Les articles récents

  • Pour consommer "made in France" : une stratégie des effets utiles
    Un vidéo diffusée sur Xerfi Canal dans laquelle je rappelle les principes de l'économie des effets utiles et souligne l'opportunité qu'offre le débat sur le "produire et consommer" en France pour en faire un levier de politique industrielle.    ...
  • Pour une économie de l'immatériel
    Un nouveau blog - Les débats de l'immatériel - créé dans la foulée de la publication de La force de l'immatériel de Laurent Habib, entend promouvoir la notion d'économie de l'immatériel.   A l'occasion du lancement du blog, j'ai répondu à une courte...
  • Les fondements de la confiance
    Au cours de la phase de conception du Baromètre de la confiance réalisée par l'ObSoCo pour l'agence Kuryo, je me suis livré à une analyse des apports de la littérature acadéqmique à la compréhension de la question de la confiance. Un texte est en sorti qui a été mis en ligne sur le...
  • Perspectives du pouvoir d'achat en 2012
    Les Echos du 22 décembre 2011 publient une interview réalisée par Frederic Schaeffer dans laquel j'avance une partie de mes hypothèses concernant l'évolution du pouvoir d'achat des Français en 2012 et ses conséquences sur les comportements de consommation. « Il n'y a pas de...
  • Les caissières à l'honneur !
    En cette fin d'année, je vous recommande de voies complémentaires pour mieux connaître le monde des caissières. Deux éclairages sur la vie des quelques 200 000 hôtes ou hôtesses de caisse qu'emploie le commerce de détail en France, qui croisent notre quotidien mais que, au fond, nous...
  • La confiance des consommateurs à l'égard de la grande distribution alimentaire
    Dans le cadre du Labo de la confiance, l'agence Kuryo a demandé à l'ObSoCo de mesurer la confiance que les consommateurs placent dans les enseignes de la grande distribution alimentaire. On peut résumer la situation que décrit l'investigation approfondie que nous avons menée par la...
  • Le baromètre de la confiance 2011
    Le baromètre de la confiance a été créée par l'agence de communication Kuryo dans le cadre du lancement du Labo de la confiance. Sa conception et sa réalisation a été confiée à notre jeune structure L'ObSoCo. L'objectif est de mesurer - et de suivre l'évolution d'une année sur...
  • L'agence Kuryo lance le Labo de la Confiance
    Le Labo de la Confiance revendique 4 ambitions : Contribuer à expliquer ce phénomène en identifiant les mécanismes à l’œuvre, notamment en croisant témoignages des observateurs et analyses des experts. Mesurer l’évolution de la méfiance, notamment dans...
  • "La nouvelle révolution commerciale" : résumé en vidéo
    Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur La nouvelle révolution commerciale sans avoir eu le courage de lire les 300 pages du livre...   Avec cette vidéo de Xerfi de 30 minutes, vous aurez l'essentiel et, je l'espère, l'envie d'aller plus loin... en...
  • "La grande distribution doit se réinventer"
    La promo de mon livre se poursuit...   Le Figaro.fr me gratifie d'une rapide récension, assortie d'une vidéo.      ...
Liste complète

W3C

  • Flux RSS des articles

Wikio - Top des blogs - Economie

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Ce blog va bientôt cesser d'exister, tout du moins de manière autonome. Le blog de l'Observatoire Société et Consommation (L'ObSoCo) est appelé à prendre la suite. D'ores et déjà les archives de ce blog y ont été transférées et chaque nouveau billet posté ici est également publié sur le site de l'ObSoCo. Je partagerai le blog de l'ObSoCo avec Nathalie Damery et Robert Rochefort, qui ont fondé avec moi l'Observatoire Société et Consommation. Le blog de l'ObSoCo accueillera également les contributions des membres de l'association qui est en train de se constituer... A suivre !!

 

Rendez-vous sur http://www.asso-lobsoco.org/

 

 

Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 15:33
- Publié dans : Le capitalisme post-fordien

Chronique publiée dans L'Usine Nouvelle, n° 3135 du 19 février 2009.


Dans son contre-plan de relance, qui consiste très largement dans un soutien à la demande des ménages, le PS se fait l'écho des attentes d'un corps social qui a exprimé avec force le 29 janvier son refus de faire les frais d'une crise dont il ne se sent pas responsable. Le débat sur la relance prend dès lors la tournure classique d'une opposition entre relance par l'investissement (le gouvernement) et relance par la consommation (la gauche). Etant donné l'ampleur de la crise et son caractère à bien des égards sans précédent, pouvons-nous nous satisfaire d'une réduction de la réflexion sur le sujet à des dimensions si conventionnelles ?

Bien sûr, après l'urgence qu'il y avait à refroidir le réacteur nucléaire d'une finance mondiale qui s'était emballée sans contrôle, la priorité porte sur l'interruption de l'hémorragie des emplois. Mais à qui fera-t-on croire, à supposer que les politiques de relance (de quelque nature qu'elles soient) atteignent leur but, que les racines du mal auront été vaincues ? Qu'une nouvelle crise, peut-être plus spectaculaire encore, ne viendra pas tout aussi brutalement mettre un terme à une brève période d'euphorie durant laquelle les mêmes forces débridées auront conduit au gonflement de déséquilibres non régulés ? Et surtout, que relancer l'économie apportera une réponse au gigantesque défi que nous lancent le réchauffement climatique et la réduction de la biodiversité, que la crise a mis, un temps, au second plan, mais dont la menace continue de se préciser chaque jour davantage ? La prime à la casse, ressortie du placard des fausses bonnes idées pour tenter de relancer l'industrie automobile, restera sans doute comme le symbole de ce décalage entre les enjeux de notre époque et les moyens et les modes de pensée que nous mobilisons pour y répondre.

Il est plus que temps que le débat s'étende aux moyens de refonder le fonctionnement de nos économies. Pas seulement en (ré-)introduisant de la réglementation dans une sphère financière qui fonctionne en roue libre. Mais aussi en réinjectant des valeurs dans un capitalisme par nature amoral ; en nous attaquant aux inégalités croissantes qui sapent les bases de nos sociétés démocratiques ; en aidant les entreprises à mettre en oeuvre des modèles économiques capables de créer des richesses, de satisfaire de nouveaux besoins, tout en mettant un terme à la logique infernale du « toujours plus » ; en misant enfin sur l'intelligence et la créativité individuelles et collectives qui sont le carburant - inépuisable... - de l'économie de la connaissance (alors que le gouvernement s'apprête, par décret, à imposer une réforme de l'organisation de la recherche et du statut des enseignants-chercheurs qui fait l'unanimité contre elle et dont l'une des principales motivations est de réaliser des économies budgétaires).

Le président de la République avait mille fois raison d'évoquer la nécessité d'engager une « politique de civilisation ». La relecture du texte lumineux d'Edgar Morin - qui trace effectivement les voies à suivre - montre à quel point nous n'en prenons pas le chemin. Paradoxalement, alors que chaque crise est aussi une promesse de renouveau, nos réponses se focalisent sur le court terme. Keynes semble être redevenu la référence obligée. Mais c'est oublier que le capitalisme est en mutation permanente, que ce qui était pertinent au XXe siècle ne l'est plus forcément aujourd'hui, et que chaque époque produit des défis inédits qui nous invitent à créer d'autres modes de pensée. Enferrés que nous sommes dans l'absence de projet, le manque d'imagination politique et l'impuissance de l'Europe à prendre son destin en main, serons-nous condamnés à n'être que spectateurs de l'émergence d'un renouveau, venu par exemple de l'autre côté de l'Atlantique ?

Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /Jan /2009 11:05
- Publié dans : Le capitalisme post-fordien
Tribune publiée dans INC Hebdo, n° 1500, 22-28 décembre 2008

Le consumérisme tel que nous le connaissons aujourd’hui est encore très fortement imprégné du contexte fordien de l’époque qui l’a vu naître. Il est encore basé sur les bases de la société industrielle des « 30 Glorieuses », où la consommation porte essentiellement sur des biens matériels, tangibles. Pour preuve, la plupart des tests que l’on trouve dans journaux consuméristes sont axés sur des produits matériels et assez peu sur les services, et encore moins sur la notion de « service rendu ». Or dans le capitalisme de l’immatériel dans lequel nous rentrons, les problématiques de l’évaluation vont devenir capitales : comment évaluer les risques et la valeur-client dans une économie de services dont l’offre sera de plus en plus immatérielle, spécifique et personnalisée, comme l’aide à la personne par exemple ? Plus l’économie deviendra immatérielle, plus les dispositifs d’évaluation deviendront complexes à mettre en oeuvre.

 

Avec le développement de l’économie de services, il faudra également apprendre à se débarrasser du produit en tant qu’objet central de l’activité économique et nœud de la relation entre l’offre et de la demande. J’ai le sentiment que nous apprêtons à basculer dans un autre paradigme, dans lequel le produit ne sera plus que le médiateur de quelque chose de bien plus fondamental, que l’on pourrait appeler les « effets utiles » ou les « outcomes ». En d’autres termes, les consommateurs deviendront de plus en plus attentifs à ce qui leur procure de l’utilité, du bien-être. Sans doute l’ont-ils d’ailleurs toujours été mais le « fétichisme de la marchandise » qui caractérise le capitalisme industriel a introduit une confusion entre la fin et les moyens. Vélib donne une parfaite illustration de ce nouveau type d’échange où c’est bien le service rendu – un effet utile de mobilité urbaine – qui constitue la valeur de l’offre : celle-ci dépasse largement la vente d’un vélo. Outre qu’un tel modèle peut se révéler particulièrement efficace dans la satisfaction des besoins et être porteur d’un avantage concurrentiel pour les entreprises qui le mettent en œuvre, il se révèle en cohérence avec l’impératif de durabilité. Dans l’exemple de Vélib, l’entreprise, qui gère le dispositif reste propriétaire des moyens. Il est donc dans son intérêt de les penser pour qu’ils durent.  Ramenée au nombre de kilomètres parcourus, l’économie de matières est considérable par rapport à un équipement individuel et, finalement, plus pratique pour le consommateur qui dispose en tout lieu et à tout moment d’une bicyclette, dont il n’a pas à se soucier de l’entretien. Bilan : on améliore la satisfaction du besoin et on économise des ressources. 

 

Dans ce nouveau contexte, le mouvement consumériste à un véritable rôle à jouer, à condition de se réinventer. Il lui appartient de contribuer à l’émergence de nouveau dispositif d’évaluation de l’immatériel, des services, des « solutions » proposées aux consommateurs, des effets utiles produits… Il doit aussi peser sur l’évolution de la protection du consommateur face à des systèmes d’offre qui, sous couvert de mieux le servir, auront tendance à le rendre captif de sa relation avec les prestataires.

 

Il ne faudra d’ailleurs pas tarder car les grandes entreprises prennent les devants. Souhaitant rester maîtresses du jeu, elles préfèrent être à l’initiative de la contrainte plutôt que de la subir. Elles jouent d’ores et déjà un rôle très actif dans l’élaboration de dispositifs d’évaluation au travers de la normalisation, de la labellisation, de la certification… Simultanément, les consommateurs, plus éduquées, plus autonomes et mieux outillés, innovent en la matière en procédant à la mutualisation d’expériences, sur Internet en particulier. Si elles n’y prennent pas garde, les associations de consommateurs peuvent être dépossédées de certaines de leurs prérogatives à un moment charnière de l’histoire où leur action est sans doute plus indispensable que jamais.

Voir les autres tribunes du n° spécital de INC Hebdo

Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire
Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /Déc /2008 15:15
- Publié dans : Le capitalisme post-fordien

Chronique L'Usine Nouvelle, 18/12/2008

L'innovation est la grande absente du plan gouvernemental. Pourtant, plus que jamais, elle doit être au coeur des politiques publiques.
 
Les débats autour du plan de relance du gouvernement ont principalement porté sur le choix de favoriser l'investissement plutôt que la consommation. On retrouve là les discussions classiques sur les moyens les plus efficaces d'assurer une relance keynésienne. Mais est-ce bien là la question essentielle ? A très court terme, l'urgence, il est vrai, est de soutenir des secteurs dont l'activité s'est effondrée à une vitesse stupéfiante. Mais, comme l'illustre le cas de l'automobile, l'arbre de la récession ne doit pas cacher la forêt d'une crise plus profonde, qui touche au coeur d'un certain modèle économique qui s'épuise. Une crise qu'une simple stimulation de la demande sera bien impuissante à endiguer. L'innovation est la grande absente du plan gouvernemental. Le mot ne figure que trois fois dans le dossier de presse de l'Elysée. Pourtant, plus que jamais, l'innovation doit être au coeur des politiques publiques. Une innovation à trois niveaux.

1. L'innovation technologique. Le plan, sur ce point, porte principalement sur l'accélération de la rénovation immobilière de l'université. Seulement 226 millions d'euros visent plus directement la recherche (grands équipements et technologies de défense).
Est-il nécessaire de rappeler que, face à la concurrence de pays à bas salaires en train de se doter de régiments de main-d'oeuvre qualifiée, notre compétitivité ne peut reposer que sur la capacité des entreprises à avoir toujours une longueur d'avance en matière d'innovation ? La dégradation de la balance commerciale, bien antérieure à la crise, nous intime de nous mobiliser en faveur de l'éducation, de la recherche et de l'innovation.

2. L'innovation dans les modèles économiques. L'histoire du capitalisme témoigne du fait que les crises graves, au-delà de l'écume des crises financières qui les déclenchent, correspondent à des épisodes de mutation du système économique. En dépit de la stratégie de Lisbonne, l'Europe et la France sont encore loin d'avoir réussi leur entrée dans l'économie de la connaissance.
Le capitalisme contemporain est également une économie du service. Le plan de relance est bien silencieux sur le soutien qu'il apporte au secteur des services, pourtant peu perméable aux importations et riche en emplois. Pire, la prime à la casse consacre, dans l'automobile, un modèle industriel à bout de souffle alors que l'urgence est d'accélérer le basculement de ce secteur dans un modèle serviciel (vendre de la mobilité plutôt que des voitures).
Enfin, la prochaine étape de l'histoire du capitalisme sera verte. C'est sans doute la dimension la mieux représentée dans le plan de relance. Mais les leviers demeurent traditionnels (l'investissement dans les infrastructures), alors qu'il convient d'engager les entreprises à bâtir leur compétitivité sur de nouveaux principes, à expérimenter des modèles économiques à la fois rentables et durables.

3. L'innovation institutionnelle. La crise de 1929 et le New Deal sont souvent mis en avant. Pourtant, la crise actuelle n'est pas la crise de 29. Le caractère révolutionnaire du New Deal fut d'incarner une prise de conscience de ce que la crise appelait une innovation institutionnelle, au travers d'une refonte profonde du rôle de l'État, via les politiques de régulation keynésiennes et la protection sociale. La crise actuelle n'appelle pas tant une réédition du New Deal que l'engagement d'une vague d'innovations institutionnelles qui définiraient, sur de nouvelles bases, la place et les modalités de l'intervention publique afin d'inventer les formes de régulation adaptées au nouvel âge du capitalisme. Voici le grand absent du plan de relance, qui témoigne des limites indépassables, dans une économie mondialisée, d'actions définies au niveau national
Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /Déc /2008 12:03
- Publié dans : Le capitalisme post-fordien

Working Paper, december 2008

Abstract:

In services-based capitalism, a growing number of firms are endeavoring to base their competitiveness on their capacity to offer solutions to certain categories of problems facing the targeted customer base. To do so, firms design a business portfolio covering a set of goods and services that complement one another in generating the desired useful effects, for which we propose the term “bouquet”. This article looks at the conditions that determine the competitiveness of bouquet offers. It shows that bouquets and modularity are two competing ways of mediating between the space of knowledge and that of needs. The commercial potential of bouquets begins where the benefits of modularity end and where integration effects lie.

 

 

Télécharger l'article

Download the paper

Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 16:50
- Publié dans : Commerce et distribution

Philippe Moati, Laurent Pouquet, Cahier de Recherche du Crédoc, n° 246, novembre 2008.

 

Résumé :

La question de l’opportunité d’une remise en cause de la réglementation qui encadre l’ouverture des commerces le dimanche est de nouveau sur le devant de la scène. Ce rapport vise à alimenter le débat par l’apport 1) des résultats d’une enquête réalisée par le CRÉDOC auprès d’un échantillon représentatif de Français permettant de sonder leurs opinions sur ce thème et 2) par la réalisation de simulations qui visent à quantifier les effets économiques potentiels d’une libéralisation de l’ouverture dominicale des commerces.

 

Télécharger le rapport et la synthèse

Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire
Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /Nov /2008 18:22
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Chronique, L'Usine Nouvelle, 13 novembre 2008.

Les comportements de crise sont-ils annonciateurs de changement durable des attitudes à l'égard de la consommation?
 

Pour 84% des Français, la consommation est une nécessité.
Selon l'enquête réalisée par le Credoc à la fin du mois de septembre, ils ne sont que 15% à considérer la consommation comme un plaisir. Ces chiffres sont remarquables. En 2005, face à la même question, 60,7%des Français optaient pour la nécessité et 35,7% pour le plaisir. Une rupture est peut-être en train de se produire dans les attitudes à l'égard de la consommation. Jusque-là, les ménages avaient adopté une posture paradoxale : ils étaient nombreux à ressentir une dégradation de leurs conditions de vie [1], mais la consommation se maintenait à un niveau étonnamment élevé : ni la crise du pouvoir d'achat, ni la dégringolade de l'indicateur du moral des ménages n'ont induit le relèvement du taux d'épargne que l'on pouvait attendre. L'appétit de consommer restait très fort, comme si l'on cherchait dans les petits plaisirs de la consommation l'antidote à la déprime. Le pouvoir d'achat -y compris dans les chiffres de l'Insee est désormais orienté à la baisse; la crise financière a apporté de nouveaux motifs d'inquiétude et de défiance.

A l'effet psychologique de la crise s'ajoutent des effets économiques classiques : la reprise du chômage va affecter le niveau de vie des ménages touchés ; le resserrement du crédit se traduit déjà par le redressement du coût de l'endettement ; l'effondrement de la valeur des actifs financiers et l'amorce de la baisse de celle des actifs immobiliers réduisent la valeur du patrimoine des ménages qui devront accroître leur épargne pour maintenir leur niveau de richesse... Tous les ingrédients sont réunis pour que la consommation, qui jusque là a soutenu la croissance de l'économie, cale à son tour. Les Français ont commencé de se serrer la ceinture. La consommation est atone depuis le début de l'année. Dans le champ de la consommation alimentaire, a priori peu sensible à la conjoncture, on note un repli vers les produits les moins chers, mais aussi la diminution des achats en volume. Les ventes d'eau en bouteille seraient en forte baisse. Une question essentielle est de savoir si ces comportements de crise sont annonciateurs de changement durable des attitudes à l'égard de la consommation. On ne peut exclure que, plutôt que de vivre ces restrictions uniquement sur le mode de la contrainte, certains fassent ainsi l'apprentissage d'une consommation «maigre» (à l'image du «lean manufacturing» bien connu dans l'industrie).

Après tout, beaucoup de consommateurs ont acheté pour la première fois des marques de distributeurs par nécessité, lors de fins de mois difficiles. La plupart sont restés clients de ces produits, même une fois la contrainte budgétaire desserrée, après avoir observé le niveau souvent remarquable de leur rapport qualité-prix. Les médias sont de plus en plus nombreux à relayer la découverte de l'économie du bonheur (la croissance de la consommation ne s'accompagne pas de la croissance du sentiment de bonheur) ; de plus en plus de Français sont sensibles aux effets de nos modes de vie sur l'environnement, la santé, etc. Cet épisode de crise sera peut-être, pour un nombre significatif d'entre eux, l'occasion de revoir la place que tient la consommation dans leur vie et d'adopter des comportements qui permettent de dépenser moins, sans nécessairement s'en sentir malheureux. Le tout est de ne pas sombrer dans l'idéologie de la décroissance, car il n'y a pas de capitalisme sans croissance. Le moment est peut-être venu, au contraire, de trouver un nouvel élan dans l'invention de nouveaux modèles de consommation, centré sur le bien-être des individus et le respect de l'environnement.

[1] En avril 2008, selon l'Eurobaromètre, 62% des Français estimaient avoir un niveau de vie inférieur à celui qu'ils avaient il y a cinq ans.
Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire
Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /Nov /2008 13:56
- Publié dans : Actualité

Étonnant ce ramdam fait autour des commémorations nationales et des travaux de la commission Kaspi… Il me semblait qu’en ces temps de crise financière, de récession et de reprise du chômage, il devait y avoir des sujets plus urgents à soumettre au débat public…

Souffrons-nous de trop de commémorations ? C’est la question du jour… Il me semble que la bonne question n’est pas tant de savoir s’il y a trop de commémorations mais plutôt de comprendre pourquoi les Français semblent si friands de commémorations. Car, si l’on ajoute aux commémorations officielles, la succession des commémorations des 50 ans de ceci, des 100 ans de cela (pour s’en tenir aux derniers mois, mai 68, jacques Brel, Serge Gainsbourg…), les Français semblent en effet atteints de « commémorationite aiguë ». Les média s’en emparent et font caisse de résonnance : la commémoration crée l’audience et fait vendre…

Alors pourquoi ce goût pour la commémoration ? On est tenté de le rapprocher de l’état psychologique dans lequel se trouvent les Français depuis plusieurs années. Une diversité d’indicateurs converge vers le même constat : les Français n’ont pas le moral, ils broient du noir et s’inquiètent. Les raisons de s’inquiéter ne manquent pas et sont régulièrement enrichies de nouvelles « crises » (géopolitiques, sanitaires, environnementales, financières…). Les risques globaux s’amoncèlent au-dessus de nos têtes et face à eux nos moyens d’action – individuels et collectifs – semblent bien limités. Plus largement – et ceci est sans doute plus spécifiquement français – nombres de membres des classes moyennes ont le sentiment de quitter un « monde d’hier » protecteur, rassurant et porteur d’un avenir souriant pour une entrée dans un monde nouveau plus incertain, moins maîtrisé, plus « dur ». Et la charge de l’ajustement repose très largement sur les frêles épaules du quidam qui désormais doit s’inquiéter de son employabilité, de sa santé, de sa retraite… et dont les modes de vies sont désignés comme responsables du dérèglement climatique. La classe politique française n’a pas réussi à ce jour à procéder aux réformes nécessaires tout en accompagnant les individus, en dessinant des perspectives d’avenir attractives. D’où d’ailleurs l’extraordinaire défiance que les Français expriment à l’égard du monde politique. Qu’est-ce que tout cela a à voir avec la question des commémorations ? J’avance l’hypothèse que ce goût des Français pour les commémorations traduit un besoin de rassurance : face à un avenir incertain, on cherche le réconfort dans l’évocation du passé. Quand on ne sait plus très bien où l’on va, il est précieux de savoir (ou d’imaginer) d’où l’on vient. Ce goût pour la commémoration est le reflet, en creux, d’un manque de désir d’avenir et n’est pas sans rappeler les thèses sur la post-modernité. La question n’est donc pas de savoir s’il faut réduire ou non le nombre de commémorations, mais plutôt de redonner un élan collectif qui donne à chacun l’envie de se projeter dans l’avenir.

En attendant, les commémorations en tout genre, non seulement rassurent, mais constituent un élément non négligeable de lien social et du « vivre ensemble ». Car dans la France de 2008, la cohésion nationale – le sentiment d’appartenir à une même communauté qui constitue de ce fait l’épicentre des dispositifs de solidarité – cède du terrain devant l’avancée de toutes les formes de communautarismes, qu’ils soient fondés sur l’appartenance ethnique ou sur les convergences de systèmes de valeur, de centres d’intérêt… Les occasions de se sentir membre d’une nation se font de plus en plus rares. Les commémorations sont l’occasion d’entretenir une mémoire collective, un sentiment d’appartenance qui consolide le vivre ensemble. Certes, on préférerait à ce lien social tenu et éphémère, un ciment plus solide fondé sur l’adhésion à un projet collectif qui, tout en reconnaissant la diversité des identités, mobilise très largement autour d’un socle de valeurs et d’ambitions partagées. De nouveau, le corps politique s’est montré jusque là incapable de créer cette impulsion.

Les débats en cours sur l’opportunité de revoir le programme des commémorations nationales sont donc bien étriqués par rapport aux véritables enjeux qui se cachent derrière la question des commémorations. A moins que l’objectif de cette agitation ne pas celui que l’on croit, mais plutôt d’ouvrir par un autre côté la question sur la remise en cause des jours fériés et de la libéralisation du travail dominicale. Un autre débat…

Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés