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Ce blog va bientôt cesser d'exister, tout du moins de manière autonome. Le blog de l'Observatoire Société et Consommation (L'ObSoCo) est appelé à prendre la suite. D'ores et déjà les archives de ce blog y ont été transférées et chaque nouveau billet posté ici est également publié sur le site de l'ObSoCo. Je partagerai le blog de l'ObSoCo avec Nathalie Damery et Robert Rochefort, qui ont fondé avec moi l'Observatoire Société et Consommation. Le blog de l'ObSoCo accueillera également les contributions des membres de l'association qui est en train de se constituer... A suivre !!

 

Rendez-vous sur http://www.asso-lobsoco.org/

 

 

Dimanche 8 mai 2011 7 08 /05 /Mai /2011 09:31
- Publié dans : Le capitalisme post-fordien

L'émission Service Public d'Isabelle Giordano sur France Inter de mardi prochain (10 mai) posera la question de savoir si l'on peut imaginer une économie sans croissance. J'aurai le plaisir d'en débattre aux côtés d'Olivier Pastré et Assen Slim. Dans la perspective de l'émission, j'ai rédigé la note qui suit. Elle n'a pas d'autre prétention que de poser le problème. Commentaires, discussions, propositions... sont evidemment les bienvenus.

 

 

L’idéologie de la modernité a associé le progrès social à la croissance économique. Si la croissance économique se nourrit de l’avancée des connaissances et des techniques, en retour, l’accroissement des richesses matérielles est garant de l’amélioration des conditions d’existence, de l’allongement de la durée de la vie, de l’élévation du niveau d’éducation, de la diminution tendancielle du temps de travail… L’énergie contenue dans l’économie capitaliste est conçue comme un puissant levier pour l’atteinte des objectifs sociaux. C’est sans doute durant les « Trente glorieuses » que cette idée c’est le mieux incarnée. La main invisible de l’économie – certes, régulée par un Etat keynésien fort – semblait alors œuvrer pour le bien de tous. Depuis, la sacralisation de la croissance reste partagée par la droite et la gauche. La gauche y voit en particulier les conditions d’une répartition plus juste et la source des moyens de financement de l’intervention publique et de la protection sociale. Ainsi, en dépit de l’alternance politique, les gouvernements successifs en sont toujours à rechercher les moyens de relancer la croissance et, avec le contexte de persistance du chômage et de tensions sur le pouvoir d’avoir, on ne prend pas grand risque à parier que la croissance comptera parmi les thèmes majeurs de la campagne électorale à venir.


Pourtant, ce que l’on est tenté d’appeler le pacte faustien entre l’économie et la société est aujourd’hui remis en cause, sous le poids de deux facteurs qui s’expriment chaque jour plus clairement.

 


Le dogme de la croissance ébranlé


Le premier est la mise en doute de l’idée que la croissance de l’économie amène ipso facto l’amélioration de la situation matérielle du plus grand nombre. La crise de fordisme et la montée d’un capitalisme financiarisé qui a libéré l’économie de nombre de ses régulations antérieures, ne se sont pas seulement accompagnées d’un ralentissement de la croissance. Dans certains pays, et particulièrement en France, elles ont généré un chômage de masse persistent qui touche plus spécifiquement les salariés les moins qualifiés et les jeunes ; elles ont conduit à rogner sur des avantages sociaux durement acquis au cours des périodes précédentes ; la répartition des revenus est devenue plus inégalitaire ; la flexibilisation du marché du travail a accru la précarité et la libéralisation des marchés financiers a favorisé l’instabilité macroéconomique et la succession de crises financières de grande ampleur… Au final, la libération des forces de l’économie semble avoir consommé le divorce entre sa logique propre et l’intérêt collectif. Dans l’Eurobaromètre du printemps 2008,  82 % des Français déclaraient anticiper que leurs enfants auraient une vie moins bonne que la leur (61 % pour l’ensemble des Européens). C’est donc la croyance dans le progrès qui se trouve ébranlée, probablement parce que le développement de l’économie est aujourd’hui pour beaucoup vécu d’abord comme synonyme d’une insécurité croissante, d’approfondissement des inégalités, d’une injonction permanente à la performance sans autre projet collectif que l’amélioration de la rentabilité… La jeune « économie du bonheur » a mis en évidence au plan statistique que, passé un certain niveau, l’accroissement du revenu ne s’accompagne pas d’une élévation du niveau subjectif de bien-être des populations. Ce résultat constitue une attaque fondamentale de la pertinence de la croissance comme objectif des politiques publiques et du PIB comme indicateur privilégié de la richesse et du bien-être.


Le second facteur de remise en cause du pacte entre l’économie et la société réside, bien sûr, dans la question écologique. Il apparaît de plus en plus clairement que la formidable capacité de destruction créative du capitalisme se double d’une puissante faculté decréation destructrice qui porte atteinte à l’environnement et déstabilise ma biosphère. La prise de conscience de l’impasse à laquelle nous mène une économie capitaliste fondée sur un modèle de croissance quantitative s’est accélérée au cours de la dernière décennie, à mesure que les experts affinaient leurs diagnostics sur le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources non renouvelables, le recul de la biodiversité… L’opinion publique est aujourd’hui sensibilisée. Si les comportements individuels évoluent vers plus de responsabilité, chacun comprend que les défis à relever imposent des réponses à une autre échelle. Le pessimisme quant à notre capacité collective à y faire face dans les délais que mettent en avant les experts contribue à la crise de l’idéologie du progrès et plus généralement à la sinistrose ambiante.


La croissance se trouve donc sur le banc des accusés. Les partisans de la « croissance 0 » ou de la décroissance sont de retour. Parés d’habits verts, ils ont acquis une nouvelle légitimité et leur audience s’accroît, tout au moins si l’on en juge par l’abondance des publications et l’écho que les médias leur donne. Jusqu’à Nicolas Sarkozy, à l’origine de la commission Stiglitz qui a légitimé (par la présence de trois prix Nobel en son sein) et institutionnalisé la critique de l’assimilation de la production matérielle au bien-être. Si les conclusions des travaux de la commission sont guère originales, elles ont le mérite d’avoir appelé avec énergie à la construction de nouveaux indicateurs permettant de dépasser le sacro-saint PIB, accusé entre autre de ne prendre en compte ni les externalités négatives (notamment sur le plan environnemental), ni le sentiment subjectif de bien-être des populations.


Les partisans de la décroissance ne manquent pas d’arguments pour dénoncer les méfaits de la croissance. Le propos se fait toutefois plus vague et moins consensuel lorsqu’il s’agit d’envisager comment la dépasser, comment  définir un cadre alternatif d’organisation de l’activité productive, un autre système économique. Le flou est plus épais encore quant à la manière d’opérer la transition du système actuel vers le nouvel idéal. En réalité, une question fondamentale est rarement posée : une économie sans croissance est-elle imaginable ? Si l’on s’autorise à imaginer une économie autre que capitaliste, tout devient possible. Mais alors, de quelle économie s’agit-il ? Comment opérer le passage du capitalisme à ce nouveau système dans un cadre démocratique ? Les réponses à ces questions sont généralement peu satisfaisantes, sans doute parce que, après l’échec de l’économie planifiée, nous ne disposons pas de modèles alternatifs prêts à l’emploi, ni même d’un modèle un tant soit peu élaboré sur le plan conceptuel. Eu égard à l’urgence de faire face au défi écologique, la véritable question consiste donc à savoir s’il peut exister une économie à dominante capitaliste sans croissance.


 

Un capitalisme sans croissance ?


A court terme, la réponse semble claire. La crise financière, en nous privant temporairement de la croissance, nous a rappelé notre dépendance à son égard. Sans un niveau minimum de croissance, c’est le chômage qui s’accroît, les comptes publics qui se dégradent, le pouvoir d’achat (qui préoccupe tant les Français) qui stagne ou qui s’érode…


A moyen terme, on voit mal, sans croissance, comme assurer le retour vers l’équilibre des finances publiques et le financement de la protection sociale ; comment faire face aux moyens croissants qu’il faudra consacrer au paiement des retraites, à la satisfaction de la demande en matière de santé, à la prise en charge de la dépendance… Sans croissance, une part croissante du revenu des actifs devra être consacrée au financement d’une protection sociale dont la qualité se trouverait menacée. Face à des prélèvements en progression, le revenu disponible pour la consommation se trouverait amputé, alors même que le retour des tensions inflationnistes sur les produits de base commence à élever le coût des dépenses contraintes, affectant d’abord le pouvoir d’achat des classes les plus défavorisées. Certes, on peut imaginer de vivre heureux en consommant moins, en reconnaissant qu’une part de nos dépenses correspond à des besoins superflus, largement suscités par le marketing de l’offre, que nous avons beaucoup à gagner à découvrir les charmes et les vertus de la « sobriété joyeuse »… Mais, outre que ce modèle de civilisation semble encore loin de séduire les masses, il fait l’impasse sur la question de fond : structurellement, une économie capitaliste peut-elle tout simplement fonctionner sans croissance ?


C’est là une question d’une redoutable complexité vis-à-vis de laquelle les économistes n’ont pas de réponse simple et consensuelle à fournir. Il semble clair que, à l’échelle microéconomique des entreprises, la combinaison de la recherche du profit (exacerbée dans le cadre du capitalisme actionnarial contemporain) et du jeu de l’ « esprit animal » qui anime les entrepreneurs est à l’origine d’une formidable source d’énergie qui pousse vers le toujours plus, le toujours plus loin. C’est d’ailleurs sans doute une des raisons principales qui expliquent que les formes alternatives de gouvernance des activités économiques (entreprises publiques, économie sociale et solidaire, communautés du « libre »…) ont rarement pu s’imposer ailleurs que dans les interstices du système, ses segments les moins rentables, les plus inadaptés à l’activité marchandes. Le capitalisme se pense en mouvement, dans le changement quantitatif et qualitatif permanent. Mais peut-être que ce qui est vrai à l’échelle microéconomique ne l’est pas nécessairement au niveau macroéconomique. Peut-être est-il pensable que les entreprises, une à une, puissent se trouver dans une dynamique de croissance au sein d’une économie globalement stationnaire. A tout le moins, une telle configuration correspondrait à une situation d’extrême violence concurrentielle, la croissance pour les firmes devenant un jeu à somme nul, avec des conséquences sur l’emploi, les salaires… difficiles à imaginer. L’effet des gains de productivité réalisés par les entreprises dans ce contexte conduirait immanquablement, sans croissance macroéconomique, à l’augmentation du chômage. La conversion systématique des gains de productivité en réduction du temps de travail – qui est une option séduisante et qui s’est vérifiée dans le temps long au cours de l’histoire du capitalisme – ferait peser des risques importants sur la compétitivité internationale des entreprises et l’attractivité de la France comme lieu de localisation des activités productives. Bien évidemment, la question se poserait en termes plus optimistes si le changement de logique économique intervenait à l’échelle planétaire. Les difficultés que rencontre la communauté internationale pour réformer – à la marge – un système financier dont chacun s’accorde sur le fait qu’il n’est pas tenable indique à quel point une telle perspective est utopique.


Devant les incertitudes concernant la viabilité d’une économie capitaliste sans croissance, il convient sans doute de déplacer la question en s’interrogeant sur la possibilité d’une autre croissance, qui permettrait de réconcilier l’économie et la société, qui reviendrait à faire rentrer la bête sauvage dans sa cage, et de retrouver les moyens de canaliser sa formidable énergie dans le sens du bien commun. Ce qui est donc en jeu n’est rien moins que de promouvoir un autre modèle de croissance, dans lequel la richesse s’évalue en termes moins quantitatifs que qualitatifs. Une réflexion autour d’un nouveau modèle de croissance susceptible de réconcilier l’économie et la société doit probablement viser l’atteinte simultanée des conditions suivantes : apporter des opportunités de croissance rentable aux entreprises et, au plan macro, un volume d’activité suffisant pour approcher du plein emploi ; mieux satisfaire les besoins des populations ; économiser la consommation de ressources non renouvelables et réduire les émissions de gaz à effet de serre ; promouvoir un emploi de qualité et une répartition des revenus équitable.

 

 

Des pistes existent


Des pistes existent, qui commencent seulement à être explorées à une échelle significative, pour un découplage entre la croissance économique et de la consommation de ressources non renouvelables.


Il est bien sûr le développement des énergies nouvelles. Il y a également l’éco-conception, qui consiste à concevoir des biens et des services afin de minimiser l’empreinte environnementale de leur production, de leur consommation et de leur recyclage. Plus loin de l’organisation actuelle de l’activité productive, l’économie circulaire offre des perspectives intéressantes de couplage d’activités complémentaires, les rejets des unes devenant des ressources pour les autres. Un potentiel considérable réside probablement dans la mise en place d’une économie centrée sur la fourniture d’effets utiles aux populations plutôt que sur la production de marchandises en soi. Cela passe par l’adoption de modèles économiques d’entreprise dans lesquels la croissance et la rentabilité passe moins par la quantité de produits vendus mais par la qualité des effets utiles fournis aux clients. L’aboutissement de cette logique est l’économie de la fonctionnalité, qui consiste à substituer la vente de services à la vente de biens, à faire de la satisfactions des besoins l’objet centrale de la relation marchande en lieu et place de la cession de droits de propriété sur des produits, sur le modèle de Vélib ou d’Autolib en matière de mobilité urbaine.


Chacune de ces pistes peut être envisagée dans le cadre d’une économie capitaliste. A condition d’inciter les entreprises à les exploiter énergiquement, car on ne lâche pas si facilement des modèles éprouvés et qui, tant bien que mal, fournissent aux firmes les résultats de court terme escomptés, pour s’engager dans l’aventure incertaine de l’exploration de nouveaux modèles. A ce jour, le rythme est insuffisant. Un accompagnement institutionnel est nécessaire, qui joue simultanément sur les contraintes, les incitations, l’aménagement des règles du jeu concurrentiel. L’émission de droits environnementaux négociables sur des marchés organisés à cet effet ainsi que la fiscalité verte sont a priori des outils puissants. Il nous faut faire preuve d’imagination collective pour Inciter les entreprises à s’engager dans la voie de la qualité, trouver les voies permettant de faire dépendre leur rentabilité de comportements vertueux. Par exemple, mieux informer les consommateurs sur les performances et le coût d’usage des produits est une manière d’orienter la concurrence sur les marchés en direction de la qualité et de la durabilité. Allonger très significativement la durée de la garantie légale sur les produits de consommation est une autre voie d’intégration de la durabilité dans l’équation de rentabilité des entreprises.


Les écologistes et les partisans de la décroissance pourront rétorquer que ce type d’approches, qui tente de composer avec l’existant, sans rupture, n’est pas à la hauteur des enjeux et qu’il est condamné à se heurter aux fameux « effets rebonds » qui fait que les économies de ressources et d’émissions de gaz à effet de serre qui pourraient être ainsi réalisées, se trouveraient rapidement compensées par les conséquences de la poursuite de la croissance. Peut-être. Mais on aura au moins gagné du temps. Un temps qu’il faudra mettre à profit pour trouver des solutions innovantes, orienter le progrès techniques dans les directions prioritaires. Au cours de l’histoire, le capitalisme a manifesté une capacité d’adaptation spectaculaire, se nourrissant et se renforçant de sa critique. Notre meilleur allié dans les épreuves qui nous attendent est sans doute cette énergie contenue dans ce système. Apprenons (ou ré-apprenons) à la maîtriser pour la mettre au service du bien public plutôt que de prendre le risque de lui porter atteinte.


Philippe Moati

Blog : www.philippe-moati.com

 

 

Pour aller plus loin :


GADREY J., Adieu à la croissance. Bien vivre dans un monde solidaire, Les Petits Matins, Paris, 2010.


JACKSON T., Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable, De Boeck, Bruxelles, 2010.


MOATI Ph., « Cette crise est aussi celle de la consommation », Les Temps Modernes, octobre 2009, pp. 145-169.


PRIETO M., SLIM A., Consommer moins pour vivre mieux ? Idées reçues sur la décroissance, Le Cavalier Bleu, Paris 2010.


STIGLITZ J. SEN A., FITOUSSI J.-P., Richesse des nations et bien-être des individus : performances économiques et progrès social, Odile Jacob, Paris, 2009.

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Dimanche 24 avril 2011 7 24 /04 /Avr /2011 15:45
- Publié dans : Consommation et modes de vie

Ethicity, le cabinet spécialisé en développement et marketing durable, vient de publier les résultats de la dernière vague de son enquête, menée avec l'Ademe, sur les Français et la consommation responsable.

 

On retriendra en particulier, parmi les critères d'achat des produits respectueux de l'environnement, la montée des considérations en matière de santé (qui se classent désormais en première position) et de goûts et d'efficacité  alors que la préservation de la planète est en net recul depuis plusieurs années. Il se confirme que la consommation "responsable" est d'abord motivée par la recherche de bénéfices personnels...

 

Ces résultats témoignent aussi d'une forte appêtance pour des produits de qualité. Les produits de qualité sont généralement plus chers. Les consommateurs ont besoin d'assurances quant à la justification des écarts de prix par de réelles différences de qualité. Or, en la matière, le doute est de mise. Rappelons-nous que, selon les enquêtes du Crédoc, près de 3 consommateurs sur 4 estiment que les produits de grandes marques et les produits à marques de distributeur sont de qualité équivalente.L'enquête Ethicity nous apprend que 54 % des Français considèrent ne pas être sûr de la qualité des produits durables. 60 % déclarent qu'ils seraient davantage convaincus d'acheter davantage de produits durables s'ils avaient des preuves concrètes de leur meilleure qualité.

 

Voila qui nous confirme l'une des voies à emprunter pour réformer le modèle de consommation dans le sens de l'avènement d'une économie des effets utiles : améliorer le niveau d'information des consommateurs sur la qualité des produits au travers de la mise en place de dispositifs d'évaluation crédibles. Une telle démarche est d'ores et déjà engagée, mais elle se concentre sur l'évaluation des impacts environnementaux. C'est bien, mais c'est négliger le fait que, jusque là, les vertus des produits sur le plan environnental pour la plupart des consommateurs ne sont au mieux qu'un critère de choix de second rang. En informant les consommateurs sur la qualité des produits (inoccuité, durabilité, performances lors de l'usage, coût d'usage complet...), on table sur un ressort plus puissant des comportements de consommation pour tenter d'infléchir les formes de la concurrence sur les marchés et inciter les entreprises à investir davantage sur la qualité de leurs offres. Une étape essentielle vers la mise en oeuvre d'un modèle de croissance plus qualitatif que quantitatif.

 

Consulter la synthèse de l'enquête Ethicity.

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Mardi 5 avril 2011 2 05 /04 /Avr /2011 21:48
- Publié dans : Commerce et distribution

Le Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture et de la Communication vient de publier la synthèse de l'étude que j'ai réalisé au Crédoc avec Romain Picart en 2010 sur la prospective du commerce physique de bien culturels.Cette note reprend les principales conclusions de la partie prospective.

 

Avant-propos


Le commerce physique et la culture. Il y a peu encore,
leur rapprochement aurait pu paraître étrange et leur
prospective impertinente. Elle est devenue urgente et
nécessaire. Deux ou trois décisions financières concernant
de grands acteurs mondiaux peuvent modifier brutalement
les marchés nationaux et la diversité culturelle,
alors qu’opèrent déjà révolution numérique, transformation
des habitudes de consommation et leurs attentes.
Or, le commerce physique est un maillon économique
central de l’économie de la création, de la production et
de l’édition : il assure le passage d’une diversité produite
à une diversité distribuée, nécessaire à une diversité
consommée. C’est dans le commerce physique que voisinent
les promesses de débouchés et les risques de goulots
d’étranglement pour l’économie de l’offre culturelle,
ce qui justifie des stratégies originales.
Concurrencé par le commerce en ligne, sur lequel se
sont positionnés de nouveaux acteurs, comme par la
contrefaçon, le commerce est confronté à de nouvelles
approches des territoires et des mobilités, à des mutations
de goûts et de sorties, dans un contexte foncier
inflationniste. Peu régulé au regard d’objectifs culturels,
le commerce physique des biens culturels traverse une
zone de turbulences, certaines de ses mutations lui étant
propres, d’autres affectant l’activité commerciale dans
son ensemble.
Distinguer mais aussi comprendre l’articulation des
unes et des autres est nécessaire pour élaborer des scénarios
d’évolution des filières à horizon temporel 2015,
utiles aux acteurs du commerce culturel et aux pouvoirs
publics. L’accès à la culture et à la diversité en
dépendent.

 

Consulter la synthèse de l'étude

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Lundi 4 avril 2011 1 04 /04 /Avr /2011 16:53
- Publié dans : Commerce et distribution

Je participerai demain matin, de 10 à 11 h, à l'émission Service Public sur France Inter, qui sera consacrée au marketing dans la distribution (l'occasion également de parler de la hausse des prix des produits alimentaires).

 

Mes propos seront nourris de l'étude que j'ai réalisé cet hiver avec Pierre Volle, professeur de marketing à Paris Dauphine, sur la problématique de la montée en compétence marketing des grandes entreprises de la distribution.Le rapport est en ligne depuis quelques jours sur le site du Crédoc. Vous pouvez également le télécharger ici.

 

Ci-dessous, la synthèse du rapport.

 


 

La grande distribution a assis son développement sur la démocratisation de l’accès à la consommation au moyen du modèle économique du discount. Le prix bas a été son principal argument commercial. Les compétences critiques associées à la mise en œuvre de ce modèle s’articulent autour de la maîtrise des coûts de distribution et de l’accélération de la vitesse de circulation du capital. Le marketing y est peu développé ; les attentes des consommateurs à l’égard du commerce sont pensées comme relevant pour l’essentiel de la recherche du prix bas. Dès lors, le marketing se confond avec la communication, et sa mission principale consiste à mettre en avant l’image prix des enseignes. La donne change dans le courant des années 1990, et les grandes entreprises de la distribution acquièrent progressivement de nouvelles compétences en matière de marketing. Elles apprennent à connaître leurs clients et, sur la base de cette connaissance, déploient de nouvelles stratégies.

 

Une montée en compétence tardive

L’épuisement progressif du régime de croissance extensive sur lequel s’était fondé le développement des entreprises de la grande distribution conduit ces dernières à réviser leur modèle afin, notamment, de s’adapter à l’évolution des comportements et attentes des consommateurs.  L’objectif de fidélisation de la clientèle et d’accroissement du « taux de nourriture » (plus de ventes auprès de chaque client) prend progressivement le pas sur celui de conquête de nouveaux clients. L’exacerbation de la concurrence invite les distributeurs à se montrer plus attentifs aux attentes des consommateurs. Les opportunités offertes par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) se combinent aux succès rencontrés par des distributeurs étrangers (Wal-Mart et Tesco) pour convaincre les grandes entreprises de l’intérêt d’opérer une montée en compétence en matière de marketing afin de nourrir de nouveaux positionnements stratégiques, voire d’élaborer de nouveaux modèles économiques « orientés-client ».

 

Le virage de cette montée en compétence est amorcé dans le courant des années 1990. Elle n’est pas un processus homogène : son intensité est variable selon les secteurs du commerce et, dans chaque secteur, d’une entreprise à l’autre ; le mouvement n’est pas linéaire et fait apparaître des phases de flux et de reflux ; enfin, les modalités de la montée en compétence sont variables selon les entreprises, révélant, outre les écarts de positionnement stratégique, le poids des facteurs organisationnels.

 

Le virage de cette montée en compétence est amorcé dans le courant des années 1990. Il soulève la question, à la fois théorique et empirique, des modalités privilégiées pour se doter de nouveaux savoir-faire, impliquant à la fois des dispositifs techniques complexes et des qualifications pointues. L’objet de cette recherche est d’identifier la manière dont les grandes entreprises de la distribution ont engagé cette montée en compétence.

 

Sur le plan théorique, la démarche empruntée s’inscrit dans le sillage des approches évolutionnistes de l’entreprise et du courant « fondé sur les ressources » dans le champ du management stratégique. Selon ces approches, le champ des stratégies possibles pour une entreprise dépend de l’état de ses compétences. Ces dernières résultent de la manière dont sont mobilisées les ressources. Réussir à forger un avantage concurrentiel durable dépend de la capacité à faire émerger des « compétences foncières », à la fois valorisables sur le marché et qui différencient l’entreprise de ses concurrents. Pour cela, ces compétences doivent faire appel à des ressources ou à des capacités (routines organisationnelles) qui soient spécifiques à l’entreprise, c’est-à-dire non librement accessibles et difficilement imitables. Ainsi, se doter de nouvelles compétences implique d’acquérir de nouvelles ressources et de mettre en place les processus organisationnels permettant de les mettre en mouvement dans la direction souhaitée. Ces nouvelles compétences ne sont porteuses d’un avantage concurrentiel que si leur constitution suppose de résoudre des problèmes cognitifs et/ou organisationnels que chaque entreprise affronte avec plus ou moins de bonheur, en fonction de son histoire, de ses compétences préalables, de sa capacité d’apprentissage, des multiples facteurs d’inertie dont elle peut être victime…

 

La compétence marketing dans la distribution n’est pas librement accessible. Le marketing de la distribution se distingue significativement du marketing en vigueur dans les industries de biens de consommation, mais aussi du marketing des services. En outre, la compétence marketing s’inscrit plus généralement dans une démarche « d’orientation client » qui implique l’organisation dans son ensemble. La montée en compétence ne peut donc se réduire à l’acquisition de ressources génériques sur le marché, mais suppose la formation de ressources spécifiques et une refonte organisationnelle d’ensemble.

 

 

La mise en place d’un marketing « scientifique »


La mobilisation des ressources attachées à la compétence marketing s’est opérée principalement autour de deux modalités : le recrutement de personnels qualifiés (jusqu’au poste de directeur du marketing) et la mise en place de partenariats avec des prestataires de services qui ont contribué à l’implantation de dispositifs techniques et de méthodologies et ont participé à la dynamique d’apprentissage interne conduisant à la « spécification » des ressources. La coopération avec les fournisseurs a pu nourrir cette dynamique, avec les limites que constitue la conflictualité qui caractérise traditionnellement les relations industrie-commerce en France. Dans l’ensemble (et pour ce qui est des grandes entreprises), la mobilisation des ressources à la base de la compétence marketing ne semble pas avoir constitué une difficulté majeure dans la marche des distributeurs vers la maîtrise de cette compétence. Le fait est que la plupart des grandes entreprises de distribution disposent aujourd’hui d’à peu près les mêmes dispositifs et des mêmes méthodes.

 

Par le traitement des données de tickets de caisse et des informations contenues sur les cartes de fidélité, les distributeurs ont appris à observer et à mieux comprendre leurs clients. Elles établissent des typologies de clients, non pas sur la base de critères posés a priori, mais à partir des comportements observés. Ainsi, la clientèle de Carrefour est-elle segmentée en sept catégories aux dénominations évocatrices : « rapide/facile » (qui représentent 23 % de la clientèle), « plaisir » (22 %), « budget » (20 %), « tradition » (20 %), « standard » (9 %), « rationnel » (6 %). A l’aide de ces outils, les enseignes apprennent à identifier les clients les plus rentables vers lesquels doivent se concentrer toutes les attentions, à cibler les promotions, à affiner les politiques tarifaires...

 

Les possibilités d’observation des comportements des clients sont plus considérables encore sur Internet. Un site de commerce électronique ne se contente pas d’enregistrer et de mémoriser l’historique des achats de ses clients. Il est capable de les "tracer" lors de leur navigation sur le site (identification des pages vues, du temps passé sur chaque page, des liens entre les pages…), ce qui en dit long sur leurs centres d’intérêt et leurs comportements d’achat. En modifiant la composition de l’assortiment, sa présentation, son prix… sur un court laps de temps, ou en différenciant la proposition pour des échantillons distincts de visiteurs, un site de e-commerce est capable de mesurer la réaction de la demande, d’en comprendre les déterminants et de s’appuyer sur cette connaissance acquise à bon compte pour optimiser sa politique commerciale. Et nous sommes à l’aube d’assister à l’implantation en magasin de dispositifs techniques (à base de vidéo, de puces RFID, de GPS…) qui permettrons un traçage similaire des comportements, cette fois-ci in situ. Avant, peut-être, de s’étendre un jour aux comportements hors du point de vente, lors de la consommation des produits…

 

 

Des difficultés d’ordre culturel et organisationnel


Le cœur de la compétence marketing dans la distribution semble résider moins dans les ressources que dans la capacité à impulser, à coordonner, à combiner et finalement à exploiter une diversité de dispositifs au service d’une stratégie tournée vers les clients. L’adaptation des capacités organisationnelles est donc critique. Elle se révèle comme un processus complexe et progressif.

 

La culture d’entreprise dans la grande distribution est marquée par le pragmatisme et la valorisation de l’expérience du terrain. Elle  a souvent constitué un obstacle au passage d’un marketing intuitif à un marketing « scientifique » (i.e. outillé et opéré par des spécialistes qualifiés). De même, le processus de montée en compétence a souvent été entravé par les conflits de territoires que suscite inévitablement la création de nouvelles zones de responsabilité et d’influence.

 

Ces facteurs d’inertie organisationnelle semblent avoir agi puissamment au cours des premières années de la montée en puissance du marketing dans la distribution. Ils se sont relâchés depuis, principalement sous l’effet de la rotation du personnel et du renouvellement des équipes. Ils ont cependant marqué la manière dont s’est construite cette compétence. Si certaines entreprises ont fait le choix d’une compétence marketing concentrée dans une direction marketing puissante, d’autres – semble-t-il plus nombreuses – ont opté pour une fonction marketing gérée de manière plus diffuse, présente dans chaque direction, qui s’efforce de mettre en cohérence les différentes fonctions. C’est le « category management » qui incarne le mieux cette approche.

 

Les modalités empruntées par la montée en compétence marketing ont pour conséquence que cette compétence, souvent, est aujourd’hui mobilisée d’abord pour optimiser le back office, pour conférer de nouvelles sources d’efficacité au modèle du discount par un pilotage des flux par la demande. Ainsi, cette compétence est aujourd’hui avant tout mobilisée pour définir avec précision quels produits mettre dans chaque magasin, dans quelles quantités, à quel prix, sur quel linéaire… Mais la dissémination de la fonction marketing au sein de l’organisation est peut-être également l’opportunité, en infusant la culture du client à toutes les échelles de l’organisation, d’accélérer le processus d’orientation-client et l’abord de nouveaux modèles économiques.

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Mercredi 30 mars 2011 3 30 /03 /Mars /2011 22:17
- Publié dans : Consommation et modes de vie

En vue de l'émission Service Public (France Inter) du 8 mars dernier sur le thème "La vérité sur le pouvoir d'achat", j'ai rédigé la petite note que voici - qui reprend assez largement le contenu de la conférence au Café de la statistique du 8 juin 2010 sur le thème "Statistique et sentiment personnel". La voici.

 

 

Pouvoir d’achat, chômage, délinquance, sécurité nucléaire… Les Français semblent de plus en plus méfiants à l'égard des statistiques, et en particulier les statistiques publiques - dans lesquels ils ne se retrouvent pas. Comment interpréter ce décalage entre le mesurer et le perçu ? Les Français sont-ils de mauvaise foi ou bien victimes d’erreurs d'appréciation ? Les statistiques sont-elles manipulées à des fins politiques ou bien sont-ce les méthodologies utilisées qui seraient défaillantes ? Dans une société où tout doit être mesuré, évalué, comparé, ce conflit entre le statisticien et le citoyen revêt une importance considérable comme élément du débat sur le « vivre ensemble », tant celui-ci suppose un consensus sur des constats partagés.

 

Pour essayer d'y voir un peu plus clair sur cette question, penchons-nous sur la question du pouvoir d'achat. Au cours des années 2000, et en particulier après le passage à l’euros, un fossé s’est installé entre la perception que les Français avaient de l’évolution de leur pouvoir d’achat (qu’une large majorité estimaient en recul) et les statistique de l’INSEE qui mettaient en évidence la persistance d’une croissance – certes, lente – du revenu disponible des ménages. La mise en doute des statistiques a d’abord été engagée par une entreprise de la grande distribution (Leclerc), qui a mis en avant d’autres modes de calcul menant à des résultats plus proches du ressenti de ses clients. La question du pouvoir d’achat s’est trouvée au cœur de la campagne des présidentielles de 2007. Le candidat Sarkozy a alors clairement mis en doute la qualité de la statistique publique, donnant raison à la sagesse populaire. C’est dans ce contexte que le Conseil d’Analyse Economique a demandé à Robert Rochefort (alors directeur général du Crédoc) de plancher sur la question de la mesure du pouvoir d’achat. J’ai travaillé à ses côtés à ce rapport, qui a été remis à la ministre de l’Economie fin-2007[1]. A la suite de ce rapport, une commission a été formée pour suggérer la mise en place de nouveaux indicateurs.

 

Dans ce rapport, nous examinions trois sources possibles de l’écart entre la perception et la mesure : les biais de perception des consommateurs, le conflit « micro-macro », la défiance propre à notre époque.



Les biais de perception 


Les individus portent des lunettes différentes de celles des statisticiens lorsqu’ils appréhendent et interprètent la réalité à laquelle ils sont confrontés. S’agissant de l’inflation, ils ont tendance à généraliser ce qu’ils observent sur un tout petit nombre de prix, ceux des produits ou services achetés quotidiennement : produits alimentaires courants, essence, etc. – une petite dizaine de prix peut-être. Or au moment du passage à l’euro en 2000-2002 un certain nombre de ces prix ont effectivement dérapé, la grande distribution en particulier ayant alors quelque peu « poussé les étiquettes ». Cette tendance à la généralisation, cet effet de « halo » autour de quelques prix explique l’intérêt porté par les ménages à des démarches comme « le prix du caddie ». Dans le même esprit, nous sommes plus prompts à relever les hausses de prix que les baisses : la hausse du prix du petit noir au comptoir a davantage frappé l’opinion que la baisse du prix des ordinateurs, de même que l’épisode inflationniste de 2007-2008 par rapport à la baisse générale des prix intervenue en 2009-2010. 


Un autre biais de perception peut résulter d’une divergence d’évolution entre « la capacité à acheter » d’une part, « l’appétence pour la consommation » d’autre part. Si la seconde croît plus vite que la première, on a le sentiment de s’appauvrir. Or les années dont nous parlons ont été marquées par l’arrivée massive sur le marché de nouveaux produits issus des nouvelles technologies de l’information et de la communication : téléphones portables, écrans plats, ordinateurs… Pour satisfaire rapidement leurs envies par rapport à ces nouveaux produits, certains ont dû réduire d’autres parties de leur consommation, parfois même leur budget alimentaire courant, et ont eu le sentiment d’une diminution de leur pouvoir d’achat.

 

Relève également du biais de perception le refus d’inclure les « dépenses contraintes » dans sa propre consommation. Pour les statisticiens, la consommation englobe l’ensemble les dépenses ordinaires du ménage. Les ménages, quand ils considèrent l’évolution de leur pouvoir d’achat, font plutôt référence aux dépenses pour « ce qui fait plaisir », en excluant les dépenses contraintes comme le loyer, le remboursement des emprunts, voire les produits alimentaires ou l’essence de la voiture. Or, des études ultérieures l’ont montré, la part des dépenses contraintes dans le budget des ménages ont connu une vive croissance.

 

 

Le conflit micro-macro


Alors que l’INSEE travaille dans une perspective macro-économique et considère l’ensemble des ménages comme un seul « secteur institutionnel » de la Comptabilité nationale, les consommateurs pensent de manière individuelle. Une source très importante de l’écart entre les deux points de vue réside dans les effets d’agrégation.


Le plus simple d’entre eux est l’effet taille : le « gâteau » consommation peut bien augmenter, si le nombre des consommateurs augmente aussi, la part de chacun pourra stagner, voire diminuer.  Il faut donc diviser l’agrégat par le nombre de ménages, ou le nombre de personnes, ou mieux le nombre « d’unités de consommation ». C’est ce que font de plus en plus les statisticiens, ce qui d’ailleurs n’empêche pas l’évolution du revenu unitaire de rester positive.


Intervient aussi la manière de répartir le « gâteau » : si un convive particulièrement avide en prend une part de plus en plus grande, un grand nombre d’autres convives constateront une diminution, même si la taille totale augmente. Cela renvoie aux « effets de structure » de la population étudiée : ainsi, le revenu moyen des ouvriers augmente au fil du temps, parce que la population des ouvriers compte de plus en plus d’ouvriers qualifiés, sans que nécessairement le revenu de chaque ouvrier ait effectivement progressé. Même remarque sur le revenu des retraités considérés dans leur ensemble : le jeunes retraités sont globalement plus riches que leurs ainés, ce qui conduit l’observation d’une progression du pouvoir d’achat des retraités plus rapide que le rythme auquel progresse la pension de chacun. La résolution des conflits de type « micro-macro » appelle des statistiques de plus en plus finement décomposées, ce qui nécessite des méthodes de collecte et de traitement appropriées, certainement plus coûteuses.


 

La défiance propre à notre époque 


Dans les sondages d’opinion, les indicateurs témoignant de l’installation d’un climat de défiance ont décollé. Ce phénomène est particulièrement accentué en France ; la défiance s’exerce surtout par rapport à tout ce qui « vient du haut » (sous-entendu de la société) et par rapport à ce qui est « abstrait ». Le corps politique (le gouvernement, les partis politiques) est particulièrement touchés, mais aussi les grandes entreprises. A l’inverse, le maire, le petit commerçant… disposent d’un certain capital de confiance.


La statistique officielle relève de ces deux catégories : elle vient d’en haut et est particulièrement abstraite. Le soupçon de « manipulation » s’exprime. Et si les données ne sont pas nécessairement « malhonnête », elles échouent à prendre en compte ce qui compte vraiment pour les vrais gens. Les « gens d’en haut » vivant dans un « autre monde » construisent des outils adaptés à leur monde. Dans la campagne publicitaire par laquelle Leclerc avait fait la promotion de son approche alternative pouvoir d’achat, les affiches avait représenté un milliardaire avec piscine et cigare, et un chien attachés à sa niche sur la lune…

 

Plus généralement, il est possible d’établir un lien entre cette remise en cause des statistiques publiques et l’émergence d’une « société de personnes » se substituant à la « société de masse ».


 

Asseoir la statistique publique sur de nouvelles conventions ?


La statistique est un produit de la « modernité » et en particulier des Lumières, pénétrées de l’idée de rationalité : tout est mesurable, explicable par des chiffres y compris l’économie, on peut tout mettre en équation. Et la mesure devient le guide de l’action, elle permet une maîtrise sur les choses, sur la nature, puis aussi sur la société. Réguler par des mesures est un aboutissement de ce « rêve prométhéen ».  Dans cette vision, on peut dire que la statistique publique traditionnelle est un produit du « programme institutionnel » d’une société dans laquelle le social transcende l’individu.


La société de personnes s’oppose à ce programme par l’hyper-individualisation. Chaque individu se conçoit comme un être singulier, non comme le produit d’un milieu. Ses choix sont essentiellement individuels. Il ne peut se reconnaître dans un miroir qui lui renvoie de lui-même l’image d’un « mouton dans un troupeau ». Certes c’est un individu social, et sociable : mais il s’agit d’une sociabilité choisie, d’une mosaïque de réseaux variables dans le temps. Les collectifs qu’elle forme sont à géométrie variable, les appartenances sont choisies et peuvent être remises en cause : on est loin des assignations fixes à des postes de nomenclatures rigides. C’est pourquoi, même quand la statistique se désagrège, elle le fait en utilisant des segmentations étrangères à celles que vivent les individus.


Par ailleurs la raison a reculé, elle a perdu son monopole, et cela se traduit par une crise de la notion de progrès. Les gens ne pensent plus que l’avenir de leurs enfants sera meilleur que ce qu’ils ont connu grâce au progrès technique ou social : au contraire, ils manifestent une énorme crainte de l’avenir, convaincus que demain sera moins positif qu’aujourd’hui. Le recul de la raison et de l’idée de progrès réhabilite les affects, les émotions, la sensation. Toutes choses qui sont absentes de l’esprit de la statistique publique, et qu’elle ne sait pas bien saisir. Les sondages d’opinion le savent un peu mieux.


Peut-être est-il temps pour la statistique d’évoluer dans ses fondements, dans son épistémologie. Comment on mesure : cela est, et restera un problème technique. Mais qu’est-ce qu’on mesure ? Peut-on continuer à le définir à l’aide de catégories dépassées, pures conventions sociales d’un temps révolu ? Le président de la République a mis en place la commission Stiglitz pour ré-examiner la pertinence de l’indicateur PIB – produit intérieur brut. Et celle-ci a ouvert la boîte de Pandore de la subjectivité en consacrant un chapitre de son rapport aux mesures du « bien-être », notion floue s’il en est, et qui pourtant fait l’objet d’une demande sociale de mesure incontestable. Les recommandations pour avancer sur la mesure de cette notion complexe avancent une multiplicité d’indicateurs, et de façons de les combiner ou de les synthétiser.


Faire « du multicritères à dimensions subjectives sur des objets flous », cela peut paraître une gageure, mais n’est-ce pas le défi que doit relever la statistique pour retrouver une légitimité ?

 




[1] Moati Ph., Rocherfort R., Mesurer le pouvoir d’achat, Rapport du Conseil d’Analyse Economique, n° 73, La Documentation Française, Paris, 2008.

 

 

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Mardi 29 mars 2011 2 29 /03 /Mars /2011 10:36


label EPA US

 

L'EPA, l'agence de production de l'environnement américaine, planche sur un nouveau dispositif d'affichage des performances environnementales des automobiles. Plusieurs variantes sont à l'étude, dont celle présentée ci-dessus. La mise en oeuvre est programmée pour 2012.

 

L'évaluation repose sur deux critères : la consommation de carburant et l'émission de CO2 et d'autres polluants.

Les performances du véhicule sur les deux critères sont résumées par une lettre, allant de A+ à D, soit une démarche très proches de celle que nous connaissons en France.

 

L'innovation majeure introduite par ce projet d'affichage est qu'il ne se contente pas d'exprimer la consommation de carburant du véhicule (4) : il fournit au consommateur une évaluation monétaire le coût annuel de la consommation de carburant (11) et, mieux encore, de l'économie (ou du surcoût) réalisée en référence à un véhicule de la même catégorie qui serait caractérisé par le niveau moyen de consommation (3). Ce montant est exprimé sur la base d'un usage sur 5 ans correspondant au kilométrage moyen effectué par les automobilistes américain. Le dispositif prévoit, en plus de l'étiquetage, l'accès des consommateurs à un site Internet dans lequel chacun pourra notamment personnaliser l'estimation du coût en fonction de la spécificité de son usage de l'automobile (nombre de kilomètres parcourus, répartition entre ville, autoroute...)

 

Nous avons là un exemple de ces "nudges" chers à Thaler et Sunstein* qui consistent à influencer le choix des consommateurs simplement par la manière de présenter l'information : mettre en avant une économie (ou un surcoût) potentiel est probablement beaucoup plus influent que d'indiquer la consommation de carburant en littres pour 100 km, comme nous le pratiquons en Europe.

 

Voilà le type de mesures simples qui nous permettra d'avancer dans la voie d'une économie des effets utiles.

 

 

 

* Thaler R.H., Sunstein C.R. [2008], Nudge. Improving decisions about health, wealth and happiness, Pinguin Book.

 

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Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 17:09
- Publié dans : Actualité

Le master "Métiers des études, du conseil et de l'intervention" de l'Université Paris-Diderot organise une réunion d'information jeudi 31 mars 2011  à 17h, dans les locaux de l'UFR GHSS, Dalle des Olympiades, Immeuble Montréal, 59 rue Nationale, 75013 Paris, amphi 46.

 

Au programme, la présentation de la structure d'ensemble du master et des métiers auxquels il prépare, la présentation de la première année (M1) commune avec ses trois options, puis des trois M2 :

 

- Consultants et chargés d'études socioéconomiques (en alternance) : www.ccese.info

- Ingénierie de l'animation et du développement local : www.m2-iadl.info

- Projet informatique et stratégie d'entreprise (en alternance) : www.pise.info

 

Des "anciens" viendront présenter leur parcours et le contenu de leur activité professionnelle.

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