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Ce blog va bientôt cesser d'exister, tout du moins de manière autonome. Le blog de l'Observatoire Société et Consommation (L'ObSoCo) est appelé à prendre la suite. D'ores et déjà les archives de ce blog y ont été transférées et chaque nouveau billet posté ici est également publié sur le site de l'ObSoCo. Je partagerai le blog de l'ObSoCo avec Nathalie Damery et Robert Rochefort, qui ont fondé avec moi l'Observatoire Société et Consommation. Le blog de l'ObSoCo accueillera également les contributions des membres de l'association qui est en train de se constituer... A suivre !!

 

Rendez-vous sur http://www.asso-lobsoco.org/

 

 

Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 18:33
- Publié dans : Commerce et distribution

Amazon vient d'ouvrir ouvrir en France son site Javari, créé en  Grande Bretagne en 2009, spécialisé dans la vente de chaussures. Le site Javari est accessible en direct (www.javari.fr), ou via la page d'accueil d'Amazon sur laquelle apparaît désormais une boutique "chaussures" (on retrouve alors les normes de présentation propres à l’ensemble du site Amazon).


Javari arrive ainsi en France avec ce qui le distinguait déjà outre-manche. Même s'il s'agit de vendre des produits (et non d'assurer une quelconque "fonction" pour le compte du client, ni de lui apporter une "solution" intégrée à un problème particulier), ce site appréhende la vente de chaussures de manière innovante et qui s'inscrit résolument dans la perspective d'une économie des effets utiles. La démarche de Javari pourrait à ce titre inspirer des réflexions salutaires à l’ensemble des acteurs intervenant sur les marchés de la grande consommation.


Qu’y a-t-il de si remarquable sur ce site de vente en ligne ? Le premier point qui mérite attention n’est pas l’apanage de Javari. Il consiste dans un ensemble de dispositifs mis en œuvre pour aider le consommateur à optimiser son achat parmi les 6000 références proposées. Autrement dit, à fournir un grand nombre d’informations et d'en faciliter l'accès afin de créer les conditions d’un ajustement fin entre les caractéristiques du produit et les attentes des clients, condition nécessaire (mais non suffisante) à la réalisation d’achats non déceptifs.


Ça commence par l’assistance du client dans la définition de son ensemble de choix. Les clients sont invités à sélectionner une catégorie de chaussures (pour les chaussures pour homme : « à lacets », » baskets mode », « boots et chaussures montantes »… ), puis la ou les marques recherchées, la pointure, la famille de couleurs, et pour finir la gamme de prix.

 

Javari.PNG


Ça continue avec la visualisation du produit. Ce dernier est visible dans chacun des coloris proposés. Une demi-douzaine de vues du produit sont proposées (vision à 360°), avec pour chacune une fonction loupe qui permet d’observer les moindres détails de chaque partie de la chaussure. Ensuite, la partie « description » est très détaillée (enfin, en général…). En cas de besoin, le client est invité à cliquer sur le bouton « appelez-moi » pour être mis en relation avec un conseiller par téléphone. Chaque fiche produit est accompagnée de la désormais classique rubrique « commentaires », pour l’instant généralement vide en raison du lancement récent du site. Un autre site de vente de chaussures (racheté par Amazon en 2009), l’américain Zappos, va plus loin dans ce registre. Les clients de Zappos peuvent classiquement noter globalement le produit acheté, mais aussi donner une note sur le critère du confort et une autre sur celui du "look". Ils sont également invités à remplir un bref questionnaire sur le confort du produit. Cela autorise en retour le site à afficher, par exemple concernant le modèle Carmel de la marque Keen, que 60 % des acheteurs répondants estiment que la pointure réelle est en réalité inférieure d’une demi-taille à la pointure annoncée, que la largeur de la chaussure est jugée correcte pour 80 % d'entre eux et que le support de la voûte n’est que "modéré" pour 84 % des répondants.


Passons sur la livraison gratuite en 24 heures, les retours gratuits (avec remboursement des frais de réexpédition), les « prix bas garantis »… Javari se distingue à nos yeux avant tout pour être le premier vendeur de chaussures (à notre connaissance) qui « garantisse » ses produits un an. En effet, le site s’engage à reprendre dans les 365 jours suivant l’achat « les articles qui présentent des dommages ou malfaçons ne correspondant pas à l'usure normale ». Avec cette garantie, Javari certes n’en est pas encore à vendre un usage plutôt qu’un produit (la garantie devrait alors être plus longue encore et devrait intégrer des dispositions relatives à l’usure), mais réalise un pas significatif  en direction d’une économie des effets utiles en assurant les clients que les produits fourniront les effets attendus durant une période d’au moins un an.

 

Qui dit mieux ?

 

 

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Mardi 5 octobre 2010 2 05 /10 /Oct /2010 14:36
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Voici la transcription de la conférence que j'ai donnée le 16 février 2010 dans le cadre d'un "Atelier de la consommation" organisée par la DGCCRF sur le thème "Consommer, Conserver". J'y expose mes vues sur l''économie des effets utiles" que j'ai développées dans les articles accessibles en cliquant ici.

 

 

 

Bonjour à tous.

 

J’ai le privilège d’ouvrir le feu sur un sujet complexe. Je vais jouer, ainsi que Nicolas Herpin, le rôle de l’économiste et laisser de côté la dimension anthropologique du sujet qui sera traitée par mon voisin. De même, je ne fournirai pas de données sur les attitudes des consommateurs à l’égard de la problématique à l'ordre du jour, car à ma connaissance, les travaux du CREDOC n’ont pas abordé frontalement la question, sauf peut-être incidemment sur certaines enquêtes. Je vais plutôt vous livrer des réflexions qui se situent entre le sujet « conserver et consommer » et la réflexion que j’ai actuellement sur l’évolution des modèles de consommation dans la perspective de concilier croissance de la consommation et développement durable.


Comme cela a été dit en introduction, « consommer, conserver » paraissent deux termes en totale opposition, particulièrement dans le modèle de consommation que nous avons hérité du capitalisme industriel des Trente Glorieuses, qui marque encore très fortement la manière dont nous produisons et consommons. Ce modèle de consommation est totalement centré sur l’achat. D’ailleurs, au lieu de « consommer et conserver », nous aurions dû dire « acheter et conserver ». Nous avons d’ailleurs un spécialiste du marketing à cette table, il sera intéressant de l’entendre. Les ficelles du marketing ont pour principal objectif de stimuler l’envie d’acheter chez le consommateur. Ce qui se passe après l’achat est relativement secondaire à moins que cela ne conditionne un nouvel achat. À ce moment-là, il y a peut-être une force de rappel qui contraint à s’intéresser à la consommation, mais ce n’est pas du tout spontané. Ce modèle, centré sur la prospérité des entreprises, repose fondamentalement sur la quantité de produits vendus. Il faut donc faire du chiffre et du volume. Les consommateurs se doivent d’acheter des produits. Il serait très difficile d’imaginer une croissance économique sans achats au sens strict, une consommation sans achats, c’est-à-dire sans transferts de droit de propriété sur des objets. Peut-on imaginer une consommation sans achats, simplement fondée sur les usages ?


A l’inverse, « conserver » signifie que la pulsion d’achat serait tarie par le fait que le besoin est déjà satisfait par l’acquisition précédente. Il n’y aurait rien de pire dans le système actuel que des consommateurs qui conserveraient tout parce que leurs besoins seraient saturés et donc, la demande sur les marchés s’effondrerait. Nous sommes dans une sorte de machine infernale où il faut vendre sans arrêt des produits en nombre croissant si possible, ce qui sous-entend faire disparaître le stock de produits existants. Quelle est la stratégie pour faire disparaître ce stock ? Il y en a deux principales, la première étant de limiter la durée de vie physique du produit. Je ne suis pas un spécialiste, mais l’INSEE a dû faire des travaux sur la durabilité des produits. Il ne serait pas très difficile de concevoir des machines à laver, pour garder l’exemple qui a été pris, qui puissent durer vingt ans. On est capable de fabriquer des rames de TGV ou de métro qui durent cinquante ans, ce qui est j’imagine autrement plus compliqué. Mais, imaginez le marché de l’électroménager, qui n’est déjà pas très florissant, si les appareils devaient durer une vie ! De même pour l’automobile, ce serait catastrophique. On fait donc en sorte de concevoir les produits de façon à ce qu’ils ne durent pas trop longtemps. Ne parlons pas des téléphones portables, il me semble qu’ils sont conçus pour durer trois ou quatre ans. D fait on les mène rarement jusqu’à la fin physique de leur durée de vie. C’est la deuxième stratégie employée pour évincer les produits existants : on souffle sur les braises du désir pour rendre médiocre le produit qui était lui-même l’objet du désir auparavant, et qui devient détestable du fait qu’un autre a pris sa place dans le désir des consommateurs. Alors, comment réveille-t-on le désir et annule-t-on le potentiel de séduction du produit conservé ? Par la voie noble de l’innovation technologique. En effet, on va rajouter de nouvelles fonctionnalités dans la nouvelle génération de produits rendant « has been » la précédente. C’est très souvent un artifice car ces fonctionnalités nouvelles ne sont pas toujours très utiles. Moyen moins noble, on utilise la mode, tout simplement. On change l’aspect (forme, couleur…) en dénigrant la tendance précédente, et on rend ainsi obsolète artificiellement, et sur des laps de temps encore plus courts, les produits possédés pour susciter l’envie d’en acquérir d’autres.


Ce modèle-là a, bien entendu, eu des vertus. Il a été un moteur de croissance économique extraordinaire, un moteur de développement des technologies… Je ne critique pas l’acquis de ce modèle. Cependant, il est à bout de souffle et il est sans doute temps de réfléchir à de nouvelles choses. Pourquoi est-il à bout de souffle ? La raison majeure a déjà été exprimée, je ne la développerai pas, c’est l’aspect environnemental. Évidemment, « casser du produit » sans arrêt pour en produire d’autres, cela consomme des ressources, de l’énergie, etc. On sait qu’aujourd’hui ce n’est pas tenable. Il me semble que ce phénomène est suffisamment connu pour m’épargner d’avoir à développer ce point.


Un deuxième point me paraît important : l’idée selon laquelle les consommateurs vont jouer le jeu éternellement commence à montrer des signes de faiblesse. Les consommateurs pourraient commencer à entrer en résistance par rapport à ce modèle. D’une part, parce qu’ils pourraient être convaincus de l’enjeu écologique et des limites environnementales, et d’autre part, parce qu’il apparaît de plus en plus clairement, même en restant au cœur des valeurs de la société de consommation, que les promesses de ce modèle sont de moins en moins tenues. Combien de fois a-t-on été séduit par la publicité, jeté un produit existant pour en prendre un nouveau et regretté le temps et la somme d’argent investis ? Avec mes enfants, j’essaie de convertir tout objet en heures de travail, pour leur donner plus de consistance, et se demander si cela vaut la peine de travailler cinq, dix ou quinze heures pour changer son téléphone ou autre. C’est une comptabilité assez basique, mais qui je pense, commence à progresser dans l’esprit d’un nombre croissant de consommateurs. Je mets de côté les dix dernières années grâce à l’apport des NTIC, mais jusqu’à la fin des années 1990, le marketing n’ayant pas eu d’innovations majeures sous la main pour jouer la carte de l’innovation pour relancer le besoin, a surtout soufflé sur les braises de l’innovation marketing en quelque sorte, en jouant notamment sur la dimension immatérielle de la consommation - « ce produit va vous rendre plus beau, plus intelligent, plus séduisant, etc. » - et évidemment, il est difficile de tenir ses promesses quand elles se situent dans ce registre immatériel. Le côté déceptif de la consommation a été d’autant plus fort que la promesse portait sur des aspects touchant profondément l’individu alors qu’évidemment toutes ces promesses nécessitent bien d’autres choses que d’acquérir des objets pour pouvoir être satisfaites.


De même, on commence à voir des enquêtes réalisées par des économistes, des sociologues ou des psychologues qui montrent statistiquement que cumuler l’achat de produits ne rend pas plus heureux. Le résultat commence à être connu. J’ai découvert très récemment que, selon certains psychologues, les personnes les plus portées vers cette consommation frénétique (ce qu’ils appellent dans leur jargon des valeurs matérialistes), non seulement ne seraient pas plus heureuses, mais témoigneraient de davantage de pathologies que les personnes plus détachées de ces valeurs consuméristes alors que la société de consommation nous promettait l’épanouissement. Il est donc montré statistiquement que les consommateurs commencent à le ressentir. Quel est le rapport de cause à effet ? Est-ce la consommation qui rend malheureux, ou bien consomme-t-on lorsqu’on est malheureux, comme dérivatif ? En tout cas, le contrat n’est pas respecté.


Une fois qu’on a posé le débat en ces termes, si pour des raisons individuelles de responsabilité par rapport à l’environnement par exemple, ou bien parce que j’ai compris qu’on me pousse à vouloir consommer, à jeter et que cela ne fera pas mon bonheur, je veux changer mon comportement, moi, consommateur, que puis-je faire ? Peu de chose, à vrai dire. Je peux entretenir et réparer mes produits pour les faire durer plus longtemps, mais je me rends compte que cela coûte très cher car les produits non pas été conçus pour être réparés. Il est souvent plus coûteux de faire réparer que de changer. Je peux rester sourd aux sirènes de la tentation et faire comme Ulysse, me faire attacher au mât, ne pas regarder les publicités et ne pas aller dans les magasins. C’est ce que font les Français, d’ailleurs, en période de crise. Vous remarquerez que la fréquentation des centres commerciaux et des hypermarchés s’est réduite parce qu’ils exposent à la tentation. On peut effectivement tenter de résister, mais cela reste difficile, car la pression publicitaire n’a pas cessé d’augmenter. Je peux aussi recourir au marché de l’occasion. Si je veux changer, mais que j’ai mauvaise conscience de jeter, je peux donner à quelqu’un d’autre qui peut trouver intéressant d’acquérir ce produit, peut-être pas neuf, mais moins cher. D’une certaine façon, je rentre dans le jeu, mais je me donne bonne conscience en offrant une seconde vie au produit. Cette stratégie a l’air de plutôt bien fonctionner. Une enquête du CREDOC a révélé qu’en 2007, 27 % des consommateurs déclarent avoir déjà acheté un produit d’occasion. En 2009, nous sommes passés à 42 %. Donc, une très forte progression du recours au marché de l’occasion qui témoigne d’un dégoût du gaspillage. On peut l’interpréter d’une autre manière en disant qu’il s’agit d’une manière d’hyper-consommer encore plus alors que le pouvoir d’achat n’est pas à la hauteur. Je me débarrasse de ce dont je n’ai plus besoin afin de dégager des liquidités et pouvoir continuer à acheter avec intensité. Je vous laisse nourrir votre interprétation comme vous l’entendrez. En tout cas, à l’échelle de l’individu, on voit que les stratégies que l’on peut mettre en œuvre pour basculer du « consommer » vers le « conserver » sont très modestes. Si l’on considère qu’il est important d’aller un peu moins vers la consommation et plus vers la conservation, alors il faut changer le système économique. On ne pourra pas le faire uniquement en se fondant sur la bonne volonté. En premier lieu, je ne suis pas sûr que la bonne volonté soit un motif suffisant, et vous remarquerez surtout que ce qui est à notre portée en tant qu’individu est extrêmement limité.


J’essaie donc de réfléchir aux moyens d’arriver à rendre compatibles les aspirations du consommateur, sans parler du citoyen, partons de cette idée que dans la société française actuelle l’hyper-consommation et ses valeurs se portent bien, malgré le vernis de responsabilité - avec les aspirations légitimes des entreprises à vendre et à faire du profit, ce qui est le moteur de l’activité économique et n’est pas honteux, et d’autre part les impératifs du développement durable. Il semble que nous sommes confrontés à cette nécessité de trouver un compromis entre ces trois polarités qui, a priori, ont tout pour s’opposer.


L’idée très générale qu’il me semble intéressant de commencer à étayer, et qui d’ailleurs se diffuse autour de nous, car nous commençons peu à peu à nous éloigner du modèle de consommation hérité du capitalisme industriel, c’est l’idée de déplacer le lieu de la création de valeur et le lieu de l’échange, de la valeur d’échange à la valeur d’usage. Aujourd’hui les entreprises veulent produire de la valeur d’échange, c’est-à-dire qu’elles mobilisent des fonds pour produire et espèrent vendre ce qu’elles ont produit plus cher que ce que cela leur a coûté. Fondamentalement, la marchandise n’est que le support de la valeur d’échange, c’est-à-dire de la mise de fond qui a été faite au départ et du profit que cela crée. Afin de réaliser cette valeur d’échange, il faut évidemment évoquer une valeur d’usage. Pour que la valeur d’échange se réalise, il faut que des clients trouvent intéressante la proposition qui leur est faite. Mais, tout est fait pour susciter l’acte d’achat. Ce qui est important, c’est de réaliser la valeur d’échange et elle se réalise au moment de l’achat. On va donc envoyer des signaux sur la valeur d’usage, mais ce ne sont que des signaux pour séduire le consommateur. C’est cela qui mène aux abus décrits plus haut. Il serait pertinent de faire en sorte que la rentabilité des entreprises ne dépende plus uniquement de la valeur d’échange, mais directement de la valeur d’usage. Cela revient à déplacer le centre de gravité du modèle actuel du moment de l’achat, au moment de la consommation. C’est l’idée générale à laquelle il faut essayer de travailler.

En réalité, les entreprises avancent déjà dans cette direction, spontanément. Pourquoi ? Elles sont de plus en plus à l’écoute des attentes de la société, de leurs clients, mais aussi de la société dans son ensemble, à travers le registre de la responsabilité sociale des entreprises. C’est un thème qui progresse. Mais, encore une fois, nous sommes dans le domaine de la bonne volonté, alors je le mets de côté. Ce que j’observe surtout c’est, depuis une quinzaine d’années, la progression de la rhétorique sur l’orientation client. Le sésame de la compétitivité de l’entreprise d’un pays industrialisé, c’est d’être orienté client ou « customer centric » (mettre le sort du client au cœur), selon l’expression à la mode. Pourquoi cette prise de conscience de l’importance du client ? C’est la concurrence qui fait cela. Les marchés sont saturés, de plus en plus concurrentiels avec la mondialisation. On a pris conscience progressivement de la valeur que constituait un client. À l’époque des Trente Glorieuses, le client n’était pas un problème, le problème était d’arriver à produire à prix raisonnable. Une fois qu’on avait produit, les débouchés étaient quasiment automatiques. Aujourd’hui, le contexte étant beaucoup plus difficile, les clients ont de la valeur, et il faut tenter d’en faire un patrimoine. On réalise, dans ce mouvement de réflexion, l’importance de la satisfaction du client parce que, les études marketing l’ont montré, un client satisfait a plus de chance d’être un client fidèle. Or, comme il serait moins coûteux de fidéliser un client que d’en recruter un nouveau, la rentabilité de l’entreprise dépendra aussi de plus en plus de sa capacité à satisfaire ses clients. Pour cela, il faut comprendre la nature de leur demande, donc savoir pourquoi ils s’intéressent aux produits fabriqués par l’entreprise. Et lorsqu’on entre dans ce type de questionnement on réalise ‑ ce qui relève du bon sens ‑ que les clients ne demandent jamais un produit pour lui-même, mais afin qu’il leur soit utile, de quelque manière que ce soit. Si j’achète une machine à laver, ce n’est pas elle qui m’intéresse, mais le fait qu’elle lave le linge. Si j’achète un costume, j’achète en réalité quelque chose pour me protéger des intempéries, paraître devant vous selon les conventions sociales en vigueur, voire me faire plaisir. Dans les effets utiles, j’intègre ces effets liés à la dimension socio-psychologique de la consommation. Je ne reviens pas à une consommation utilitariste, ce n’est pas le propos. A la base de la demande d’un bien, il y a toujours l’attente d’effets utiles. Et plus généralement, il y a l’attente de la résolution d’un problème. Ce costume me permet de paraître devant vous aujourd’hui, j’avais donc un problème, paraître devant vous et ce costume a été un des éléments de la solution à ce problème.


Fondamentalement, c’est cela qui suscite la demande des consommateurs : des effets utiles associés au produit, comme solutions de problèmes de consommation. Si je comprends cela en tant qu’entreprise, j’arrête de parler de mes produits. Si je veux gagner en compétitivité, capter l’attention des consommateurs alors que l’offre est pléthorique, si je veux les satisfaire et les fidéliser, je cesse de parler de mes produits, comme on le fait depuis cinquante ans et je commence à parler des effets utiles que mon action va provoquer sur eux et de ma capacité à les aider à régler des problèmes de consommation en leur offrant des solutions plus ou moins intégrées. Voilà ce vers quoi vont progressivement les entreprises, certes très lentement, mais je crois que c’est tout à fait intéressant et que l’on devrait les pousser dans cette direction en forgeant un cadre institutionnel incitatif pour accélérer la marche en veillant à mettre en place un modèle de consommation vertueux sur le plan environnemental. L’intérêt de cela est que, lorsque l’objet de l’échange se déplace de la marchandise en soi, aux effets utiles ou aux solutions, on peut avoir un modèle de consommation qui assure de la croissance aux entreprises, une meilleure satisfaction des consommateurs, mais aussi l’économie de ressources au cœur du modèle. Voilà comment cela me semble possible.


Il y a deux niveaux de mise en place de ce nouveau modèle de satisfaction des besoins. Un, qui reste assez proche de ce que l’on connaît où l’on reste ancré sur le produit, mais où on le pense comme un vecteur d’effets utiles. Le deuxième niveau, plus ambitieux, consiste à mettre le produit de côté afin d’aller directement dans le registre de la solution.


Je vais commencer par le plus simple. Je reste dans une logique de produit. Mon activité en tant qu’entreprise est de vendre un produit, mais celui-ci n’est plus une fin en soi. À travers lui, je vise la production d’effets utiles pour les consommateurs. On peut même trouver des systèmes où le consommateur se mettra à conserver les produits sans pénaliser la rentabilité de l’entreprise. L’idée générale consiste à étendre la relation avec le client au-delà du moment de la transaction. En effet, dans un modèle général où vendre est l’objectif, tout est centré sur le moment précis de la transaction, lorsque l’on cède le droit de propriété et que l’on récupère l’argent. Si nous changeons de perspective en passant du produit aux effets utiles, il faut étendre la relation en amont et en aval de la transaction. En amont, c’est-à-dire aider le client à identifier le produit qui va lui offrir les effets utiles les plus pertinents en fonction de la nature de ses attentes. Car, acheter un produit qui, à l’usage, se révèle inadapté à son besoin spécifique est une source de déception. Le risque d’erreur dans l’achat est très courant, car au moment de l’achat, on ne dispose de nos jours que de très peu d’informations sur ses effets utiles. J’ai fait deux expériences, il y a peu de temps. L’une d’elle fut intéressante et l’autre calamiteuse. J’ai vécu l’expérience intéressante dans une enseigne de sport, chez Décathlon, où j’ai trouvé une fiche détaillée pour chaque article sur laquelle était expliqué pour quel type d’usage il était conçu. Bien que très sommaire (pas d’indication de bilan carbone, pas d’information concernant l’impact sur la santé ou de notion de durabilité du produit), j’avais une information. À l’inverse, dans une enseigne du même groupe, chez Leroy Merlin, je n’ai trouvé aucune information. Les produits dont les prix s’étalaient de 30 à 300 € étaient absolument identiques sur le plan de l’étiquetage. De manière générale, le consommateur aujourd’hui est toujours confronté à ce genre de problèmes. En achetant un produit, il ne sait pas ce qu’il achète. Il a au mieux une notice technique, mais qui renseigne mal sur les effets utiles qu’il est en droit d’attendre, notamment concernant la durée de vie du produit, et le coût d’usage. Ce qui l’amène souvent à acheter le moins cher, par confusion entre moins cher et moins coûteux, ce qui est parfois une erreur si l’on raisonne sur toute la durée de vie du produit ainsi qu’avec les consommations annexes. Les magazines automobiles font quelquefois ce genre de simulation, et on remarque très souvent que le moins cher n’est pas le moins coûteux. C’est également un élément qui incite à ne pas conserver, on va au moins cher et, du fait d’une durée de vie plus courte, on jette et on rachète. C’est, par ailleurs, très antisocial, car ce sont les personnes les moins fortunées qui sont contraintes d’aller au moins cher. Ce sont donc souvent elles qui paieront plus cher parce que le produit est déceptif en qualité et nécessite d’être renouvelé. Le premier niveau pour avancer vers un nouveau modèle de consommation consiste donc à informer les consommateurs en amont de la transaction, non pas uniquement sur les caractéristiques techniques, mais sur les effets utiles directs, indirects sur l’environnement, immédiats, média, c’est-à-dire dans le temps. Il y a un énorme travail à accomplir. On constate que certaines entreprises s’y engagent d’elles-mêmes, mais il y a peut-être un effort réglementaire à faire, institutionnel, ou d’autorégulation des professions, pour définir quel type d’information, comment les produire, les codifier, les diffuser. À ce moment-là, on réduirait le côté déceptif de la consommation et on pourrait amener les consommateurs à choisir la qualité plutôt que l’apparence de la qualité, ce qui est une des conditions de la conservation.


En aval de la transaction, il est important de garantir les effets utiles, puisqu’on vise la consommation et non plus l’acte d’achat. Je suis toujours étonné qu’on puisse vendre des produits d’équipement durable, comme des téléviseurs, garantis seulement un an. Pourtant, s’ils avaient été conçus sérieusement ils devraient durer au moins cinq ans, donc, pourquoi les garantir un an uniquement ? Par manque de confiance ? Pour prouver qu’ils ont confiance dans leurs produits, les constructeurs devraient les garantir plus longtemps. Ce phénomène est également en train de changer. Kia, le constructeur automobile garantit sept ans sa gamme de voiture, IKEA garantit vingt-cinq ans ses meubles de cuisine (les caissons), mais ils restent des cas isolés. Si on veut vraiment vendre de la valeur d’usage et plus seulement de la valeur d’échange prétexte à écouler du produit, alors on se doit de garantir les effets utiles en qualité et en quantité, c’est-à-dire dans le temps. Je propose donc de faire passer à dix ans la garantie sur tous les biens d’équipements ménagers. On conservera alors bien davantage, car les produits seront conçus différemment. Je ne parle pas de garanties complémentaires, il faut que le fabricant s’engage sur les effets utiles, il concevra donc ses produits totalement différemment. On pourrait objecter qu’un produit conçu pour durer dix ans coûterait plus cher, ce qui poserait un problème d’accès. J’en profite pour noter que coûter plus cher signifie faire le même chiffre d’affaires pour de moindres quantités vendues. En termes de business model cela peut tenir, vendre moins, mais plus cher. Il y a simplement un problème de financement pour les consommateurs. Il faudra donc trouver des systèmes d’ingénierie financière, pourquoi pas par exemple, mettre en location, ou faire payer à l’usage, ou bien mettre en place des sortes de leasing sur de très longues durées, etc. Il faudra faire preuve d’imagination. Il me semble que les organismes de crédits à la consommation qui cherchent une nouvelle légitimité, pourraient réfléchir à une manière de financer le basculement dans une économie des effets utiles.

Un dernier point. Après l’achat, si l’on veut faire durer le produit, il faut aussi le concevoir de manière modulaire. On peut admettre que le progrès technique conduise à une obsolescence du produit, mais la totalité du produit est rarement soumise à l’obsolescence, c’est souvent seulement un module, le cœur technologique, alors que le reste ne l’est pas. Si l’on concevait les produits de manières modulaires, on ne changerait que ce qu’il est vraiment nécessaire de changer. De même pour l’aspect, on pourrait changer la façade et garder le cœur. Voilà pour le produit.


À un deuxième niveau, si l’on bascule vraiment dans le registre de la solution, on n’est plus dans la vente d’effets utiles, mais dans un changement de la relation. On peut montrer au consommateur que l’on a compris que le produit n’est qu’un moyen et que ce qui l’intéresse est de voir ses problèmes résolus. De manière radicale, les entreprises peuvent prendre en charge tous les moyens nécessaires pour résoudre le problème. On vend alors du résultat. L’objet de la transaction se déplace du droit de propriété des produits supposés permettre de résoudre le problème à une transaction sur le résultat lui-même. Dans les formes extrêmes, celui qui fournit la solution reste propriétaire des moyens, il les concevra donc de façon à ce qu’ils durent longtemps. À ce moment-là, lui va conserver. Par exemple, lorsque Free met à disposition chez vous une Freebox, bien sûr que du fait du progrès technique il faut la changer de temps en temps, mais ils ne font pas de pseudo-innovations sur la Freebox, car ils ne veulent pas la renouveler trop souvent sachant qu’elle reste leur propriété. Si vous voulez la changer plus vite, c’est vous qui devez payer. Sinon, on ne la change qu’au rythme requis par le progrès technique, et rien de plus. La Freebox est un moyen de vous offrir la solution d’accès au réseau. Ceci montre bien que le sacro-saint besoin d’être propriétaire des choses, nous verrons ce qu’en dira l’anthropologue, est peut-être exagéré. Personne ne s’est jamais plaint de ne pas être propriétaire de sa box de fournisseur d’accès internet. Vélib’ est un autre exemple : on offre une solution de mobilité à bicyclette sans céder le droit de propriété sur la bicyclette. Et on constate que ces vélos ont été conçus pour durer, plus que ceux vendus chez Décathlon.

 

Merci de votre attention.

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Dimanche 12 septembre 2010 7 12 /09 /Sep /2010 10:06
- Publié dans : Commerce et distribution

Les équipes de Carrefour ont donc rendu leur copie. L’ouverture fin août des deux « Carrefour Planet » d’Écully et de Vénissieux est la première manifestation visible du plan « réinventer l’hypermarché pour enchanter nos clients » lancé en 2009 par le numéro deux mondial de la distribution. La presse s’en est fait largement l’écho (assurant ainsi une belle promotion à l’enseigne…). Pour une visite en vidéo et en photos, je vous renvoie vers l’excellent site d’Olivier Dauvers, qui consacre sa dernière Vidéo Grande Conso à l’évènement.

Si c’est Carrefour qui se trouve aujourd’hui sous le feu des projecteurs, les autres groupes d’hypermarchés ne sont pas inactifs. Auchan a lancé cette annéePriba, un concept d’hypermarché hard-discount, et teste à Vélizy une nouvelle formule d’hyper qui a beaucoup en commun avec la mouture Carrefour Planet. Géant n’en finit pas de remettre à l’ouvrage son nouveau concept lancé à Clermont-Ferrand en 2007 et approfondi à Pessac en 2008, et dont on peut voir une forme très aboutie au sein d’un centre commercial Odysseum de Montpellier. Mais pourquoi donc s’échiner à « réinventer l’hypermarché » ?

Parce que l’hypermarché va mal. Certes, rien de catastrophique. Les fermetures en chaîne de son pas à l’ordre de jour, et la faillite des grands acteurs du secteur moins encore. Il s’agit d’un mouvement de lente mais significative érosion des parts de marché. Cette érosion est observée sur le cœur de métier qu’est l’alimentaire, même si la situation sur ce front s’est depuis peu quelque peu améliorée. Mais l’érosion est également perceptible – et parfois très significativement – dans le non-alimentaire. L’habillement, l’électroménager, les produits culturels… sont particulièrement touchés, sans parler du bricolage ou des articles de sport où les hypers, depuis plusieurs années déjà, ont jeté l’éponge.

Comment en est-on arrivé là ? Et, les contrefeux allumés et qui se manifestent notamment par le lancement de nouvelles formules seront-ils en mesure d’endiguer la tendance ?

La première explication de cette érosion est à rechercher du côté de l'épuisement du potentiel de croissance  d'un format qui, désormais, assure un maillage serré du territoire national. Le corollaire de la dynamique des parts de marché est le très sensible ralentissement de la croissance du parc de points de vente, dont l'essentiel est, depuis plusieurs années déjà, assuré par la transformation de supermarchés en hypermarchés. SI cette première explication peut expliquer le ralentissement de la croissance, elle ne suffit pas à rendre compte de la tendance à la perte de parts de marché.

Un autre faisceau d'explications du recul des hypers tient au déphasage qui s'est progressivement affirmé entre les caractéristiques du format et un certain nombre d'évolutions sociétales.

Sur le plan démographique, la réduction de la taille des ménages et le vieillissement de la population (responsable, selon l’INSEE, d'environ la moitié de la réduction de la taille des ménages) réduit la portée des atouts du format en matière de massification des achats. Le couple bi-actif avec deux enfants, habitant en périphérie et se déplaçant en automobile, s’il existe toujours, n’est plus hégémonique dans le profil sociodémographique des consommateurs.

Sur un plan plus immatériel, l'hypermarché a en son temps incarné la modernité, l’abondance matérielle pour chacun (après des années de pénurie), le bonheur dans la consommation. Les consommateurs d’aujourd’hui ne sont pas sensibles aux mêmes imaginaires. L’hyper a perdu de sa magie. Il est au contraire de plus en plus perçu comme inhumain, peu confortable, et poussant à la dépense, voie au gaspillage. Bref, pour beaucoup, le fréquenter est désormais perçu comme s’inscrivant de la logique de la corvée, une corvée que l’on cherche à éviter en développant d’autres stratégies d’approvisionnement (ce qui profite, notamment, au e-commerce).

La flambée du prix de l’essence intervenue en 2007-2008, si l’on en croit les distributeurs eux-mêmes, aurait révélé un autre talon d’Achille de l’hyper : le coût tendanciellement croissant de la mobilité automobile, que les consommateurs intégreraient dans le calcul du prix des courses, conduirait à des arbitrages favorisant les formes de vente de proximité.

Mais le mal est sans doute plus profond encore. L'hypermarché éprouve des difficultés à passer « de la distribution de masse au commerce de précision », pour reprendre l’heureuse expression de Jean-Charles Naouri, le patron du groupe Casino. L’hypermarché est la figure emblématique de la distribution de masse qui a émergé au début des « trente glorieuses », dans le contexte d’une économie « fordienne » et d’une société « moderne ». La formule s’est bâtie autour de l’idée de satisfaire au meilleur prix les besoins en produits standardisés d’une classe moyenne alors en rapide croissance démographique et économique, et constituant une clientèle très homogène sur le plan des attentes et des comportements. Depuis, la société a considérablement changé et la structure sociale s’est complexifiée. Il existe encore – et il existera toujours – une classe moyenne, au sens de l’échelle des revenus. Mais sur le plan sociologique, le passage à une société de personnes, a conduit à une formidable différenciation des valeurs, des modes de pensée, des registres d’action, des imaginaires, des aspirations… et au final des attentes et des comportements de consommation. Continuer de cibler la fameuse ménagère de moins de 50 ans, qui a pu être dans le passé la figure exprimant les attentes de millions de consommateurs, revient aujourd’hui à ne s’adresser qu’à un segment de marché. Le grand défi que le commerce affronte depuis plusieurs années déjà est de réussir à s’adapter à cette hétérogénéité de la demande, et de créer ainsi un commerce de précision. Archétype de la distribution de masse, l’hyper est doublement handicapé dans cette transition : 1) par l’inertie mentale qui, classiquement, caractérise des entreprises ayant connu une croissance spectaculaire par l’application rigoureuse d’un modèle économique et qui occupent une position de leader sur leur marché et 2) parce que la massification est au cœur du modèle économique, et que la taille des points de vente n’autorise pas de choisir ses clients, d’adopter de partis pris différenciateur permettant de capter la préférence de cibles précisément définies au risque de perdre la clientèle d’autres catégories de consommateurs. L’hyper souffre donc de la concurrence multiforme des concepts misant sur la segmentation/différenciation, qui proposent une offre commerciale répondant avec plus de pertinence à la spécificité de chaque type d'attentes. Par exemple, dans l’alimentaire, le hard-discount a ainsi réussi à capter la clientèle des hypers la plus sensible aux prix. Mais, l'évasion s'opère également en direction des enseignes de produits bio, des concepts positionnés sur la praticité, des enseignes exploitant le registre de la gourmandise ou celui de la fraicheur... Le même phénomène explique le recul des hypers sur la plupart des grandes familles de produits non-alimentaires : les grandes enseignes de l'habillement (Zara, H&M, Etam, Un jour Ailleurs, Jenyfer...), chacune en labourant un périmètre qui lui est propre, assurent collectivement un traitement intensif du marché qui met en difficulté l'offre "holistique" des hypermarchés. Les hypermarchés sont ainsi confrontés au défi du délicat passage du "plaire à tous" au "plaire à chacun"…

Un temps sous-estimée, la crise de l'hyper est désormais prise au sérieux par les groupes de la distribution alimentaire qui, chacun à sa manière, réfléchissent à la manière de relancer la dynamique du format et procèdent à des expérimentations. La persistance de la dégradation des performances, couplée au rajeunissement des équipes, a fini par venir à bout de l’inertie mentale. Le démarche lancée par Carrefour en 2009 et dont les magasins de la région de Lyon sont donc un premier aboutissement se déploie autour de 5 axes : passer de courses pénibles à des courses plaisir, enrichir le service commercial, développer les rayons de produits frais, animer le point de vente, et affirmer une vocation de spécialiste sur chaque catégorie de produits traités. De son côté, Auchan afin de "réenchanter l'hyper", a défini un ensemble de 14 "partis pris d'enseigne" sur lequel le groupe a décidé de concentrer ses efforts pour affirmer son identité, répondre aux attentes des clients tout en se différenciant. Les origines du mal semblent donc avoir été comprises.

La réforme de l’hyper emprunte deux voies principales. La première consiste dans la mise en œuvre de ce que nous avons proposé d’appeler la « stratégie du couteau suisse ». Elle consiste à tenter de répondre à la diversité des attentes, au sein même du point de vente, en jouant sur la composition des assortiments, en créant des zones spécifiques visant tel ou tel type de clients, telle ou telle catégorie d’attentes. Auchan a été l'un des premiers à expérimenter cette stratégie à grande échelle par l'implantation d'espaces "self- discount" au sein de ses magasins afin de répondre aux attentes des clients les plus sensibles au prix et d’enrayer leur évasion vers le hard-discount. L’hyper Géant d’Odysseum comporte en son sein, implanté dès l’entrée du magasin, un espace bio, un « shop in the shop » permettant de capter la clientèle sensible à cet univers de consommation en leur offrant un accès facile aux produits recherchés sans avoir à parcourir l’ensemble de la grande surface. De la même manière se multiplient les espaces hallal et casher, les rayons habillement se déclinent par style…

Une seconde voie d'adaptation consiste à mettre fin au caractère très homogène du format, en créant différents concepts d'hypermarchés faisant entrer le format à son tour dans une logique de segmentation/différenciation. Là encore, Auchan est fer de lance : une distance considérable sépare la nouvelle mouture de l'hyper de Vélizy - très centrée sur le choix, le confort d'achat, l'animation... - et la nouvelle enseigne, Priba, qui s'efforce d'adapter le concept hard-discount à l'hypermarché. A ce titre, il semble douteux que le Carrefour Planet devienne le modèle vers lequel serait appelé à converger l’ensemble des hypers Carrefour. L’étape suivante de la stratégie de Carrefour pourrait être le lancement d’un autre concept d’hyper, sans doute davantage centré sur le prix bas.

A ce jour, ces différentes voies d'adaptation n'ont pas encore suffi à retourner la tendance à l'érosion des parts de marché, tout au moins dans le non-alimentaire. Le recul manque pour juger réellement de leur pertinence et, plus généralement, du caractère "réformable" de l'hyper. En tout état de cause, certains groupes de la grande distribution alimentaire ont commencé à réduire la voilure, principalement en diminuant la surface de points de vente de grande taille, préférant à un maigre rendement au m2 des revenus élevés issus de la location des surfaces ainsi libérées. C'est le non-alimentaire qui est alors sacrifié, avec une réduction importante de la surface accordée aux rayons souffrant du plus faible rendement. Il est sans doute significatif que l’énergie des groupes de distribution alimentaire au cours des dernières années se soit très largement porté vers la création et le déploiement de concepts de proximité (U Express, Chez Jean, Carrefour City…). La modernité semble définitivement avoir changé de bord.

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Mardi 22 juin 2010 2 22 /06 /Juin /2010 16:02
- Publié dans : Analyse sectorielle

Je mets en ligne le volume 2 de mon "manuel d'étude de secteurs". On y trouve la fin du chapitre consacré aux conditions de base et le chapitre 2 traitant des "structures".

 

Contrairement au texte du volume 1, ce texte - publié en 1996 - n'a fait l'objet d'aucune mise à jour.

 

Télécharger le volume

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Mercredi 5 mai 2010 3 05 /05 /Mai /2010 21:19
- Publié dans : Actualité

Le master MECI (

Métiers des Etudes, du Conseil et de l’Intervention) de l’Université Paris-Diderot, 

Le Laboratoire LADYSS (Dynamiques Sociales et Recomposition des Espaces),

L’Association Retrouvailles Etudiantes CCESE’ARE, anciens étudiants du master

ont le plaisir de vous inviter

 

le 31 mai 2010 à 17 h

Université Paris-Diderot, Amphi Buffon, rue Marie-Andrée Lagroua Weil-Halle, 75013 PARIS

 

 

 

 

 

 

Philippe MOATI

 

, Professeur à l’Université Paris-Diderot,

Directeur de recherche au CRÉDOC et directeur du Master MECI

Et

Christian du TERTRE

 

, Professeur à l’Université Paris-Diderot,

Directeur d’ATEMIS (Analyse du Travail Et des Mutations des Industries et des Services)

 

Rencontre animée par

Philippe FREMEAUX

 

,

Directeur de la rédaction, de la revue Alternatives Economiques

 

Les limites du modèle de consommation hérité du capitalisme industriel sur le plan écologique sont aujourd’hui manifestes. La montée des préoccupations environnementales commence à marquer les comportements des consommateurs. Pour autant, eu égard à la place que la consommation tient dans l’équilibre macroéconomique, dans l’organisation sociale et dans les aspirations individuelles, la perspective de la déconsommation semble peu réaliste. Peut-on imaginer de concilier la poursuite de la croissance de la consommation avec une réponse au défi du développement durable ? La consommation, pour cela, devra s’inscrire dans un nouveau modèle. Les entreprises qui interviennent sur les marchés de consommation devront élaborer de nouveaux modèles économiques, autorisant le découplage entre la croissance de l’activité et la consommation de ressources. Economie de l’usage, des effets utiles, de la fonctionnalité… les sciences sociales ont commencé à réfléchir à de tels modèles, à leurs propriétés, aux conditions de leurs mises en oeuvre.

 

La conférence débat sera suivi d'un cocktail.

 

Entrée libre. Inscription : gisele.pagano@univ-paris-diderot.fr

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Lundi 3 mai 2010 1 03 /05 /Mai /2010 18:00
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Point de vue publié dans Le Monde.fr le 3 mai 2010

 

 

La consommation a été le parent pauvre du Grenelle de l’environnement. Après l’abandon de la taxe carbone, le Grenelle s’incarnera pour les consommateurs principalement au travers de l’étiquetage environnemental qui devrait entrer en vigueur en 2011. C’est significatif, mais c’est peu, alors que les actions dans le champ de la consommation ont une portée symbolique forte et que les Français, comme les enquêtes le montrent, aspirent à « consommer mieux ». Le modèle de consommation hérité du capitalisme industriel est dans l’impasse. Le transformer exigera que les consommateurs fassent l’apprentissage de nouveaux comportements et que les entreprises qui cherchent à satisfaire leurs attentes changent leurs modèles économiques. Un processus long et complexe qui doit être engagé sans attendre et qui suppose un déplacement du cadre institutionnel.

 

Il est peut être temps de mettre en discussion une vieille revendication du mouvement consumériste : l’allongement de la durée de garantie sur les biens de consommation. D’une durée légale d’un an, la garantie du fabricant pour les biens durables pourrait être allongée – par paliers – à 10 ans. Dans le même mouvement, le principe de la garantie pourrait être étendu aux biens semi-durables, tels que les vêtements et les chaussures, qui en sont aujourd’hui exclus. Assortir la mise d’un produit sur le marché d’une garantie du fabricant d’une durée significative participerait d’un travail d’ingénierie institutionnelle visant à favoriser la transition vers un modèle de consommation « qualitatif », dont le fondement réside moins dans l’achat de produits que dans l’obtention « d’effets utiles » pour le consommateur. Expliquons-nous.

 

Qui n’a pas fait l’expérience d’un appareil électroménager frappé d’une panne fatale après seulement quelques années d’utilisation ? Étant donné le prix de la réparation, l’appareil est alors remplacé pour un nouveau dont la durée de vie risque d’être plus courte encore. Sur des marchés de renouvellement, le chiffre d’affaires dépend négativement de la durée de vie des produits… Cette logique économique, source de déception pour les consommateurs, conduit à un gaspillage de ressources devenu inacceptable. Allonger substantiellement la durée de la garantie du fabricant incitera ce dernier à revoir la conception de ses produits car, à défaut, il risquerait de se ruiner en interventions de dépannage. Des produits plus fiables, à la durée de vie plus longe, conçus pour en faciliter la maintenance… sont évidemment des produits plus vertueux sur le plan environnemental.

 

L’allongement de la durée de la garantie peut être également pensé comme une mesure de politique industrielle. Les importations de produits bas de gamme pourront difficilement assumer le coût d’une telle obligation. Les industriels européens trouveront là de quoi desserrer une concurrence destructrice et valoriser leurs atouts sur le plan de la qualité et de l’innovation. Pour être en mesure d’assurer la garantie, ils devront à leur tour exiger de leurs fournisseurs des composants de qualité. Le risque d’un effet négatif sur l’emploi lié à la baisse des quantités produites se trouverait contrebalancé par les créations d’emplois (non délocalisables) dans le champ de l’entretien et de la réparation.

 

On pourrait opposer qu’une telle mesure provoquerait l’augmentation des prix. Il convient cependant de souligner les conséquences de la non qualité sur le pouvoir d’achat (en particulier des plus modestes, souvent condamnés au bas de gamme) : en la matière ce qui importe en réalité est le coût complet de satisfaction d’un besoin, qui fait intervenir le prix des produits bien sûr, mais aussi le coût des consommations annexes (énergie, consommables…) et la durée de vie du produit. C’est la raison pour laquelle le moins cher n’est pas toujours le moins coûteux. Inciter à l’amélioration de la qualité pourrait réduire le coût d’usage sur la durée de vie du produit. Le problème devient alors un problème de financement de l’accès aux effets utiles Les sociétés de crédit à la consommation, en quête de légitimité, auront ici à inventer des formes de financement de la qualité, par exemple des crédits qui s’étendent sur toute la durée de la garantie. Les fabricants pourront tester des formules proches de la location. On aura alors fait un grand pas en direction d’une économie de la fonctionnalité, où l’on paie un usage davantage que l’acquisition d’un droit de propriété, où la vente de services se substitue à la vente de biens. Constituer une étape dans un processus devant conduire au découplage entre la croissance de la consommation et la consommation de ressources,  ne serait pas la moindre des vertus de cette mesure simple, à forte portée symbolique. 

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Vendredi 23 avril 2010 5 23 /04 /Avr /2010 09:27
- Publié dans : Analyse sectorielle

Il y a près de 15 ans, je me suis engagé dans un projet pharaonique : rédiger un manuel pour la réalisation d’études sectorielles. Ce manuel avait l’ambition de délivrer une méthode opérationnelle devant permettre de réaliser rapidement une analyse de secteur, tendue vers la prospective, s’appuyant sur une méthodologie rigoureuse, issue de l’économie industrielle et de la théorie évolutionniste. Je tenais à ce que ce manuel comporte une présentation claire des concepts de base, l’ensemble des indicateurs utiles (et des sources pour les calculer), les tendances générales observées dans l’économie susceptibles de se retrouver en toile de fond de la plupart des secteurs… La méthodologie présentée dans ce manuel se nourrissait à la fois de mes lectures et mes travaux académiques (en particulier sur la question des dynamiques évolutionnistes) et de ma pratique de l’analyse sectorielle, au CRÉDOC, en tant que responsable du département « Dynamique des marchés ». La démarche était si ambitieuse, que sa réalisation s’est faite au rythme de l’escargot…

 

Le travail, engagé en 1995, s’est étiré jusqu’en 2003. Entre ces dates, chaque année, un chapitre du manuel a été publié dans la collection des Cahiers de Recherche du CRÉDOC. Lorsque le dernier volume (sur la prospective sectorielle) a été terminé, il est apparu clairement que  les transformations du système productif, le développement littérature théorique et empirique, ainsi que mon propre cheminement intellectuel rendait nécessaire une mise à jour. J’ai commencé à retouché le volume 1. J’ai très vite compris que je la mise à jour me prendrait quasiment autant de temps que la rédaction initiale, que je m’engageais dans un processus sans fin alors que la vie m’amenait à consacrer mon énergie à d’autres sujets (notamment, le commerce). J’ai donc renoncé à ce projet de publier un jour un manuel d’étude de secteurs. Je continue toutefois d’enseigner cette méthodologie et, si le principe même de l’analyse sectorielle est aujourd’hui en discussion en raison de la perte de pertinence de la notion de secteur pour rendre compte de l’organisation du système productif, les praticiens de l’analyse sectorielle sont encore nombreux et les éléments de méthodologie opérationnelle peu courants.

 

C’est la raison pour laquelle, je me décide à mettre en ligne – progressivement - les 9 volumes rédigés (dont seuls les plus récents sont téléchargeables sur le site du CRÉDOC). Plutôt que de les laisser vieillir, autant qu’ils puissent être utiles, notamment à mes étudiants. Si je devais m’y replonger je serais sans doute conduit à changer beaucoup de choses (au-delà des inévitables mises à jour), mais j’estime que sur l’essentiel (le plan, les concepts clés, les indicateurs…) les grandes lignes de la démarches demeurent valides.

 

 

Télécharger le volume 1 : Partie introductive + Les conditiosn de base (1)  1995 (partiellement révisé en 2003).  Cliquer ici

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