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Ce blog va bientôt cesser d'exister, tout du moins de manière autonome. Le blog de l'Observatoire Société et Consommation (L'ObSoCo) prend progressivement la suite. D'ores et déjà les archives de ce blog y ont été transférées et chaque nouveau billet posté ici est également publié sur le site de l'ObSoCo. Je partagerai le blog de l'ObSoCo avec Nathalie Damery et Robert Rochefort, qui ont fondé avec moi l'Observatoire Société et Consommation, ainsi qu'avec l'ensemble des membres du Cercle de l'ObSoCo... A suivre !!

 

 

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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 13:56

Étonnant ce ramdam fait autour des commémorations nationales et des travaux de la commission Kaspi… Il me semblait qu’en ces temps de crise financière, de récession et de reprise du chômage, il devait y avoir des sujets plus urgents à soumettre au débat public…

Souffrons-nous de trop de commémorations ? C’est la question du jour… Il me semble que la bonne question n’est pas tant de savoir s’il y a trop de commémorations mais plutôt de comprendre pourquoi les Français semblent si friands de commémorations. Car, si l’on ajoute aux commémorations officielles, la succession des commémorations des 50 ans de ceci, des 100 ans de cela (pour s’en tenir aux derniers mois, mai 68, jacques Brel, Serge Gainsbourg…), les Français semblent en effet atteints de « commémorationite aiguë ». Les média s’en emparent et font caisse de résonnance : la commémoration crée l’audience et fait vendre…

Alors pourquoi ce goût pour la commémoration ? On est tenté de le rapprocher de l’état psychologique dans lequel se trouvent les Français depuis plusieurs années. Une diversité d’indicateurs converge vers le même constat : les Français n’ont pas le moral, ils broient du noir et s’inquiètent. Les raisons de s’inquiéter ne manquent pas et sont régulièrement enrichies de nouvelles « crises » (géopolitiques, sanitaires, environnementales, financières…). Les risques globaux s’amoncèlent au-dessus de nos têtes et face à eux nos moyens d’action – individuels et collectifs – semblent bien limités. Plus largement – et ceci est sans doute plus spécifiquement français – nombres de membres des classes moyennes ont le sentiment de quitter un « monde d’hier » protecteur, rassurant et porteur d’un avenir souriant pour une entrée dans un monde nouveau plus incertain, moins maîtrisé, plus « dur ». Et la charge de l’ajustement repose très largement sur les frêles épaules du quidam qui désormais doit s’inquiéter de son employabilité, de sa santé, de sa retraite… et dont les modes de vies sont désignés comme responsables du dérèglement climatique. La classe politique française n’a pas réussi à ce jour à procéder aux réformes nécessaires tout en accompagnant les individus, en dessinant des perspectives d’avenir attractives. D’où d’ailleurs l’extraordinaire défiance que les Français expriment à l’égard du monde politique. Qu’est-ce que tout cela a à voir avec la question des commémorations ? J’avance l’hypothèse que ce goût des Français pour les commémorations traduit un besoin de rassurance : face à un avenir incertain, on cherche le réconfort dans l’évocation du passé. Quand on ne sait plus très bien où l’on va, il est précieux de savoir (ou d’imaginer) d’où l’on vient. Ce goût pour la commémoration est le reflet, en creux, d’un manque de désir d’avenir et n’est pas sans rappeler les thèses sur la post-modernité. La question n’est donc pas de savoir s’il faut réduire ou non le nombre de commémorations, mais plutôt de redonner un élan collectif qui donne à chacun l’envie de se projeter dans l’avenir.

En attendant, les commémorations en tout genre, non seulement rassurent, mais constituent un élément non négligeable de lien social et du « vivre ensemble ». Car dans la France de 2008, la cohésion nationale – le sentiment d’appartenir à une même communauté qui constitue de ce fait l’épicentre des dispositifs de solidarité – cède du terrain devant l’avancée de toutes les formes de communautarismes, qu’ils soient fondés sur l’appartenance ethnique ou sur les convergences de systèmes de valeur, de centres d’intérêt… Les occasions de se sentir membre d’une nation se font de plus en plus rares. Les commémorations sont l’occasion d’entretenir une mémoire collective, un sentiment d’appartenance qui consolide le vivre ensemble. Certes, on préférerait à ce lien social tenu et éphémère, un ciment plus solide fondé sur l’adhésion à un projet collectif qui, tout en reconnaissant la diversité des identités, mobilise très largement autour d’un socle de valeurs et d’ambitions partagées. De nouveau, le corps politique s’est montré jusque là incapable de créer cette impulsion.

Les débats en cours sur l’opportunité de revoir le programme des commémorations nationales sont donc bien étriqués par rapport aux véritables enjeux qui se cachent derrière la question des commémorations. A moins que l’objectif de cette agitation ne pas celui que l’on croit, mais plutôt d’ouvrir par un autre côté la question sur la remise en cause des jours fériés et de la libéralisation du travail dominicale. Un autre débat…

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Published by Philippe MOATI - dans Actualité
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