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Ce blog va bientôt cesser d'exister, tout du moins de manière autonome. Le blog de l'Observatoire Société et Consommation (L'ObSoCo) est appelé à prendre la suite. D'ores et déjà les archives de ce blog y ont été transférées et chaque nouveau billet posté ici est également publié sur le site de l'ObSoCo. Je partagerai le blog de l'ObSoCo avec Nathalie Damery et Robert Rochefort, qui ont fondé avec moi l'Observatoire Société et Consommation. Le blog de l'ObSoCo accueillera également les contributions des membres de l'association qui est en train de se constituer... A suivre !!

 

Rendez-vous sur http://www.asso-lobsoco.org/

 

 

Dimanche 24 avril 2011 7 24 /04 /Avr /2011 15:45
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Ethicity, le cabinet spécialisé en développement et marketing durable, vient de publier les résultats de la dernière vague de son enquête, menée avec l'Ademe, sur les Français et la consommation responsable.

 

On retriendra en particulier, parmi les critères d'achat des produits respectueux de l'environnement, la montée des considérations en matière de santé (qui se classent désormais en première position) et de goûts et d'efficacité  alors que la préservation de la planète est en net recul depuis plusieurs années. Il se confirme que la consommation "responsable" est d'abord motivée par la recherche de bénéfices personnels...

 

Ces résultats témoignent aussi d'une forte appêtance pour des produits de qualité. Les produits de qualité sont généralement plus chers. Les consommateurs ont besoin d'assurances quant à la justification des écarts de prix par de réelles différences de qualité. Or, en la matière, le doute est de mise. Rappelons-nous que, selon les enquêtes du Crédoc, près de 3 consommateurs sur 4 estiment que les produits de grandes marques et les produits à marques de distributeur sont de qualité équivalente.L'enquête Ethicity nous apprend que 54 % des Français considèrent ne pas être sûr de la qualité des produits durables. 60 % déclarent qu'ils seraient davantage convaincus d'acheter davantage de produits durables s'ils avaient des preuves concrètes de leur meilleure qualité.

 

Voila qui nous confirme l'une des voies à emprunter pour réformer le modèle de consommation dans le sens de l'avènement d'une économie des effets utiles : améliorer le niveau d'information des consommateurs sur la qualité des produits au travers de la mise en place de dispositifs d'évaluation crédibles. Une telle démarche est d'ores et déjà engagée, mais elle se concentre sur l'évaluation des impacts environnementaux. C'est bien, mais c'est négliger le fait que, jusque là, les vertus des produits sur le plan environnental pour la plupart des consommateurs ne sont au mieux qu'un critère de choix de second rang. En informant les consommateurs sur la qualité des produits (inoccuité, durabilité, performances lors de l'usage, coût d'usage complet...), on table sur un ressort plus puissant des comportements de consommation pour tenter d'infléchir les formes de la concurrence sur les marchés et inciter les entreprises à investir davantage sur la qualité de leurs offres. Une étape essentielle vers la mise en oeuvre d'un modèle de croissance plus qualitatif que quantitatif.

 

Consulter la synthèse de l'enquête Ethicity.

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Mardi 5 avril 2011 2 05 /04 /Avr /2011 21:48
- Publié dans : Commerce et distribution

Le Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture et de la Communication vient de publier la synthèse de l'étude que j'ai réalisé au Crédoc avec Romain Picart en 2010 sur la prospective du commerce physique de bien culturels.Cette note reprend les principales conclusions de la partie prospective.

 

Avant-propos


Le commerce physique et la culture. Il y a peu encore,
leur rapprochement aurait pu paraître étrange et leur
prospective impertinente. Elle est devenue urgente et
nécessaire. Deux ou trois décisions financières concernant
de grands acteurs mondiaux peuvent modifier brutalement
les marchés nationaux et la diversité culturelle,
alors qu’opèrent déjà révolution numérique, transformation
des habitudes de consommation et leurs attentes.
Or, le commerce physique est un maillon économique
central de l’économie de la création, de la production et
de l’édition : il assure le passage d’une diversité produite
à une diversité distribuée, nécessaire à une diversité
consommée. C’est dans le commerce physique que voisinent
les promesses de débouchés et les risques de goulots
d’étranglement pour l’économie de l’offre culturelle,
ce qui justifie des stratégies originales.
Concurrencé par le commerce en ligne, sur lequel se
sont positionnés de nouveaux acteurs, comme par la
contrefaçon, le commerce est confronté à de nouvelles
approches des territoires et des mobilités, à des mutations
de goûts et de sorties, dans un contexte foncier
inflationniste. Peu régulé au regard d’objectifs culturels,
le commerce physique des biens culturels traverse une
zone de turbulences, certaines de ses mutations lui étant
propres, d’autres affectant l’activité commerciale dans
son ensemble.
Distinguer mais aussi comprendre l’articulation des
unes et des autres est nécessaire pour élaborer des scénarios
d’évolution des filières à horizon temporel 2015,
utiles aux acteurs du commerce culturel et aux pouvoirs
publics. L’accès à la culture et à la diversité en
dépendent.

 

Consulter la synthèse de l'étude

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Lundi 4 avril 2011 1 04 /04 /Avr /2011 16:53
- Publié dans : Commerce et distribution

Je participerai demain matin, de 10 à 11 h, à l'émission Service Public sur France Inter, qui sera consacrée au marketing dans la distribution (l'occasion également de parler de la hausse des prix des produits alimentaires).

 

Mes propos seront nourris de l'étude que j'ai réalisé cet hiver avec Pierre Volle, professeur de marketing à Paris Dauphine, sur la problématique de la montée en compétence marketing des grandes entreprises de la distribution.Le rapport est en ligne depuis quelques jours sur le site du Crédoc. Vous pouvez également le télécharger ici.

 

Ci-dessous, la synthèse du rapport.

 


 

La grande distribution a assis son développement sur la démocratisation de l’accès à la consommation au moyen du modèle économique du discount. Le prix bas a été son principal argument commercial. Les compétences critiques associées à la mise en œuvre de ce modèle s’articulent autour de la maîtrise des coûts de distribution et de l’accélération de la vitesse de circulation du capital. Le marketing y est peu développé ; les attentes des consommateurs à l’égard du commerce sont pensées comme relevant pour l’essentiel de la recherche du prix bas. Dès lors, le marketing se confond avec la communication, et sa mission principale consiste à mettre en avant l’image prix des enseignes. La donne change dans le courant des années 1990, et les grandes entreprises de la distribution acquièrent progressivement de nouvelles compétences en matière de marketing. Elles apprennent à connaître leurs clients et, sur la base de cette connaissance, déploient de nouvelles stratégies.

 

Une montée en compétence tardive

L’épuisement progressif du régime de croissance extensive sur lequel s’était fondé le développement des entreprises de la grande distribution conduit ces dernières à réviser leur modèle afin, notamment, de s’adapter à l’évolution des comportements et attentes des consommateurs.  L’objectif de fidélisation de la clientèle et d’accroissement du « taux de nourriture » (plus de ventes auprès de chaque client) prend progressivement le pas sur celui de conquête de nouveaux clients. L’exacerbation de la concurrence invite les distributeurs à se montrer plus attentifs aux attentes des consommateurs. Les opportunités offertes par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) se combinent aux succès rencontrés par des distributeurs étrangers (Wal-Mart et Tesco) pour convaincre les grandes entreprises de l’intérêt d’opérer une montée en compétence en matière de marketing afin de nourrir de nouveaux positionnements stratégiques, voire d’élaborer de nouveaux modèles économiques « orientés-client ».

 

Le virage de cette montée en compétence est amorcé dans le courant des années 1990. Elle n’est pas un processus homogène : son intensité est variable selon les secteurs du commerce et, dans chaque secteur, d’une entreprise à l’autre ; le mouvement n’est pas linéaire et fait apparaître des phases de flux et de reflux ; enfin, les modalités de la montée en compétence sont variables selon les entreprises, révélant, outre les écarts de positionnement stratégique, le poids des facteurs organisationnels.

 

Le virage de cette montée en compétence est amorcé dans le courant des années 1990. Il soulève la question, à la fois théorique et empirique, des modalités privilégiées pour se doter de nouveaux savoir-faire, impliquant à la fois des dispositifs techniques complexes et des qualifications pointues. L’objet de cette recherche est d’identifier la manière dont les grandes entreprises de la distribution ont engagé cette montée en compétence.

 

Sur le plan théorique, la démarche empruntée s’inscrit dans le sillage des approches évolutionnistes de l’entreprise et du courant « fondé sur les ressources » dans le champ du management stratégique. Selon ces approches, le champ des stratégies possibles pour une entreprise dépend de l’état de ses compétences. Ces dernières résultent de la manière dont sont mobilisées les ressources. Réussir à forger un avantage concurrentiel durable dépend de la capacité à faire émerger des « compétences foncières », à la fois valorisables sur le marché et qui différencient l’entreprise de ses concurrents. Pour cela, ces compétences doivent faire appel à des ressources ou à des capacités (routines organisationnelles) qui soient spécifiques à l’entreprise, c’est-à-dire non librement accessibles et difficilement imitables. Ainsi, se doter de nouvelles compétences implique d’acquérir de nouvelles ressources et de mettre en place les processus organisationnels permettant de les mettre en mouvement dans la direction souhaitée. Ces nouvelles compétences ne sont porteuses d’un avantage concurrentiel que si leur constitution suppose de résoudre des problèmes cognitifs et/ou organisationnels que chaque entreprise affronte avec plus ou moins de bonheur, en fonction de son histoire, de ses compétences préalables, de sa capacité d’apprentissage, des multiples facteurs d’inertie dont elle peut être victime…

 

La compétence marketing dans la distribution n’est pas librement accessible. Le marketing de la distribution se distingue significativement du marketing en vigueur dans les industries de biens de consommation, mais aussi du marketing des services. En outre, la compétence marketing s’inscrit plus généralement dans une démarche « d’orientation client » qui implique l’organisation dans son ensemble. La montée en compétence ne peut donc se réduire à l’acquisition de ressources génériques sur le marché, mais suppose la formation de ressources spécifiques et une refonte organisationnelle d’ensemble.

 

 

La mise en place d’un marketing « scientifique »


La mobilisation des ressources attachées à la compétence marketing s’est opérée principalement autour de deux modalités : le recrutement de personnels qualifiés (jusqu’au poste de directeur du marketing) et la mise en place de partenariats avec des prestataires de services qui ont contribué à l’implantation de dispositifs techniques et de méthodologies et ont participé à la dynamique d’apprentissage interne conduisant à la « spécification » des ressources. La coopération avec les fournisseurs a pu nourrir cette dynamique, avec les limites que constitue la conflictualité qui caractérise traditionnellement les relations industrie-commerce en France. Dans l’ensemble (et pour ce qui est des grandes entreprises), la mobilisation des ressources à la base de la compétence marketing ne semble pas avoir constitué une difficulté majeure dans la marche des distributeurs vers la maîtrise de cette compétence. Le fait est que la plupart des grandes entreprises de distribution disposent aujourd’hui d’à peu près les mêmes dispositifs et des mêmes méthodes.

 

Par le traitement des données de tickets de caisse et des informations contenues sur les cartes de fidélité, les distributeurs ont appris à observer et à mieux comprendre leurs clients. Elles établissent des typologies de clients, non pas sur la base de critères posés a priori, mais à partir des comportements observés. Ainsi, la clientèle de Carrefour est-elle segmentée en sept catégories aux dénominations évocatrices : « rapide/facile » (qui représentent 23 % de la clientèle), « plaisir » (22 %), « budget » (20 %), « tradition » (20 %), « standard » (9 %), « rationnel » (6 %). A l’aide de ces outils, les enseignes apprennent à identifier les clients les plus rentables vers lesquels doivent se concentrer toutes les attentions, à cibler les promotions, à affiner les politiques tarifaires...

 

Les possibilités d’observation des comportements des clients sont plus considérables encore sur Internet. Un site de commerce électronique ne se contente pas d’enregistrer et de mémoriser l’historique des achats de ses clients. Il est capable de les "tracer" lors de leur navigation sur le site (identification des pages vues, du temps passé sur chaque page, des liens entre les pages…), ce qui en dit long sur leurs centres d’intérêt et leurs comportements d’achat. En modifiant la composition de l’assortiment, sa présentation, son prix… sur un court laps de temps, ou en différenciant la proposition pour des échantillons distincts de visiteurs, un site de e-commerce est capable de mesurer la réaction de la demande, d’en comprendre les déterminants et de s’appuyer sur cette connaissance acquise à bon compte pour optimiser sa politique commerciale. Et nous sommes à l’aube d’assister à l’implantation en magasin de dispositifs techniques (à base de vidéo, de puces RFID, de GPS…) qui permettrons un traçage similaire des comportements, cette fois-ci in situ. Avant, peut-être, de s’étendre un jour aux comportements hors du point de vente, lors de la consommation des produits…

 

 

Des difficultés d’ordre culturel et organisationnel


Le cœur de la compétence marketing dans la distribution semble résider moins dans les ressources que dans la capacité à impulser, à coordonner, à combiner et finalement à exploiter une diversité de dispositifs au service d’une stratégie tournée vers les clients. L’adaptation des capacités organisationnelles est donc critique. Elle se révèle comme un processus complexe et progressif.

 

La culture d’entreprise dans la grande distribution est marquée par le pragmatisme et la valorisation de l’expérience du terrain. Elle  a souvent constitué un obstacle au passage d’un marketing intuitif à un marketing « scientifique » (i.e. outillé et opéré par des spécialistes qualifiés). De même, le processus de montée en compétence a souvent été entravé par les conflits de territoires que suscite inévitablement la création de nouvelles zones de responsabilité et d’influence.

 

Ces facteurs d’inertie organisationnelle semblent avoir agi puissamment au cours des premières années de la montée en puissance du marketing dans la distribution. Ils se sont relâchés depuis, principalement sous l’effet de la rotation du personnel et du renouvellement des équipes. Ils ont cependant marqué la manière dont s’est construite cette compétence. Si certaines entreprises ont fait le choix d’une compétence marketing concentrée dans une direction marketing puissante, d’autres – semble-t-il plus nombreuses – ont opté pour une fonction marketing gérée de manière plus diffuse, présente dans chaque direction, qui s’efforce de mettre en cohérence les différentes fonctions. C’est le « category management » qui incarne le mieux cette approche.

 

Les modalités empruntées par la montée en compétence marketing ont pour conséquence que cette compétence, souvent, est aujourd’hui mobilisée d’abord pour optimiser le back office, pour conférer de nouvelles sources d’efficacité au modèle du discount par un pilotage des flux par la demande. Ainsi, cette compétence est aujourd’hui avant tout mobilisée pour définir avec précision quels produits mettre dans chaque magasin, dans quelles quantités, à quel prix, sur quel linéaire… Mais la dissémination de la fonction marketing au sein de l’organisation est peut-être également l’opportunité, en infusant la culture du client à toutes les échelles de l’organisation, d’accélérer le processus d’orientation-client et l’abord de nouveaux modèles économiques.

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Mercredi 30 mars 2011 3 30 /03 /Mars /2011 22:17
- Publié dans : Consommation et modes de vie

En vue de l'émission Service Public (France Inter) du 8 mars dernier sur le thème "La vérité sur le pouvoir d'achat", j'ai rédigé la petite note que voici - qui reprend assez largement le contenu de la conférence au Café de la statistique du 8 juin 2010 sur le thème "Statistique et sentiment personnel". La voici.

 

 

Pouvoir d’achat, chômage, délinquance, sécurité nucléaire… Les Français semblent de plus en plus méfiants à l'égard des statistiques, et en particulier les statistiques publiques - dans lesquels ils ne se retrouvent pas. Comment interpréter ce décalage entre le mesurer et le perçu ? Les Français sont-ils de mauvaise foi ou bien victimes d’erreurs d'appréciation ? Les statistiques sont-elles manipulées à des fins politiques ou bien sont-ce les méthodologies utilisées qui seraient défaillantes ? Dans une société où tout doit être mesuré, évalué, comparé, ce conflit entre le statisticien et le citoyen revêt une importance considérable comme élément du débat sur le « vivre ensemble », tant celui-ci suppose un consensus sur des constats partagés.

 

Pour essayer d'y voir un peu plus clair sur cette question, penchons-nous sur la question du pouvoir d'achat. Au cours des années 2000, et en particulier après le passage à l’euros, un fossé s’est installé entre la perception que les Français avaient de l’évolution de leur pouvoir d’achat (qu’une large majorité estimaient en recul) et les statistique de l’INSEE qui mettaient en évidence la persistance d’une croissance – certes, lente – du revenu disponible des ménages. La mise en doute des statistiques a d’abord été engagée par une entreprise de la grande distribution (Leclerc), qui a mis en avant d’autres modes de calcul menant à des résultats plus proches du ressenti de ses clients. La question du pouvoir d’achat s’est trouvée au cœur de la campagne des présidentielles de 2007. Le candidat Sarkozy a alors clairement mis en doute la qualité de la statistique publique, donnant raison à la sagesse populaire. C’est dans ce contexte que le Conseil d’Analyse Economique a demandé à Robert Rochefort (alors directeur général du Crédoc) de plancher sur la question de la mesure du pouvoir d’achat. J’ai travaillé à ses côtés à ce rapport, qui a été remis à la ministre de l’Economie fin-2007[1]. A la suite de ce rapport, une commission a été formée pour suggérer la mise en place de nouveaux indicateurs.

 

Dans ce rapport, nous examinions trois sources possibles de l’écart entre la perception et la mesure : les biais de perception des consommateurs, le conflit « micro-macro », la défiance propre à notre époque.



Les biais de perception 


Les individus portent des lunettes différentes de celles des statisticiens lorsqu’ils appréhendent et interprètent la réalité à laquelle ils sont confrontés. S’agissant de l’inflation, ils ont tendance à généraliser ce qu’ils observent sur un tout petit nombre de prix, ceux des produits ou services achetés quotidiennement : produits alimentaires courants, essence, etc. – une petite dizaine de prix peut-être. Or au moment du passage à l’euro en 2000-2002 un certain nombre de ces prix ont effectivement dérapé, la grande distribution en particulier ayant alors quelque peu « poussé les étiquettes ». Cette tendance à la généralisation, cet effet de « halo » autour de quelques prix explique l’intérêt porté par les ménages à des démarches comme « le prix du caddie ». Dans le même esprit, nous sommes plus prompts à relever les hausses de prix que les baisses : la hausse du prix du petit noir au comptoir a davantage frappé l’opinion que la baisse du prix des ordinateurs, de même que l’épisode inflationniste de 2007-2008 par rapport à la baisse générale des prix intervenue en 2009-2010. 


Un autre biais de perception peut résulter d’une divergence d’évolution entre « la capacité à acheter » d’une part, « l’appétence pour la consommation » d’autre part. Si la seconde croît plus vite que la première, on a le sentiment de s’appauvrir. Or les années dont nous parlons ont été marquées par l’arrivée massive sur le marché de nouveaux produits issus des nouvelles technologies de l’information et de la communication : téléphones portables, écrans plats, ordinateurs… Pour satisfaire rapidement leurs envies par rapport à ces nouveaux produits, certains ont dû réduire d’autres parties de leur consommation, parfois même leur budget alimentaire courant, et ont eu le sentiment d’une diminution de leur pouvoir d’achat.

 

Relève également du biais de perception le refus d’inclure les « dépenses contraintes » dans sa propre consommation. Pour les statisticiens, la consommation englobe l’ensemble les dépenses ordinaires du ménage. Les ménages, quand ils considèrent l’évolution de leur pouvoir d’achat, font plutôt référence aux dépenses pour « ce qui fait plaisir », en excluant les dépenses contraintes comme le loyer, le remboursement des emprunts, voire les produits alimentaires ou l’essence de la voiture. Or, des études ultérieures l’ont montré, la part des dépenses contraintes dans le budget des ménages ont connu une vive croissance.

 

 

Le conflit micro-macro


Alors que l’INSEE travaille dans une perspective macro-économique et considère l’ensemble des ménages comme un seul « secteur institutionnel » de la Comptabilité nationale, les consommateurs pensent de manière individuelle. Une source très importante de l’écart entre les deux points de vue réside dans les effets d’agrégation.


Le plus simple d’entre eux est l’effet taille : le « gâteau » consommation peut bien augmenter, si le nombre des consommateurs augmente aussi, la part de chacun pourra stagner, voire diminuer.  Il faut donc diviser l’agrégat par le nombre de ménages, ou le nombre de personnes, ou mieux le nombre « d’unités de consommation ». C’est ce que font de plus en plus les statisticiens, ce qui d’ailleurs n’empêche pas l’évolution du revenu unitaire de rester positive.


Intervient aussi la manière de répartir le « gâteau » : si un convive particulièrement avide en prend une part de plus en plus grande, un grand nombre d’autres convives constateront une diminution, même si la taille totale augmente. Cela renvoie aux « effets de structure » de la population étudiée : ainsi, le revenu moyen des ouvriers augmente au fil du temps, parce que la population des ouvriers compte de plus en plus d’ouvriers qualifiés, sans que nécessairement le revenu de chaque ouvrier ait effectivement progressé. Même remarque sur le revenu des retraités considérés dans leur ensemble : le jeunes retraités sont globalement plus riches que leurs ainés, ce qui conduit l’observation d’une progression du pouvoir d’achat des retraités plus rapide que le rythme auquel progresse la pension de chacun. La résolution des conflits de type « micro-macro » appelle des statistiques de plus en plus finement décomposées, ce qui nécessite des méthodes de collecte et de traitement appropriées, certainement plus coûteuses.


 

La défiance propre à notre époque 


Dans les sondages d’opinion, les indicateurs témoignant de l’installation d’un climat de défiance ont décollé. Ce phénomène est particulièrement accentué en France ; la défiance s’exerce surtout par rapport à tout ce qui « vient du haut » (sous-entendu de la société) et par rapport à ce qui est « abstrait ». Le corps politique (le gouvernement, les partis politiques) est particulièrement touchés, mais aussi les grandes entreprises. A l’inverse, le maire, le petit commerçant… disposent d’un certain capital de confiance.


La statistique officielle relève de ces deux catégories : elle vient d’en haut et est particulièrement abstraite. Le soupçon de « manipulation » s’exprime. Et si les données ne sont pas nécessairement « malhonnête », elles échouent à prendre en compte ce qui compte vraiment pour les vrais gens. Les « gens d’en haut » vivant dans un « autre monde » construisent des outils adaptés à leur monde. Dans la campagne publicitaire par laquelle Leclerc avait fait la promotion de son approche alternative pouvoir d’achat, les affiches avait représenté un milliardaire avec piscine et cigare, et un chien attachés à sa niche sur la lune…

 

Plus généralement, il est possible d’établir un lien entre cette remise en cause des statistiques publiques et l’émergence d’une « société de personnes » se substituant à la « société de masse ».


 

Asseoir la statistique publique sur de nouvelles conventions ?


La statistique est un produit de la « modernité » et en particulier des Lumières, pénétrées de l’idée de rationalité : tout est mesurable, explicable par des chiffres y compris l’économie, on peut tout mettre en équation. Et la mesure devient le guide de l’action, elle permet une maîtrise sur les choses, sur la nature, puis aussi sur la société. Réguler par des mesures est un aboutissement de ce « rêve prométhéen ».  Dans cette vision, on peut dire que la statistique publique traditionnelle est un produit du « programme institutionnel » d’une société dans laquelle le social transcende l’individu.


La société de personnes s’oppose à ce programme par l’hyper-individualisation. Chaque individu se conçoit comme un être singulier, non comme le produit d’un milieu. Ses choix sont essentiellement individuels. Il ne peut se reconnaître dans un miroir qui lui renvoie de lui-même l’image d’un « mouton dans un troupeau ». Certes c’est un individu social, et sociable : mais il s’agit d’une sociabilité choisie, d’une mosaïque de réseaux variables dans le temps. Les collectifs qu’elle forme sont à géométrie variable, les appartenances sont choisies et peuvent être remises en cause : on est loin des assignations fixes à des postes de nomenclatures rigides. C’est pourquoi, même quand la statistique se désagrège, elle le fait en utilisant des segmentations étrangères à celles que vivent les individus.


Par ailleurs la raison a reculé, elle a perdu son monopole, et cela se traduit par une crise de la notion de progrès. Les gens ne pensent plus que l’avenir de leurs enfants sera meilleur que ce qu’ils ont connu grâce au progrès technique ou social : au contraire, ils manifestent une énorme crainte de l’avenir, convaincus que demain sera moins positif qu’aujourd’hui. Le recul de la raison et de l’idée de progrès réhabilite les affects, les émotions, la sensation. Toutes choses qui sont absentes de l’esprit de la statistique publique, et qu’elle ne sait pas bien saisir. Les sondages d’opinion le savent un peu mieux.


Peut-être est-il temps pour la statistique d’évoluer dans ses fondements, dans son épistémologie. Comment on mesure : cela est, et restera un problème technique. Mais qu’est-ce qu’on mesure ? Peut-on continuer à le définir à l’aide de catégories dépassées, pures conventions sociales d’un temps révolu ? Le président de la République a mis en place la commission Stiglitz pour ré-examiner la pertinence de l’indicateur PIB – produit intérieur brut. Et celle-ci a ouvert la boîte de Pandore de la subjectivité en consacrant un chapitre de son rapport aux mesures du « bien-être », notion floue s’il en est, et qui pourtant fait l’objet d’une demande sociale de mesure incontestable. Les recommandations pour avancer sur la mesure de cette notion complexe avancent une multiplicité d’indicateurs, et de façons de les combiner ou de les synthétiser.


Faire « du multicritères à dimensions subjectives sur des objets flous », cela peut paraître une gageure, mais n’est-ce pas le défi que doit relever la statistique pour retrouver une légitimité ?

 




[1] Moati Ph., Rocherfort R., Mesurer le pouvoir d’achat, Rapport du Conseil d’Analyse Economique, n° 73, La Documentation Française, Paris, 2008.

 

 

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Mardi 29 mars 2011 2 29 /03 /Mars /2011 10:36


label EPA US

 

L'EPA, l'agence de production de l'environnement américaine, planche sur un nouveau dispositif d'affichage des performances environnementales des automobiles. Plusieurs variantes sont à l'étude, dont celle présentée ci-dessus. La mise en oeuvre est programmée pour 2012.

 

L'évaluation repose sur deux critères : la consommation de carburant et l'émission de CO2 et d'autres polluants.

Les performances du véhicule sur les deux critères sont résumées par une lettre, allant de A+ à D, soit une démarche très proches de celle que nous connaissons en France.

 

L'innovation majeure introduite par ce projet d'affichage est qu'il ne se contente pas d'exprimer la consommation de carburant du véhicule (4) : il fournit au consommateur une évaluation monétaire le coût annuel de la consommation de carburant (11) et, mieux encore, de l'économie (ou du surcoût) réalisée en référence à un véhicule de la même catégorie qui serait caractérisé par le niveau moyen de consommation (3). Ce montant est exprimé sur la base d'un usage sur 5 ans correspondant au kilométrage moyen effectué par les automobilistes américain. Le dispositif prévoit, en plus de l'étiquetage, l'accès des consommateurs à un site Internet dans lequel chacun pourra notamment personnaliser l'estimation du coût en fonction de la spécificité de son usage de l'automobile (nombre de kilomètres parcourus, répartition entre ville, autoroute...)

 

Nous avons là un exemple de ces "nudges" chers à Thaler et Sunstein* qui consistent à influencer le choix des consommateurs simplement par la manière de présenter l'information : mettre en avant une économie (ou un surcoût) potentiel est probablement beaucoup plus influent que d'indiquer la consommation de carburant en littres pour 100 km, comme nous le pratiquons en Europe.

 

Voilà le type de mesures simples qui nous permettra d'avancer dans la voie d'une économie des effets utiles.

 

 

 

* Thaler R.H., Sunstein C.R. [2008], Nudge. Improving decisions about health, wealth and happiness, Pinguin Book.

 

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Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 17:09
- Publié dans : Actualité

Le master "Métiers des études, du conseil et de l'intervention" de l'Université Paris-Diderot organise une réunion d'information jeudi 31 mars 2011  à 17h, dans les locaux de l'UFR GHSS, Dalle des Olympiades, Immeuble Montréal, 59 rue Nationale, 75013 Paris, amphi 46.

 

Au programme, la présentation de la structure d'ensemble du master et des métiers auxquels il prépare, la présentation de la première année (M1) commune avec ses trois options, puis des trois M2 :

 

- Consultants et chargés d'études socioéconomiques (en alternance) : www.ccese.info

- Ingénierie de l'animation et du développement local : www.m2-iadl.info

- Projet informatique et stratégie d'entreprise (en alternance) : www.pise.info

 

Des "anciens" viendront présenter leur parcours et le contenu de leur activité professionnelle.

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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 17:12
- Publié dans : Consommation et modes de vie

L'agence conseil en développement durable AGOODFORGOOD a accompagné Carrefour Market dans le test d'un distributeur automatique de produits d'entretien écologiques dans un magasin de la région PACA. Ci-dessous, le texte du communiqué de presse qui détaille cette initiative intéressante, qui s'inscrit dans la perspective de l'économie des effets utiles.


 

"Une machine de distribution automatique de produits d’entretien écologiques certifiés Ecocert est testée depuis Février 2011 par l’enseigne CARREFOUR MARKET en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.


Cette machine innovante, conçue par l’ingénieur Xavier Masselin, permet aux consommateurs de réutiliser les flacons vides pour les remplir de liquide détergent en un seul geste, à la fois écologique et économique. Le Grenelle de l’Environnement a fait de la réduction des déchets un pilier de son second volet: réduction de la production d’ordure ménagère de 5kg/ par an et par personne, recyclage de 75% des déchets ménagers en 2012 …


L’agence conseil en développement durable AGOODFORGOOD® a identifié les attentes des clients des grandes surfaces en matière d’emballages et de déchets et a mis en oeuvre le projet auprès de CARREFOUR MARKET.

 

La conscience des contraintes liées aux emballages l’emporte de plus en plus nettement sur les avantages perçus. Ainsi, le critère « c’est envahissant ; il y en a partout » est devenu le premier critère d’appréciation des emballages en 2010. De plus, 90% des Français considèrent que la crise représente une occasion de revoir leurs comportements de consommation. Ils soulignent cependant que la réduction des emballages ne doit pas remettre en cause leur confort d’utilisation et leur sécurité et doit aussi se traduire dans le prix du produit en le diminuant d’autant.
 

 

L’éco-distributeur est une réponse de CARREFOUR MARKET à cette attente des consommateurs. Il présente une sécurité et une hygiène d’utilisation totales grâce à un système breveté ; il propose une réduction du prix consommateur au litre de plus de 15% par rapport au produit identique emballé ; il permet une division par 15 au moins de la quantité d’emballages et une économie de 10 tonnes de CO² par éco-distributeur chaque année (source Ademe). 

 

CARREFOUR MARKET est l’enseigne de supermarchés nouvelle génération du Groupe Carrefour. L’enseigne compte plus de 1000 supermarchés et se positionne comme un acteur majeur de la distribution en moyennes surfaces en France.
 

 

AGOODFORGOOD® est une agence conseil en développement durable, créée en 2005. Elle est spécialisée dans les produits de grande consommation et dans les enjeux de distribution. Elle intervient en stratégie, labellisation et conception de produits et de services.
Contact – Bernard Ollié – presse@agoodforgood.org – +33(0)608729988"

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