre elle et dont l'une des principales motivations est de réaliser des économies budgétaires).

Le président de la République avait mille fois raison d'évoquer la nécessité d'engager une « politique de civilisation ». La relecture du texte lumineux d'Edgar Morin - qui trace effectivement les voies à suivre - montre à quel point nous n'en prenons pas le chemin. Paradoxalement, alors que chaque crise est aussi une promesse de renouveau, nos réponses se focalisent sur le court terme. Keynes semble être redevenu la référence obligée. Mais c'est oublier que le capitalisme est en mutation permanente, que ce qui était pertinent au XXe siècle ne l'est plus forcément aujourd'hui, et que chaque époque produit des défis inédits qui nous invitent à créer d'autres modes de pensée. Enferrés que nous sommes dans l'absence de projet, le manque d'imagination politique et l'impuissance de l'Europe à prendre son destin en main, serons-nous condamnés à n'être que spectateurs de l'émergence d'un renouveau, venu par exemple de l'autre côté de l'Atlantique ?

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